Nous la regardons brûler

par | 18 juillet 2026 | Place aux lecteurs

Après la fameuse déclaration de Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002 : « La maison brûle, et nous regardons ailleurs » (hypocrite, mais vraie), nous pourrions dire près de 25 ans plus tard : « La maison brûle et nous la regardons brûler ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit pour les partisans de l’ultralibéralisme qui n’anticipent rien d’autre que le profit maximum pour les riches et qui ne cessent de couper dans la dépense publique et les services publics. Cette semaine, nous voyons ce que ça donne dans les forêts et dans les « arts et la culture ». Dans les deux cas, ça brûle et nous regardons brûler.

Évidemment il y a des pyromanes. Et même, parfois des pompiers pyromanes. Rares, mais cela suffit à diffuser ce cliché désastreux et ajouter à la peine des incendies, un désespoir de plus sur l’humanité. La réalité, c’est qu’en dehors de ces rares psychopathes, les autres pompiers essayent d’éteindre des incendies, avec les moyens du bord, au péril de leur vie. Ce sont aussi des moments où l’on voit les populations exprimer leurs solidarités, bricoler collectivement pour tenter de compenser les manquements des responsables politiques, qui ont joué avec le feu, depuis des années avec leurs coupes budgétaires insensées (cf. « Le feu était à 500 mètres ! » : à Die, les habitants en renfort des pompiers contre l’incendie — Basta !). On a coupé les budgets d’entretien des forêts et des garrigues, plus de sous pour le débroussaillage public, plus de personnel pour la prévention et la surveillance ? Pas grave… on sortira les tuyaux et les sandwiches pour les pompiers quand le feu sera dans le jardin et on se désolera des pyromanes, dont on se doute que les menaces du président ne les empêcheront pas d’être pyromanes… 
Dans le monde réel, il n’y a pas que les pyromanes qui sont pointés pour dénoncer la situation désastreuse. Le 19 juin dernier, le Syndicat national du personnel navigant de l’aéronautique civile (SNPNAC) a adressé un courrier au directeur général de la sécurité civile : « Le 15 juin, nous n’avions que neuf Canadair disponibles, le dixième étant arrivé avec une semaine de retard. Ce 24 juin, il nous manque toujours un Dash, que nous n’aurons pas avant deux semaines. Quant au onzième Canadair, on nous le promet pour la mi-juillet, mais rien n’est sûr ». (Cf. Le Monde du 28/06).
On se souvient que sous la Macronie, pendant ces dix dernières années, les priorités étaient ailleurs, essentiellement de préserver les richesses des plus riches (en oubliant que, parfois, ils vivent aussi près des forêts !). Comme on vous le répète ici, chaque été depuis 2024, il est avéré que le Premier ministre et candidat à l’Élysée, Gabriel Attal, par un décret du 21 février 2024, a annulé près de 52 millions d’euros de crédits de paiement pour la sécurité civile, retardant, entre autres, la commande de deux Canadair, promesse du président Macron de 2022. Pour se défendre de ce fiasco, Gabriel Attal s’est contenté de traiter de « trumpiste » Jean-Luc Mélenchon parce que ce dernier a osé pointer cette réalité dans un meeting. Nous voilà donc tous Trumpistes ! Mais qui fait du Trumpisme en niant ce qui est vérifiable ? (cf. « Deux Canadair annulés par Gabriel Attal ? Le vrai du faux sur les moyens de la France face aux incendies » — Les Décodeurs — Le Monde du 17/07). Des Canadairs seront finalement bien livrés un jour… on parle de deux avions… DEUX ! Et quand on sait que pour éteindre un incendie naissant, il faut alterner les vagues de largage à une forte cadence… deux, ça reste ridicule. (Cf. « Coûteux et peu nombreux : les Canadair indispensables pour lutter contre les incendies monstres » — Reporterre).
Le contre-feu à cette polémique, c’est qu’il y a pénurie de Canadair. Ce n’est pas faux, mais ça ne justifie pas les coupes budgétaires quand tout le monde sait que le réchauffement climatique multiplie les incendies. Le fabricant canadien prévoit un nouveau modèle de Canadair, et on attendra donc ces nouveaux modèles… 2032 ? Dommage que nos industriels de l’armement, les Dassault et compagnie, reçoivent plutôt des commandes pour des Rafales, des Mirages 2000, etc. et tout type de bombardiers. Quand l’économie est à la guerre, mieux vaut larguer des bombes incendiaires que de l’eau !  
Dessin de Sié
Dessin de Sié (merci !) publié sur FB et dont il a dû bloquer les commentaires tellement les réacs de droite déchainaient leur haine et leur absence totale d’humour. ( dessin publié aussi dans EVAB )
On a pu voir effectivement défiler ce 14 juillet sur les Champs-Élysées le show room de la Macronie en guerre contre un ennemi imaginaire. Dans son discours du 14 juillet, Emmanuel Macron a exposé les priorités : dix milliards* supplémentaires pour l’Armée, car « nos libertés sont menacées ». Menacées ? Vraiment ? Par qui ? Les Russes sont-ils aux portes de Paris ? Ils ont bombardé la forêt de Fontainebleau ? La Drôme est envahie par les Chinois ? La BRAV et Stéphane Bern vont-ils aller libérer le détroit d’Ormuz ?
* 10 milliards, c’est autour de 192 fois 52 millions coupés par Gabriel Attal en un décret.
Stéphane Bern en soldat
Stéphane Bern, parrain du 40e Régiment de transmissions (40 RT) de Thionville, en tenue pour France Télévisions le 14 juillet dernier.
Il y a des urgences effectivement… Nous sommes en économie de guerre.  Gouverner, c’est choisir. Et puisque les réponses aux incendies sont systématiquement d’interdire les balades pour « préserver nos libertés », il nous reste quelques films pour se souvenir des forêts…

Les Mutins de Pangée coopérative cinématographique

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