Ou l’histoire de Noam Shuster-Eliassi, juive israélienne, ex co-directrice d’Interpeace à l’Onu qui devient stand-uppeuse pour continuer à se battre pour une paix juste avec les Palestiniens alors que son monde s’effondre autour d’elle. Un documentaire que nous avons pu voir en avant-première au Festival du film politique à Carcassonne.
« Vous vous demandez : qui est cette fille ? Est-elle iranienne, juive, arabe ? Travaille-t-elle pour le Mossad ? Pourquoi a-t-elle dit ‘Hamas’ ? Dois-je boycotter ce show ? Ces questions sont légitimes et on va y répondre. Je me présente : je m’appelle Noam et voici mon spectacle Coexistence, mon cul ! Commençons par mon cul…«
Évidemment, elle n’en parlera que très peu, juste en évoquant la question lancinante de sa grand-mère « Quand vas-tu enfin te marier ?« . Le titre de son spectacle deviendra celui d’un documentaire, réalisé par Amber Fares et diffusé sur Arte le mercredi 25 mars à 23h25 (quelle erreur cet horaire !) mais heureusement aussi disponible à partir du 18 mars sur Internet.
Elle raconte ce que signifie grandir et vivre en Israël alors qu’elle rêve depuis l’enfance de paix et de justice pour les Palestiniens. Avec cette expérience rare, qui va forger ses opinions, celle d’une vie – contrairement à l’écrasante majorité de ses concitoyens israéliens – qu’elle a eue dans un village où coexistaient juifs et arabes. Ses parents avaient décidé de s’y installer quand elle avait 7 ans : Neve Shalom-Wahat as-Salam, ou « l’oasis de la paix », à mi-chemin entre Tel-Aviv et Jérusalem, où elle apprend l’arabe dans une école bilingue.
« En tant qu’Israélienne juive, j’ai des droits et privilèges auxquels mes amis palestiniens, avec lesquels j’ai grandi, n’ont pas accès. Ma responsabilité est de lutter contre cette injustice (…). C’est d’une douloureuse simplicité. D’ailleurs l’Occident n’a pas de mal à le comprendre quand c’est le peuple iranien qui se bat pour sa liberté ».
Filmée de 2019 à 2024, lors de la pandémie mondiale, du sixième gouvernement de Benjamin Netanyahou, des attaques terroristes perpétrées par le Hamas le 7 octobre 2023 et de la guerre de représailles et du génocide contre la population de Gaza, Noam ne cache à aucun moment sa colère contre les soutiens au régime sioniste (voir une scène incroyable de courage lors d’une altercation au cours d’une manifestation).
« Si le sionisme consiste à dire que la seule sécurité des juifs ne peut être garantie que sur une terre sans partage, au prix de l’oppression et maintenant du génocide d’un autre peuple, alors je suis anti-sioniste et je l’assume ».
Elle pleure, et nous avec elle, que son message devient de plus en plus inaudible dans la société israélienne. Sa notoriété progresse par contre au Proche-Orient, notamment auprès d’un public jeune et arabophone.
De la démocratie en Israël et ailleurs (texte de présentation d’Arte)
La réalisatrice Amber Fares dévoile un autre visage de la réalité israélo-palestinienne, entre rire et larmes, tragédie et espoir. Grâce à son héroïne et à ses proches (dont ses parents et sa meilleure amie Ranine, Palestinienne avec qui elle a grandi), le film rappelle aussi avec force quelques idées de base sur la démocratie et l’engagement.
Car bien au-delà d’Israël, on s’est habitué à reléguer au second plan de sa conscience, voire à entendre qualifier de naïf ou, pire, d’extrémiste, un principe qui reste révolutionnaire si on prétend l’appliquer : tous les humains naissent libres et égaux en droits.
À voir, vraiment !































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