La reconquête franquiste (4) : les théoriciens de l’extermination

par | 26 février 2023 | Société

« Votre devoir vous impose de verser chaque jour dans le cœur de vos enfants une goutte de haine contre la loi sur les ordres religieux et ses auteurs. Malheur à vous si vous y manquez ».

Candido Casanueva, député de droite de Salamanque le 4 juin 1933

Les militaires, les gardes civils, les latifundistes, les patrons sont confortés dans leur haine meurtrière envers la gauche. Plusieurs individus, revues, journaux, vomissent une rhétorique incitant à l’extermination de la gauche comme devoir patriotique.

Adoptant les clichés de la théorie du complot judéo-maçonnique-bolchevique, ils insinuent que leurs ennemis libéraux et de gauche sont de race inférieure. Début 1933, la présentation du projet de loi interdisant les écoles dirigées par des ordres religieux est un détonateur efficace.

Le général Franco est abonné à Accion Espanola et croit fermement au « contubierno » (concubinage abject) judéo – maçonnique – bolchévique, comme le général Mola, futur cerveau du coup d’État de 1936.

Mola et Franco lisent avec un vif intérêt une revue anticommuniste publiée à Genève, Le bulletin de l’Entente internationale contre la Troisième internationale.

L’un des leaders les plus en vue du mouvement fasciste espagnol, Onesimo Redondo Ortega est fermement convaincu de la vérité des Protocoles des Sages de Sion. L’extrême droite considère en général cet ouvrage comme une étude sociologique sérieuse.

Comme il reste très peu de Juifs en Espagne, il n’existe pas vraiment de « problème juif ». Pourtant, cet « antisémitisme sans juifs » ne s’en prend pas aux juifs réels, mais à la construction abstraite d’une menace internationale imaginée.

L’idéologue carliste Juan Vazquez de Mella prétend qu’après avoir financé les révolutions libérales, le capital juif soutient la révolution communiste afin, et en accord avec les hordes musulmanes, de détruire la civilisation chrétienne et d’imposer au monde la tyrannie juive.

Certains leaders passent de la théorie à la pratique. Onesimo Redondo invite « quelques centaines de jeunes guerriers dans chaque province, des idéalistes disciplinés, à réduire en miettes le spectre abject de la menace rouge ».

Ses recrues s’arment pour les combats de rue contre la classe ouvrière.

En octobre 1931, Redondo rencontre Ledesma Ramos à Madrid. Ils négocient la fusion de leurs deux groupes sous le nom de Juntes de ofensiva nacional sindicalista (JONS). Lancée le 30 novembre 1931 les JONS adoptent les couleurs de la C.N.T. anarcho-syndicaliste et prennent comme emblème le joug et les flèches, symbole des rois catholiques.

Mouvement ouvertement antidémocratique et impérialiste les JONS exigent Gibraltar, le Maroc et l’Algérie pour l’Espagne et aspirent à « l’extermination, la dissolution des partis marxistes antinationaux ».

Sur le modèle des Squadri fascistes en Italie, ils génèrent des milices armées pour préparer une insurrection ou un coup d’État.

Pour réaliser ce travail de mémoire sur la réalité de la reconquête franquiste, je vous propose des extraits de lecture de l’excellent livre de Paul Preston  » Une guerre d’extermination, Espagne 1936-1945″ paru en livre de poche aux éditions Texto en 2019.

Ces extraits seront mis en ligne en exclusivité sur le site d’EVAB chaque semaine, le lundi.

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers