Le terrible homicide d’un militant fasciste (*) la semaine dernière à Lyon est devenu un prétexte à la diabolisation de l’antifascisme. Ce retournement de situation initié par l’extrême droite est lourd de dangers et de menaces, car il est cautionné par le gouvernement en place.
Ça semble être une évidence, mais il va falloir le dire et le redire : le fascisme précède l’antifascisme. C’est parce que le fascisme tue depuis ses origines qu’est né l’antifascisme.
Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, l’immense majorité des Européens étaient antifascistes. Ils avaient pour la plupart subi le fascisme.
Cette placardisation européenne du fascisme a été un fardeau pour l’extrême droite, pendant des dizaines d’années elle a connu une longue traversée du désert. Depuis la libération, elle n’a de cesse de sortir des oubliettes de l’histoire dans lesquelles elle avait été jetée.
En France, gaullistes et communistes ont combattu les armes à la main le Pétainisme et le fascisme. Cette convergence ponctuelle entre gauche et droite a permis la mise à l’écart de l’extrême droite.
Les fascistes n’ont eu de cesse d’annuler cette mise à l’écart.
L’héritière du clan Le Pen, Marine, donne un coup d’accélérateur à la dédiabolisation en changeant le nom et en repeignant la façade du FN.
En quelques années l’impossible va se produire, le loup va devenir un mouton.
Très vite la dédiabolisation du fascisme commence à aller de pair avec la criminalisation des mouvements sociaux (mouvements des retraites, gilets jaunes, luttes écologiques).
Chaque manifestation devient l’objet de répressions policières décidées au plus haut niveau des ministères (Sainte Soline, A69).
Pour les gouvernements en place : « la société s’ensauvage », « l’ultra gauche est une menace », « les écoterroristes un danger ».
Le discours gouvernemental de l’extrême centre va de pair avec la montée de l’extrême droite.
Une grande partie de la droite gaulliste passe avec armes et bagages chez les pétainistes.
Ce mouvement est profond, les Ciotti, Darmanin, Wauquiez, Retailleau en sont les boussoles.
Les Attal, Philippe, Bertrand hésitent encore à franchir le Rubicon.
Dans ce contexte préexistant, il n’est pas étonnant que le drame de la semaine dernière ait eu lieu à Lyon.
Pour l’extrême droite pétainiste, fasciste, royaliste, cléricale, Lyon est restée la capitale des Gaules.
Cette fixation lyonnaise sur un passé révolu en dit long sur la mythologie fasciste.
Depuis la libération, les fascistes font de Lyon une citadelle. Une citadelle où les racisés, les femmes, les juifs, les trans, sont autant en danger que les militants de gauche.
C’est pour se défendre de ces agressions récurrentes qu’a été créée la Jeune Garde. Elle s’est bâtie sur un mode d’autodéfense et c’était nécessaire. L’autodéfense n’est pas la même chose que l’attaque, nous y reviendrons.
Depuis une semaine nous assistons à la criminalisation de pans entiers de la gauche politique, syndicale et citoyenne.
Les permanences sont taguées, saccagées, des locaux attaqués, des personnes menacées de mort. Chaque jour qui passe amène son lot de provocations.
Il va falloir le dire haut et fort, la violence est depuis toujours du côté de ceux qui :
- chantaient : « viva la muerte » en Espagne en 1936,
- disaient : « je m’en fous (en parlant de la mort) » en Italie dans les années 1920,
- arboraient des têtes de mort sur leurs uniformes de SS,
- ont créé les camps d’extermination pour les juifs, les gitans, les handicapés, les homosexuels, les militants, les opposants.
Pour faire face à cette résurgence de la violence institutionnelle et politique, la création d’un large front antifasciste au niveau national et local est indispensable.
Le pire serait d’attendre que ça passe comme le proposent Hollande et Gluksman, que la dynamique fasciste s’arrête seule ; elle ne s’arrête pas, l’histoire l’a prouvé.
(*) Quentin aura successivement été militant d’un groupuscule néo-fasciste « Allobroges Bourgoin » qui se réclame de la mouvance nationale révolutionnaire fasciste, du groupe « Action française » de Vienne qui se revendique royaliste, des intégristes religieux catholiques de Lyon, le tout à 23 ans. Tous ces éléments sont vérifiables sur les sites Rue89 et Médiapart.
(**) Depuis 2017, six personnes sont mortes du fait d’activistes de la droite radicale :
- Les militant·es kurdes Emine Kara, Mehmet Srin Aydin, Abdurrahman Kizil, abattu-es rue d’Enghien à Paris, en 2022,
- Le rugbyman argentin Federico Martin Aramburu, tué à Paris en 2022,
- Djamel Bendjaballah, écrasé par un militant de la Brigade française patriote, à Dunkerque (Nord), en 2024,
- Hichem Miraoui, tué parce qu’arabe dans le Var, en 2025.
Aucune de ces victimes du fascisme n’a bénéficié d’une minute de silence à l’Assemblée nationale (source Médiapart)
























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