À l’heure du renouveau fasciste, il faut revisiter l’œuvre de George Orwell. Pour se vacciner du fascisme en lisant « 1984 » et pour le combattre en lisant « Hommage à la Catalogne ».
Au moment où les néofascistes tentent de nous faire croire que « 2 + 2 = 5 ». Il est urgent de lire ou relire l’œuvre d’Orwell, de s’en imprégner pour se renforcer.
Quand il sait qu’il va mourir, en 1950, à l’âge de 47 ans, Orwell lance un avertissement qui résonne toujours dans l’actualité nationale et mondiale : « Si vous voulez savoir ce que sera l’avenir, imaginez une botte écrasant un visage humain. La morale à tirer de cette dangereuse situation cauchemardesque est simple : ne la laissez pas se produire. Ça dépend de vous ».
Par ses actes et par ses livres, Orwell a tout fait pour que la botte du fascisme ne nous écrase pas.
Fin décembre 1936, Orwell est à Barcelone, il vient combattre le fascisme. Il s’engage dans une milice du Parti Ouvrier d’Unification Marxiste, le POUM.
Les 6 mois qui suivent vont bouleverser sa vie, il apprend à lutter contre le totalitarisme, à confronter ses idéaux à la réalité. Pour signifier cette situation, il écrit : « Les anarchistes contrôlaient toujours théoriquement la Catalogne. Quand on débarquait tout juste d’Angleterre, Barcelone avait quelque chose de saisissant et d’irrésistible. C’était la première fois que je voyais le prolétariat tenir les rênes d’une ville. Il y avait beaucoup de choses là-dedans que je ne comprenais pas, et à certains égards que je ne n’appréciais même pas, mais j’ai d’emblée su que la situation valait la peine de se battre. »
En arrivant à Barcelone, Orwell était un socialiste antistalinien. Il deviendra un anarchiste socialiste antistalinien (il se définissait par autodérision comme un anarchiste conservateur).
Il est devenu un anarchiste socialiste antistalinien parce que sa rencontre avec la révolution espagnole l’a transformé. Orwell est arrivé en Catalogne au moment de la reprise en main du processus révolutionnaire par les staliniens. Il a vécu la dichotomie entre le dire : « on vient pour sauver la révolution » et le faire : « on démantèle, on incarcère, on assassine » mise en place par la police politique de Staline.
Malgré cette répression, Orwell est resté fidèle à ses idéaux.
Dès la première page de son livre, il évoque une rencontre fondatrice sous la forme d’un engagé volontaire italien : « C’est étrange l’affection qu’on peut ressentir pour un inconnu ! Comme si son esprit et le mien avaient momentanément réussi à combler le fossé entre la langue et la culture pour se rencontrer dans une totale intimité. »
De fait, cette intimité tour à tour superbe, frivole, grave, empêchée, interdite est toujours au cœur du récit.
Orwell est un narrateur, il ne se dépeint jamais en héros. Il sait que cette humanité qui combat est le socle de la résistance au fascisme.
« Hommage à la Catalogne » est à lire avant « 1984 ». Pas seulement parce qu’il est antérieur, mais surtout parce qu’il est un vibrant hommage aux forces qui fondent l’humain comme être social.
En 1936, Éric Blair (de son vrai nom) avait 33 ans. Hitler avait pris le pouvoir en Allemagne, Mussolini en Italie, lutter contre Franco en Espagne était une évidence.
Une évidence parce que face au putsch militaire de Franco, des gens de peu, des gens de rien, on prit leur destin en main. Ils ont formé dans le territoire libéré de la Catalogne une République anarcho-socialiste. Comme l’écrit Orwell : « Les êtres humains essayaient de se comporter comme tels et non comme des rouages de la machine capitaliste. »
Alors qu’une grande partie de l’Europe marche au pas, l’embryon d’une société égalitaire ne reposant pas sur la différence de classe, nait en Espagne.
Dans une lettre datée de septembre 1937, à la suite de son retour en Angleterre il écrit cette phrase prémonitoire : « Après ce que j’ai vu en Espagne, j’en suis venu à la conclusion qu’il est vain de vouloir être antifasciste tout en essayant de préserver le capitalisme. Le fascisme n’est qu’un développement du capitalisme. »
L’expérience espagnole est fondatrice pour Orwell, elle lui permet de lier engagement politique est littérature. Le roman « 1984 » est la finalité de ce processus.
76 ans après sa mort, la guerre est à nouveau devenue un moyen de perpétuer les rapports de domination.
Dans cette actualité brûlante, lourde de menaces, « Hommage à la Catalogne » reste d’actualité.
Ce texte parle d’une nécessité, il nous dit une chose essentielle : pas de quartier contre le fascisme, contre tous les fascismes. Il est à lire où à relire en urgence pour se convaincre qu’il n’y a pas d’alternative : ce sera socialisme ou barbarie.
Dans les semaines à venir, je reviendrai sur l’œuvre générale d’Orwell et son étrange modernité.
































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