La gentrification des centres-villes n’est pas l’apanage de l’extrême droite, mais à Béziers, la gentrification se fait avec une volonté d’exclure des populations.
Il y a plusieurs façons de gentrifier une ville. L’une d’entre elles pourrait être qualifiée de « blanda » (douce en espagnol), une autre de « dura » (forte). Vous vous en doutez, celle du maire de Béziers peut être qualifiée de « dura ».
La gentrification « douce » se fait dans la durée, sur des décennies, en rendant financièrement inaccessibles les centres-villes urbains aux catégories populaires. C’est par exemple le cas de Paris et de la plupart des grandes villes de France où, depuis plusieurs décades, les classes sociales défavorisées sont rejetées vers les banlieues.
Cette gentrification n’est pas raciste, elle est classiste. Les populations rejetées sont multiples et variées.
La raison politique est la recherche d’une population aisée qui consomme au détriment d’une population appauvrie qui peine à boucler les fins de mois.
La gentrification « forte » garde bien sûr le critère classiste précédemment évoqué, mais elle y rajoute d’autres critères qui eux sont racistes.
À Béziers, depuis deux mandatures, l’extrême droite a ainsi accéléré le processus de gentrification. Elle a fait du centre-ville une vitrine architecturale où le clinquant côtoie des ilots urbains totalement abandonnés.
À terme ces ilots ont vocation à être détruits ou reconstruits. Quand ils sont détruits c’est pour faire partir les pauvres. Quand ils sont reconstruits c’est pour y loger des riches.
Béziers, de ce point de vue, est un laboratoire. Au début de la première mandature de Ménard, le taux de vacance des logements en centre-ville frisait les 40 %. De plus, la ville compte plus de logements que de maisons particulières et plus de locataires que de propriétaires.
Avec de telles données, Béziers, est une ville où la possibilité de gentrifier frise la taille XXL.
Pour engager cette opération de gentrification le maire a utilisé plusieurs moyens :
- Une guerre permanente contre les commerces étrangers
- Un rejet des SDF du centre-ville via plusieurs arrêtés
- La transformation du centre-ville en espace déambulatoire où ne peut pas se poser et où l’on vient pour consommer
- La favorisation d’opérations immobilières de renouvellement urbain au détriment du bâti ancien
- La permanence « d’animations » très souvent orientées idéologiquement
- Le rejet du marché aux vêtements en périphérie de la ville
- Le vote de couvre-feux concernant les mineurs
- La création d’une police municipale en croissance exponentielle.
De manière plus globale, l’accès au centre-ville est devenu plus compliqué voire risqué pour certaines populations qui sont de fait, qualifiées d’indésirables.
Certes, Béziers ne vit pas une situation d’apartheid, mais l’intention de pratiquer une ségrégation est manifeste.
Le maire échangerait facilement « sa » population pauvre, immigrée, gitane contre une population riche, blanche qui dépense sans compter.
Pour opérer ce genre de bascule, il y a le temps, la politique quotidienne, l’appel aux possédants.
De ce point de vue, le maire de Béziers est une caricature. La ville s’est ainsi payée des pubs dans le métro parisien et dans des hebdomadaires nationaux pour convaincre d’éventuels acheteurs.
Tous ces éléments sont en quelque sorte les préliminaires indispensables à une politique de gentrification.
Il reste ensuite à fournir à la nouvelle population des lieux qui lui correspondent.
Les halles « Biltoki » font partie de ce processus. Des étals de traiteurs ont ainsi remplacé un marché populaire.
En offrant sur les deniers publics un lieu de divertissement à la nouvelle bourgeoisie qui vient s’installer à Béziers, le maire envoie un message on ne peut plus clair : « vous êtes ici chez vous ».
Certes, les halles ne sont pas encore la locomotive qui va attirer les bourgeois de France et de Navarre, mais l’intention est de commencer à remplir les wagons.
Dans ce processus permanent et sans pause depuis l’élection de Ménard, la ville est en train de devenir une ville Potemkine où comme dans une BD de Schuiten (les murailles de Samaris) les passants voient la ville se réordonner en permanence autour d’eux.
C’est peu de dire que dans ce décor qui s’ordonne sur lui-même certains habitants n’ont plus leur place.





























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