Cet été 2025, des méga-incendies ont détruit des territoires entiers en Espagne et dans l’Aude. Ce type d’incendie n’est pas nouveau, il était déjà présent en Espagne en 2022, au Portugal en 2017, en 2015 au Chili, depuis plus d’une décade en Californie. Le réchauffement climatique et la désertification rurale sont devenus des accélérateurs qui alimentent ces feux hors norme.
Lutter contre ces incendies pose les questions conjointes de la responsabilité humaine, des moyens alloués, du modèle économique agro-industriel, de la désertification des campagnes et du changement climatique.
La responsabilité humaine n’est pas réduite au geste fou de l’incendiaire, c’est la responsabilité d’un modèle de société.
Les moyens alloués sont eux aussi victimes de l’austérité et des promesses non tenues comme la modernisation et le renouvellement de la flotte des « Canadair » qui ont plus de 30 ans d’âge.
Le modèle économique agro-industriel en place a délibérément fait baisser le nombre de paysans au profit des fermes usines.
Reste, et c’est l’élément moteur dans la catastrophe de cet été, la désertification des campagnes et le changement climatique.
Dans les régions montagneuses impactées du nord de l’Espagne (Asturies et Galice), il y a 30 ans, l’été s’arrêtait le 15 août. Les habitants ressortaient les vestes en cuir et certains rallumaient la cheminée. Aujourd’hui, ces régions connaissent des températures qui oscillent entre 30 et 45°.
Les Corbières dans l’Aude connaissent une sécheresse chronique depuis 5 ans. La vigne y meurt assoiffée et des villages comme Durban-Corbières sont durablement ravitaillés par camion-citerne face au manque d’eau potable.
Les régions les plus touchées par cette vague d’incendies, la Galice, les Asturies, les Corbières, sont des territoires vieillissants et dépeuplés où l’exode et l’abandon rural ont considérablement intensifié le problème.
La disparition faute de paysans des pratiques traditionnelles telles que l’élevage intensif qui nettoyait naturellement les forêts en hiver et au printemps, a rendu ces écosystèmes plus vulnérables que jamais.
La sentence est sévère. Là où en 2022 (année record), 493 incendies ont brûlé 306 550 hectares en Espagne. 238 incendies ont brûlé (pour le moment), 401 794 hectares en 2025.
Dans les Corbières 4 des plus grands incendies, depuis 50 ans se sont concentrés sur 15 jours en juillet et 15 jours en août.
Partout en Espagne et dans les Corbières on déplore des dommages agricoles, humains, matériels, animaux, partout les territoires sont ravagés.
Partout paysans et habitants ont réalisé que leurs cultures et leurs villages pouvaient être réduits en cendre si le feu démarre au mauvais endroit, sous le mauvais vent.
Cette catastrophe doit être perçue comme un signal d’alarme.
Nicolas Mirouze viticulteur du Domaine Beauregard, fondateur de « l’Atelier Paysan », lié à la Confédération paysanne, plaide pour la structuration d’une filière d’élevage extensif dans les Corbières.
Le pastoralisme extensif est en effet une réponse à la protection des zones naturelles.
L’implantation d’une filière d’élevage paysanne porte de plus, l’enjeu de l’autonomie alimentaire de la région Occitanie qui à ce jour ne nourrit pas sa population (24 % de la population de la région Occitanie seulement est nourrie par ses terres agricoles).
À l’inverse l’alimentation des grands groupes de l’agro-industrie parcourt en moyenne 1200 km avant d’être consommée dans nos assiettes.
Il faut défendre l’agriculture prônée par l’Atelier Paysan. Ses impacts sociaux et écologiques sont positifs pour tous.
C’est l’inverse de l’agro-industrie qui ne profite qu’à quelques-uns.
Pour réaliser la mutation proposée par Nicolas Mirouze, les freins ne sont pas de nature technique, ils sont de nature politique.
C’est pourquoi, à la suite de cette catastrophe estivale, il faut imposer un soutien institutionnel et financier dans nos territoires pour commencer à changer de modèle de société et favoriser les expériences alternatives.