Cet article propose de repérer les différences idéologiques entre droite extrême et extrême droite à l’échelle de la ville de Béziers en comparant les mandatures Couderc et Ménard.
Les deux mandatures de l’actuel maire de Béziers ont signifié une occupation politique hégémonique de l’espace public.
Les trois mandatures de R. Couderc ont correspondu à une droitisation extrême des actes, discours et alliances. C’était déjà beaucoup, mais l’espace public était resté « neutre ».
Les deux mandatures de R. Ménard ont à l’inverse fait de l’espace public un espace partisan, idéologique, totalement saturé par les messages du maire.
Un des exemples de cette différence est l’organisation de la feria.
La feria made in Couderc était encore un espace culturellement ouvert. On y invitait le monde et ses différences. Les actes ne suivaient pas encore le discours.
La feria made in Ménard est devenue un espace idéologique policé. On y propose de faire la fête entre deux compagnies de CRS, entre contrôle d’identité et d’alcoolémie, entre messe et corrida.
Ce changement de forme et d’intensité entre droite extrême et extrême droite est à relier à un changement de fond à l’échelle de la ville.
Ménard occupe la feria et l’espace public en général.
L’occupation de l’espace public a commencé avec les « sucettes municipales » ces panneaux publicitaires qui font défiler côté recto une pub de JC Decaux et côté verso une pub de la municipalité. Ces pubs municipales n’existaient pas sous les mandatures Couderc.
On imagine facilement le nombre de panneaux publicitaires qu’il peut y avoir dans une ville. De fait, les Biterrois circulent au milieu des campagnes propagandistes.
Elles peuvent vanter les mérites du « prochain ami de la police municipale », ou menacer d’une invasion de migrants.
Cette occupation publicitaire qui relaye l’idéologie du maire se déroule sur un rythme très soutenu. Tous les 15 jours, voire toutes les semaines, ces affiches sont remplacées.
L’autre occupation emblématique de l’espace public est la zone ADN créée pour verbaliser les déjections canines. Cette « zone » n’existait pas sous les mandatures Couderc.
Les Biterrois circulent ainsi au milieu de tags peints sur la chaussée du centre-ville. Ils indiquent « zone ADN », ce qui signifie en clair : espace de verbalisation.
Pour ce qui concerne les 538 caméras de télésurveillance qui quadrillent la ville, elles sont installées dans un bâtiment entièrement dédié avec un mur de 169 écrans visionné en permanence par trois opérateurs.
L’espace public est continuellement traversé par les sirènes hurlantes des voitures de la police municipale. Le but est bien sûr d’afficher une présence permanente aux yeux et oreilles de tous.
À Béziers, le nombre de policiers municipaux a quasiment été multiplié par 5 entre la droite extrême et l’extrême droite.
Non content de circuler toutes sirènes hurlantes, la police municipale circule aussi à pied et à vélo. Les SDF sont particulièrement ciblés. À la suite de plusieurs arrêtés municipaux, les SDF sont déclarés « persona non grata » dans l’espace public. Nous sommes dans la continuité, ils étaient aussi chassés du centre-ville pendant les mandatures Couderc.
L’espace public préconisé par la municipalité est un espace où on circule et on consomme. Pendant très longtemps s’arrêter était impossible dans le centre-ville les bancs avaient été enlevés. Cette quasi-impossibilité de se poser gratuitement dans le centre-ville est propre aux mandatures Ménard elle n’existait pas sous les mandatures Couderc.
Pour terminer ce panorama sécuritaire, il convient de faire un point sur les animations. Non pas pour les détailler, elles font l’objet d’un article dans cette série. Mais, pour évoquer leur idéologie.
Les sons et lumières revisitent l’histoire et donnent une vision complètement autocentrée des évènements comme si tout commençait à Béziers.
Ce roman local est totalement référencé à l’idéologie et à la personnalité du maire. L’idéologie de droite extrême de Couderc n’utilisait pas les mêmes supports de communication.
Nous pensions avoir touché le fond de la piscine avec les mandatures Couderc, mais force est de constater qu’on peut encore continuer à creuser avec les mandatures Ménard.
Ce changement d’échelle et de nature est bien sûr lié à un changement de période.
Ménard est totalement en phase avec le monde de Trump, qui n’existait pas du temps de Couderc.
Il ne s’agit pas de regretter le passé, mais de constater le présent.
Ménard nous propose de vivre et d’évoluer dans un monde « Trumpisé », c’est pour ça qu’il faut s’en débarrasser.
On ne peut pas imaginer que la droite extrême puisse représenter une alternative.
Reste à la gauche de la dessiner, à Béziers comme ailleurs.































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