Vaste programme ! (C’est ce que de Gaulle avait répondu lorsque quelqu’un avait lancé « Mort aux cons ! » ) Vaste sujet dont la réponse théorique peut être facile : « Non, jamais ! La violence n’a jamais conduit aux mieux ! » Seulement voilà, quelle sera ta position quand tu y seras confronté.e, puisqu’il est fréquent que la violence te tombe dessus sans que tu l’aies demandé ? Tu tendras la joue gauche ou tu feras TOUT pour sauver ta peau, celle de ton copain, ta copine, tes gamins, tes parents… ? Ben oui, mais ça sera de la légitime défense, et ça, c’est permis !
C’était, vendredi 20 mars à Béziers, le sujet d’un café philo très convenablement mené par Daniel Mercier, rompu à ce genre d’exercice. Les références furent nombreuses, l’opposition Sartre-Fanon/Camus amplement relayée. Sartre et Fanon prônant ouvertement l’exécution des colons français en Algérie alors que Camus a toujours mis en avant « son rapport éthique et politique à la violence qui lui a fait refuser tout acte prenant délibérément pour cible les populations civiles, qu’ils soient le fait de l’État et de l’armée ou des forces se réclamant de la lutte anticoloniale. » (https://histoirecoloniale.net/albert-camus-et-lalgerie-coloniale-la-longue-confrontation-dun-homme-et-dune-situation-par-agnes-spiquel/)
Un oubli de taille pourtant lors de l’exposé : « Camus n’a jamais dénoncé la lutte armée à laquelle les forces algériennes (qualifiées pendant la conférence, de “ terroristes ”) avaient été contraintes par le refus de réformes réelles » (même source)
Quelques autres points auraient mérité un développement plus ambitieux. Il a été dit qu’après les violences policières liées aux « Gilets Jaunes » ou aux événements de Sainte-Soline, effectivement niées par Retailleau et Darmanin, l’état de droit avait réagi en organisant des procès… Sans pinailler, on peut admettre qu’il y a eu quelques procès (combien?), mais il aurait quand même été honnête de préciser qu’à l’issue de ces procès, les sanctions ont été quasiment nulles comme d’habitude lorsqu’il s’agit de juger des policiers coupables de « coups et blessures ayant (parfois) entraîné la mort. Ce site (https://france.obspol.org/les-bourreaux/) indique que sur 11 procès depuis 2012, une seule peine de prison ferme a été prononcée (pour faux en écriture publique et violence volontaire !), mais jamais pour des homicides involontaires. Nous verrons ce que les procès en cours, contre des policiers et gendarmes pour violences commises envers des gilets jaunes, envers Cédric Chouviat, Mohamed Gabsi, etc., donneront, mais rappelons quand même qu’un non-lieu a été définitivement prononcé après la mort d’Adama Traoré. Très récemment encore, les quatre policiers responsables de la mort d’Allan Lambin viennent d’écoper de six mois avec sursis.(https://www.francebleu.fr/bretagne/ille-et-vilaine-35/saint-malo/mort-d-allan-lambin-quatre-policiers-malouins-condamnes-a-six-mois-de-prison-avec-sursis-8912840)
Devant ce laxisme institutionnel, Les Black Blocks se sont positionnés depuis longtemps. Partisans d’un changement radical de paradigme, ils le font savoir lors de manifestations. D’un autre côté, les initiatives non violentes œuvrent visiblement (Les Soulèvements de la terre, Extinction Rebellion, désobéissance civile, etc.) ou de façon plus parallèle (initiatives nationales et/ou locales pour un habitat, une consommation, une production agricole différente, etc.). Ce volet n’a pas plus été abordé lors du café-philo, certainement par manque de temps… Peut-être aussi parce que Darmanin et d’autres les avaient qualifiés « d’écoterroristes » ?
Il fut bien sûr question de la violence « autorisée » de l’État (forces de l’ordre, armée, utilisées en cas de guerre ou de maintien de l’ordre), mais la « violence institutionnelle » fut soigneusement occultée : quid en effet de la destruction des services publics, restriction des allocations chômage, APL, etc., criminalisation de la pauvreté et de la contestation, appui massif aux grandes entreprises sans tenir compte des « plans sociaux », en un mot, toutes les violences inhérentes au capitalisme sans parler du refus de prise en compte du referendum de 2005, ni de la mise à genoux du gouvernement Tsipras par ce même capitalisme européen et, notamment la banque Fédérale allemande ? Cela peut-être ne serait pas de la « violence » ? Pourtant, selon l’Académie française, la violence est définie comme étant une « Brutalité d’ordre physique ou moral dont une personne, un groupe fait preuve à l’égard d’autrui, de ce qui l’environne. »
Dom Helder Camara avait distingué trois formes de violence : cette « violence institutionnelle » qui génère, par nature, une protestation qui peut devenir « musclée » (« violence de contestation ») et la prend en tenaille avec la « violence de répression » (dont la Cour européenne a condamné le caractère disproportionné pour la France, mais ça n’a pas été dit !). Et au fait, la violence de contestation, ça ne serait pas de la légitime défense par hasard ?
Ce volet n’a pas été abordé et c’est dommage. Par contre, il fut question du bonheur, quand même, que nous avons de vivre en démocratie (avec juste des petites violences assorties de procès ! Vouiii !) puisque, rendez-vous compte, en Iran, la répression a occasionné 35000 décès ! Là, désolé, mais j’ai sorti mon regard fusil mitrailleur et j’ai tiré en l’air ! Parce que c’est précisément ce genre de comparaison qui me fait monter l’Amora aux naseaux ! Comparons ce qui est comparable nom d’un petit bonhomme ! Imaginons : vous avez, d’un côté, un tas d’individus plongés dans le purin jusqu’aux yeux. De l’autre, une communauté souriante vivant harmonieusement dans un champ verdoyant , une rivière qui coule calmement avec des oiseaux qui chantent, etc. Vous ? Vous avez du purin jusqu’aux genoux. Et il faudrait remercier le ciel et le « néo-libéralisme » de ne pas en avoir jusqu’aux yeux ?!!! Mais nom de dieu, on peut quand même se battre pour que tout le monde ait accès à la prairie verdoyante, non ?
Un autre grosse connerie aurait pu me faire balancer ma chaise à la tête…. Oupsssss ! On a dit : non-violence et sérénité ! Je reprends : un autre petit détail m’a dérangé, mais à peine, bien sûr. Une femme a évoqué cette violence terrible dont la France a été témoin à Lyon, avec la mort de « ce petit Quentin » ! (sic ! Vouiii !) Alors, oui, évidemment pour ses parents, Quentin Deranque était sûrement encore quelque part un enfant, un gentil petit garçon de 23 ans. Mais ! Ben voui ! Il y a un « mais » ! C’était aussi un militant radical d’extrême droite ne dédaignant pas la violence directe, les défilés néonazis et autres coups de main musclés. L’enquête expliquera peut-être ce qui s’est vraiment passé, mais il est de moins en moins sûr que ce soit la version déversée par les médias qui soit la bonne. Quant à ce « petit Quentin », dont la mort est définitivement inacceptable et inqualifiable, pensait-il vraiment que la non-violence pouvait être une solution ? Permettez-moi d’en douter fortement.
Pour finir, il fut un temps au XXe siècle où des groupuscules révolutionnaires avaient choisi de passer à la lutte armée en Europe, notamment : Fraction Armée Rouge en Allemagne, Brigades Rouges en Italie, ou Action directe en France. Leur objectif était de faire monter la (ré)pression jusqu’à ce que la population ne puisse plus la supporter et se révolte. On a vu le résultat. Cela n’a réussi qu’à démultiplier les moyens de répression ! (Une stratégie quasiment identique est à l’œuvre actuellement aux Zétatzunis où l’on assiste à une véritable provocation de la part de la police ICE, orchestrée par l’administration Trump, qui n’attend qu’une seule chose : la mort accidentelle ou non de l’un d’eux pour promouvoir la loi martiale et ainsi annuler les élections de mid-terms que Trump pense (à juste titre dirait-on) avoir déjà perdues !
La violence fut-elle donc toujours inutile ? Et la Résistance en 39/45 ? Elle fut, durant le débat, pour ainsi dire assimilée à de la légitime défense. Que dire alors des révolutions ?
Celle de 1789 (qui ne commença pas par un bain de sang !) eut des conséquences extraordinaires sur la société et pas seulement en France, mais traversa une sinistre période de « Terreur ». La révolution russe n’eut pas, à long terme, les effets escomptés, puisque le Stalinisme a kidnappé les idéaux révolutionnaires. Il est intéressant de noter quand même qu’en Europe, certaines révolutions ont aussi transformé positivement la société sans passer par les armes : révolution de velours en Tchécoslovaquie, des œillets au Portugal, et plus loin de nous, des luttes non violentes (Rosa Park, Gandhi, Luther King, Malcolm X, Mandela… pour n’en citer que quelques-uns) ont obtenu des résultats extraordinaires.
Alors ? Légitime ou non ? « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non ! » aurait dit ma vieille tante de Lisieux ! Reste que, face à la violence manifestée par l’État qui, notamment, méprisa (et continue de le faire) les millions de manifestants lors des grèves et manifs contre la réforme des retraites, j’en ai entendu pas mal qui se disaient qu’il était peut-être temps de passer à autre chose. Est-ce compréhensible ? Jacques Descamps dans son Éloge de l’émeute (éd. Les liens qui libèrent – 2023) écrit : « La violence des dominés […] est par essence légitime, ne faisant que répliquer à celle […] sourdement institutionnelle, imposée par les dominants…». De l’autre côté, les partisans de la non-violence expliquent que « l’engagement dans la non-violence nous oblige à mettre en lumière les mécanismes qui engendrent la misère, l’oppression, la révolte et la violence. Nous ne situons pas sur le même plan toutes les violences, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent : la violence utilisée pour maintenir un état de domination et d’inégalité, et la violence d’opprimés s’efforçant de conquérir ou de restaurer leur dignité et leur liberté. Nous respectons les personnes qui ont choisi cette dernière voie, en prenant pour eux-mêmes les plus grands risques. Sans cautionner leur choix, nous comprenons pourquoi certains groupes réagissent à l’injustice par la violence, mais nous pensons qu’à long terme, la non-violence est toujours plus efficace que la violence ».
Pour une non-violence éthique et politique – ICI


























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