Fascisme local, fascisme national (6). Créer, un, deux, trois ennemis

par | 16 novembre 2025 | Extrême droite

À Béziers, comme à Paris, le fascisme peut s’installer et prospérer sans le bruit assourdissant des bottes.

Épisode 6 : la voix du peuple

Partout et de tout temps, le fascisme prétend incarner la voix du peuple.

Cette prétention s’exprime avec des archétypes intemporels qu’il convient de repérer.

Le fascisme s’adresse à des groupes sociaux, pas à des classes sociales. Il est même opposé à la notion de classes sociales antagoniques qui pour lui est « marxiste », car elle détruirait la « nation ».

Pour les fascistes à l’opposé d’une classe sociale il y a la notion de « peuple ». Ce « peuple » est bien sûr circonscrit géographiquement. À Paris il y a le « peuple de France », à Béziers il y a le « peuple biterrois ».

Le « peuple biterrois », comme le « peuple de France », est composé de groupes sociaux que le fascisme tente de fédérer dans l’objectif d’incarner la voix du peuple.

À Béziers, le maire s’adresse à des groupes sociaux repérables qu’il tente de réunir dans une entité qu’il appelle « le peuple biterrois ». Ces groupes sociaux peuvent aussi être religieux ou économiques.

Les groupes sociaux biterrois objets de la convoitise du maire sont : « le peuple de la corrida », « le peuple du rugby », « le peuple des catholiques intégristes », « le peuple des religions (en particulier Juive) », « le peuple des commerçants », « le peuple bourgeois du centre-ville », . . .

Ces groupes sociaux types sont des objectifs ciblés. Le fascisme local pense qu’en les fédérant et en parlant en leur nom, il va installer son pouvoir.

Des groupes sociaux ciblés peuvent apparaître dans le panthéon municipal. Le dernier en date est « le peuple viticole ». Le maire aspire à le réunir dans « sa » ville le 15 novembre 2025.

Au niveau local, national, international, tous les populismes ne sont pas des fascismes mais tous les fascismes sont des populismes.

La glorification des qualités du peuple est la première étape qui vise à susciter une adhésion au fascisme. Quand le maire de Béziers s’adresse au « peuple du rugby biterrois », il le fait en faisant appel au glorieux passé sportif de l’ASBH.

Il n’est pas difficile d’être populiste quand on est fasciste. Mais pour être un bon fasciste il faut être un bon séducteur. Un séducteur qui parle directement aux masses via ses propres canaux de communication. Pour Béziers c’est : le journal du biterrois, les affiches municipalises, les communiqués, radios et télé.

Ce n’est pas la logistique de Trump, mais c’est un canal privilégié et abondamment utilisé.

Le fascisme a des groupes sociaux larges auxquels il s’adresse directement. Parmi ceux-ci deux groupes sont l’objet de convoitises particulières. Le groupe des femmes et le groupe des hommes.

Quand ils s’adressent aux femmes, les fascistes le font au nom d’une idéologie sociale et culturelle. D’un point de vue social il aspire à faire revenir les femmes à la maison. D’un point de vue culturel il les assigne à des tâches domestiques.

Le fascisme n’est pas imperméable aux phantasmes masculins. À Béziers, les phantasmes du maire sont affichés sur les panneaux publicitaires et dans la presse municipale. Les femmes y sont invariablement battues ou fessées et / où objet sexuel de phantasme et de consommation.

Quand il s’adresse aux hommes, le fascisme le fait au nom d’une idéologie : celle du patriarcat. À Béziers, le maire a rôdé une formule hybride qui est celle d’un binôme dirigeant homme / femme. Ce binôme a une apparence égalitaire, mais dans les faits c’est l’homme (le maire) qui parle deux fois plus que la femme (l’ex députée).

Ce montage familial local est un ersatz du montage national autour de la famille Le Pen.

Dans le rapport de séduction qu’il entretient avec les masses, le fasciste sait qu’il faut différencier les groupes sociaux. Que chaque groupe social doit s’imaginer unique et choyé aux yeux du chef.

À Béziers, le maire a instauré une rotation permanente des groupes sociaux choyés. Dans une mise en scène millimétrée les biterrois ont droit à la semaine de la crèche, de l’ASBH, des viticulteurs. Les semaines se suivent l’une après l’autre.

Autre particularité biterroise, pour rythmer sa frénésie communicative le maire a installé dans le paysage local un lieu transversal : les halles.

Championne de France d’on ne sait pas trop quoi, les halles sont devenues l’endroit où l’on mange, boit et fait la fête. C’est en quelque sorte des petites arènes romaines où il est distribué du pain et des jeux.

Le fasciste populiste ne cherche pas à être populaire avec tous les groupes sociaux. Il doit avoir des ennemis. C’est pourquoi il installe une logique du « nous » et du « eux ».

Le « nous » signifie bien sûr l’appartenance. Le « eux » a l’inverse signifie l’exclusion.

À Béziers comme ailleurs le « eux » c’est : les « wokistes », les « droits de l’hommiste », les communistes, les écologistes, les mélenchonistes et bien sûr les intégristes Musulmans.

Pour séduire les masses le fasciste doit promettre une aide rapide et concrète, des mesures qui donnent des résultats immédiats.

Ces mesures renforcent l’idée que le chef est le protecteur des faibles. Elles contribuent à construire l’image d’un chef proche du peuple. Un des premiers soucis du maire de Béziers a été de mettre en place une mutuelle municipale. Peu importe les conditions de cette mutuelle où sont financement, l’important devient qu’elle existe par la volonté du chef.

Pour les fascistes la « voie » d’accès au peuple est multiple, mais elle se résume à un objectif : que le peuple lui donne sa voix.

Il parlera alors en son nom dans une logorrhée verbale ininterrompue. Nous en avons un exemple quasi caricatural à Béziers.

À Béziers, cette propension à confisquer la parole pour parler en lieu et place des biterrois porte un nom : Ménard.

La semaine prochaine, avant dernier épisode de cette série sur le fascisme et la mémoire

PS : certains d’entre vous m’ont demandé la signification du titre de cette série : créer, un, deux, trois ennemis.

C’est en référence à la phrase de Che Guevara : créer, un deux, trois Vietnam. Guevara aspirait à ce que les peuples se libèrent de l’impérialisme et du colonialisme.

À l’inverse, le fascisme aspire lui à recréer une forme d’impérialisme et à dominer les peuples.

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jeudi 1 janvier 2026, 2:17

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers