Fascisme local, fascisme national (5). Créer un, deux, trois ennemis

par | 9 novembre 2025 | Extrême droite

À Béziers, comme à Paris, le fascisme peut s’installer et prospérer sans le bruit assourdissant des bottes.

Le fascisme sait utiliser les contradictions de la démocratie bourgeoise. La plus flagrante d’entre elles est le refus affiché de la violence.

L’État bourgeois dit refuser la violence comme moyen politique. Pourtant, il a l’exclusivité de son administration avec les forces de l’ordre.

Les forces de l’ordre sont censées agir au nom des institutions, mais de fait elles agissent au nom d’un gouvernement.

La violence devient alors un monopole d’État au même titre que le tabac ou l’alcool. Seul le citoyen n’est pas autorisé à pratiquer la violence, sûrement par manque de discernement, discernement qui devient aussi un monopole d’État.

Dans la démocratie bourgeoise, on ne supprime pas le droit de contestation, mais il doit s’appliquer dans un cadre contraint. Cadre qui dans l’idéal ne gêne pas le pouvoir en place.

Quand les forces de l’ordre répriment les mobilisations, elles doivent le faire avec « discernement ». C’est rarement le cas (voir Sainte Soline). Ce paradoxe est bien sûr mal vécu par les manifestants qui subissent la violence policière, mais il l’est aussi par les forces de l’ordre qui l’exercent.

Ce paradoxe aide les fascistes à recruter dans la police et dans l’armée.

Ces derniers recrutent d’autant plus, qu’ils annoncent très clairement qu’une fois au pouvoir le fascisme ne placera jamais un policier ou un militaire dans une situation où son usage de la violence sera contesté. Nous en avons un exemple à Béziers, après l’assassinat de Mohamed Gabsi par des membres de la police municipale. Nous en avons un exemple au niveau national avec les déclarations de Retailleau et Darmanin.

Pour les fascistes, la violence n’est pas seulement autorisée, mais conseillée. Son modèle d’organisation est calqué sur l’ordre naturel du dominant, un ordre qui s’oppose à l’ordre culturel qui construit une société.

Le fascisme encourage toutes les formes de violence intimidatrices. Pour cela, il est prêt à utiliser toutes les occasions à disposition, y compris la légitime défense.

Une fois l’État fasciste installé, laisser des armes aux citoyens n’est plus favorisé, car la figure du chef sera vendue comme suffisante pour assurer à tous que s’il faut utiliser la force, le chef sera plus efficace.

Le port d’armes n’est en quelque sorte nécessaire qu’au début du processus fasciste pour instiller aux citoyens l’idée que l’État en place ne fait rien pour les protéger.

Les faits divers relatés dans les journaux et les écrans lui donnent l’occasion de réclamer plus de lois et plus de police.

Lorsque le chef sera au pouvoir, les armes individuelles seront rangées et elles seront à nouveau confiées à une police et à une armée qui obéira au système fasciste.

Au-delà des armes, les fascistes manient aussi la violence du langage, nous en avons là aussi un exemple avec le maire de Béziers.

Dans les micros des journalistes, celui-ci réclame la liberté d’expression, le parler-vrai, le parler populaire. Il fait de la provocation au sens où il provoque une pensée violente. Pensée violente qui est souvent suivie ou accompagnée d’une action.

Le maire de Béziers aime d’ailleurs tailler des croupières au politiquement correct.

Il incarne la politique fasciste qui n’a pas besoin de se donner un air intelligent pour se sentir supérieure.

À ses yeux, il n’est pas au-dessus du peuple, il est le peuple et il parle comme lui.

Autre caractéristique, le maire de Béziers est passé à la violence verbale à l’égard de ses ennemis et de ses opposants.

Ennemis qui doivent être combattus avec des mots performatifs qui visent à délégitimer, effacer, exclure.

Après la première phase, encore démocratique, la parole du chef peut lancer des appels à l’action. Ces appels peuvent être impératifs : « coulez-les, assommez-les, délogez-les, démolissez-les. »

Autant de termes qui suggèrent l’élimination, qui sous-entendent que l’ennemi est superflu.

La semaine prochaine le prochain numéro de cette série portera sur la représentation qu’ont les fascistes de la voix du peuple.

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers