Au moment où un sondage commandité par la galaxie Bolloré annonce un triomphe de R. Ménard aux municipales de mars prochain, la prudence semble s’imposer.
Un sondage réalisé par les amis politiques de R. Ménard le donne largement en tête et réélu au premier tour des élections municipales de mars 2026.
Ce sondage est un copié/collé du résultat des élections de 2020.
Pour autant la situation est loin d’être similaire entre mars 2020 et mars 2026.
Si l’on croit la presse de Bolloré le match des municipales est d’ores et déjà plié à Béziers. Il serait même gagné avec le bonus offensif dès le premier tour.
Il est difficile de dire si ce sondage vise à décourager les oppositions municipales, favoriser l’abstention, rassurer le maire sortant. Les trois possibilités peuvent d’ailleurs n’en faire qu’une.
Pronostiquer un copié/collé de 2020 semble à priori conjuratoire pour les amis de Ménard, car la situation politique est différente.
Au niveau national d’abord, les élections municipales ont eu lieu en plein Covid en 2020. Il y avait eu une sorte de dérogation pour organiser le vote, l’incertitude de son organisation avait plané jusqu’au jour du scrutin.
Dans ces élections sous perfusion sanitaire, la prime au sortant a été encore plus forte qu’à l’ordinaire.
Au niveau local la situation politique est totalement dissemblable, il est impossible qu’elle ait les mêmes effets.
À l’extrême droite, R. Ménard aura pour la première fois un concurrent du RN en face de lui. Ce même concurrent a battu sa femme aux législatives de 2024 ; peu de commentateurs pronostiquaient cette défaite. Certes l’effet national a joué en faveur du RN, mais qui peut affirmer qu’il ne jouera pas à nouveau aux municipales ?
Le RN se place sur la ligne de départ de 2027 et il peut trouver des partisans pour renforcer sa pôle position sur la ville comme au niveau national.
À droite, LR était dans l’opposition à Ménard en 2020, ils sont aujourd’hui alliés. Ces virages à 180 degrés sont toujours difficiles à prendre pour une formation politique. Il est de plus de notoriété publique qu’une liste d’opposition locale LR/Horizons était bouclée à Béziers. Elle a été désavouée par l’appareil parisien de LR, mais tout le monde sait que les appareils ne font jamais la pluie et le beau temps localement.
Il existe de nombreux orphelins LR à Béziers qui sont loin de soutenir le maire. Il est difficile de savoir ce qu’ils vont faire.
En tout cas il paraît peu probable que Ménard siphonne totalement l’électorat de droite et « en même temps » l’électorat RN. L’époque du « en même temps » semble révolue.
Autre similitude : comme Macron, Ménard gère seul sans partager les miettes du pouvoir.
À Béziers, et depuis deux mandatures la « holding familiale Ménard » ne laisse pas d’espace politique à ses « amis politiques » qui sont de fait transformés en vassaux.
Au centre, P. Resplandy avait obtenu le soutien de la macronie en 2020. Dans une ville comme Béziers, demander le soutien de la macronie en plein Covid et après le mouvement des Gilets jaunes relevait du suicide politique. Malgré ce, Resplandy a fait un score honorable, preuve si besoin était qu’il existe un espace au centre.
T. Mathieu cherche à occuper cet espace en 2027. Sans le soutien de Macron et sans le Covid, il est évident qu’il peut espérer dépasser le score de Resplandy en 2020.
Certains pensent que sa candidature peut devenir un vote refuge pour la droite qui ne supporte plus Ménard. Ce n’est pas impossible, mais pas garanti pour autant.
En rejetant les appareils au premier tour, Mathieu s’adresse exclusivement aux individus. Il est difficile de dire si cette adresse peut faire une majorité.
À gauche, le rendez-vous de 2027 a été manqué comme celui de 2020. Deux listes se feront concurrence.
Il y aura une relative union dans le cadre du Printemps de Béziers et une affirmation de candidature du côté de LFI.
Cette situation est d’autant plus regrettable que le sondage commandité par les amis de Ménard donnait une gauche unie autour de 30 % au premier tour.
En clair, la gauche unie au premier tour pouvait prétendre gagner la mairie dans le cadre d’une triangulaire au deuxième tour contre Ménard et le RN. À l’inverse, elle va lutter pour exister.
C’est peu de dire que c’est un mauvais choix stratégique. Ce choix est un défi à la rationalité. Il condamne les électeurs de gauche à un vote défensif alors qu’il aurait pu être offensif.
Au premier tour, tout dépendra de l’abstention.
Si elle est forte, il y aura une prime au public captif des « fans » de R. Ménard. Cet électorat fidèle peut lui procurer la victoire s’il n’est pas largement entamé par le RN.
Si c’est le cas, Ménard aura une majorité beaucoup moins hégémonique qu’en 2020 et il ne pourra pas se permettre de perdre une dizaine de conseillers comme dans l’actuelle mandature (voir article Aqui, aqui, es Besièrs, je suis venu te dire que je m’en vais) .
Si les Biterrois votent et que les chiffres de l’abstention se trouvent considérablement réduits (ils étaient proches de 40 % en 2020), il y aura un second tour.
Dans ce cas de figure, tout est possible, y compris une défaite de R. Ménard ou un conseil municipal très partagé.
Quand on connaît le peu de goût du maire de Béziers pour le consensus, il est évident qu’un « partage » du pouvoir n’est pas ce qu’il espère.
On peut même pronostiquer qu’une telle situation l’éloignerait de Béziers.
En conclusion, pour les municipales de 2027 la situation est beaucoup plus ouverte qu’en 2020. Le résultat dépend de la mobilisation des électeurs.



































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