Depuis deux mandatures, le maire de Béziers possède la municipalité en viager. En annonçant qu’il résiliait son bail le RN espère inverser les rapports de forces locaux.
R. Ménard est un drôle de locataire, titulaire d’un bail en viager depuis deux mandatures il s’est de fait comporté comme un propriétaire.
Le RN n’a pourtant jamais été agonisant à Béziers et dans l’agglomération.
Comment expliquer dès lors que le maire de Béziers ait joué au propriétaire depuis 12 ans ?
La réponse à cette question tient essentiellement à deux considérations : la personnalité du maire et une mauvaise appréciation politique.
Pour ce qui est de la personnalité, R. Ménard a cru que ses talents de communiquant pouvaient embrouiller le RN durablement.
Sans reprendre dans le détail la série des embrouilles Ménard / RN on peut repérer le fil conducteur de leur histoire commune. Ce fil conducteur c’est l’autonomie politique.
R. Ménard a sans cesse revendiqué une autonomie du dire et du faire.
Le RN a sans cesse reproché à son allié de ne pas « être fidèle ».
Pour ce qui est de la fidélité, il est vrai que le maire de Béziers a courtisé tout ce qui existe dans la galaxie de la droite et de la droite extrême. Chaque élection nationale l’a vu enfourcher un nouveau cheval.
R. Ménard se vit comme un être unique, libre, autonome et indépendant. La scène politique lui plaît parce qu’elle lui permet de jouer toutes ces partitions.
Ce côté « cabotin » est sûrement plaisant pour celui qui le pratique et le revendique. Il l’est beaucoup moins pour ses partenaires politiques. Partenaires politiques qui sont renvoyés au rôle de spectateur de ses facéties.
Facéties, qui vont de la distribution de bons ou mauvais points aux commentaires plus ou moins acerbes.
R. Ménard a même endossé le costume de médiateur entre Zemmour et Le Pen alors qu’il était en froid avec les deux.
La scénarisation « ménardienne » permanente de la vie politique a dû en fatiguer plus d’un au RN. Pour autant, le RN a composé très longtemps avec le trublion biterrois.
Il faut dire que Ménard jouait à merveille les rabatteurs électoraux pour le RN. Un rabatteur efficace mais pas fiable.
C’est ce manque de fiabilité qui a résilié le bail du viager biterrois.
La première sommation date des législatives de 2024.
Il est difficile de dire s’il y avait eu des avertissements explicites avant cette échéance. De dire si les Ménard n’ont pas voulu, pas su ou pas pu les entendre. Je pense plutôt que la formule n’était pas viable dans la durée.
C’est là qu’intervient la mauvaise appréciation politique.
Le RN est un parti d’extrême droite d’origine fasciste. Il aspire à gouverner seul.
Les rares alliances électorales qu’il noue sont faîtes sous forme d’absorption ou de vassalisation. L’UDR de Ciotti en est un excellent exemple.
Un RN aux portes du pouvoir attend de ses alliés une obéissance. Le temps politique des « zébulons » ou des « électrons libres » est terminé.
On n’a jamais vu un parti d’origine fasciste s’encombrer de voix discordantes. À l’inverse plus ce type de parti est proche du pouvoir plus il devient pyramidal et monolithique.
Depuis la présidentielle de 2022 qui a vu M. Le Pen arriver en finale ce processus de verticalisation du parti n’a fait que se renforcer.
C’est pourquoi il est demandé à R. Ménard de devenir un bon soldat. Aucun bâton de maréchal ne lui sera donné s’il ne fait pas preuve d’obéissance.
On ne peut pas dire que l’obéissance soit un des points forts du maire de Béziers, c’est pour ça que la boucle est bouclée.
Le rappel à l’ordre de la maison mère vise à inverser les rapports de force locaux. Le but est de prendre la ville en main.
A minima le RN peut se satisfaire d’un Ménard sous tutelle, d’un Ménard qui avalerait son chapeau et deviendrait d’un point de vue comportementaliste un clone lepéniste.
Je ne suis pas sûr que cette perspective réjouisse l’actuel maire de Béziers.
Pour éviter ce match à deux RN / Ménard, il est primordial de voter au premier tour des municipales.
























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