Une autre histoire – 9 avril 1902 : Naissance de Théodore Monod

par | 5 avril 2026 | Histoire

Le 9 avril 1902, voilà exactement 124 ans, naît à Rouen Théodore André Monod, scientifique naturaliste, explorateur, érudit et humaniste.

Ce fils et arrière petit-fils de pasteur fait ses études secondaires à l’École Alsacienne à Paris, puis entre à la Sorbonne où il obtient un doctorat ès sciences en 1926. Diplômé d’arabe littéraire, il fréquente aussi l’École des Langues Orientales. A vingt ans, il part en mission sur la côte mauritanienne et cède à la fascination du désert. Il n’en termine pas moins sa thèse sur une famille de petits crustacés.

Le zoologiste devient géologue, botaniste, archéologue, préhistorien..De 1927 à 1936, il participe à de nombreuses expéditions au Sahara où il recueille notamment le squelette fossilisé de l’Homme d’Asselar et découvre des gravures, des peintures et des inscriptions rupestres qui témoignent de l’importance de cette région dans la préhistoire africaine.

En 1934 et 1935 Théodore Monod va organiser une très longue expédition dans tout l’Ouest du Sahara : de la Mauritanie au Nord du Mali parsemée de très nombreuses difficultés physiques.

En 1938, il crée, à Dakar au Sénégal, l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN), dont il reste directeur jusqu’en 1965. Il devient aussi en 1942 professeur au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. , tout en parcourant de 1953 à 1964, plus de 5200 km à pied et à dos de chameau à travers le Sahara occidental au cours de très nombreuses expéditions :

Mauritanie, Soudan, Cameroun, Tchad, Libye, Ghana, Nigeria mais aussi Iran et Israël…

Membre de l’Académie des Sciences en 1963, Théodore Monod a également été expert en biologie des déserts auprès de l’UNESCO. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, certains grand public, qui l’ont rendu célèbre, comme « Méharées », et « Désert » ou encore « Mémoires d’un naturaliste voyageur » en 1990.

Mais Théodore Monod n’est pas qu’un scientifique chevronné aux expériences extrêmes. . Le scientifique se fait aussi pédagogue pour expliquer le désert avec humour. Sa quête de cailloux se double d’une réflexion profonde sur le sens de la vie et la marche du monde.  Théodore Monod nous parle de tout cela, de science, mais surtout de vie et de quête d’absolu.

L’infatigable pèlerin humaniste, naturaliste fut aussi un homme de convictions. Théodore Monod a été de tous les combats : militant écologiste et farouchement anti-nucléaire, il dénonce le colonialisme et défend  aussi les sans-papiers, les mal-logés ou les  objecteurs de conscience au nom d’un pacifisme ardent et d’un humanisme nourri par ses convictions protestantes.

Pour ce scientifique issu d’une lignée de pasteurs, l’humanité était encore en voie « d’hominisation », et devait évoluer de la violence barbare à la solidarité sociale. Les années ont passé sans entamer sa volonté d’engagement pour les causes touchant à la protection de la nature et des droits de l’Homme « Il faut, disait-il, faire passer l’homme avant le profit, la croissance spirituelle avant le Produit National Brut ».

La chasse était son autre bête noire. Président du Rassemblement des opposants à la chasse (ROC), il s’emportait encore récemment contre les chasseurs, leur lançant « vous ne représentez ni la France, ni l’avenir » en pleins affrontements autour du projet de loi sur la chasse. Adepte de la « non-violence active »,  Théodore Monod a été de la grande aventure de la rue du Dragon, en janvier 1995, où un immeuble a été occupé par des familles mal-logées et l’association Droit au logement (DAL).

Le mouvement des sans-papiers a reçu aussi son soutien et il a défilé à plusieurs reprises en tête de manifestations en faveur de la régularisation.

Défenseur des animaux au nom du « respect de la création », ce végétarien convaincu a aussi manifesté contre les corridas ou marché contre le retour de la fourrure dans la mode.

Le grand nomade scientifique, l’amoureux du désert auquel il avait dédié la majeure partie de sa vie est mort dans un hôpital de Versailles le 22 novembre 2000, à 98 ans,.

On dit de lui que c’est « le grand spécialiste français des déserts », ou encore « l’un des plus grands spécialistes du Sahara au XXe siècle ». Bon nombre de ses 1 200 publications sont considérées comme des œuvres de référence.

On gardera de lui l’engagement permanent et l’inlassable curiosité de celui qui se considérait comme un « humaniste attristé « . La vie de Théodore Monod a été d’une « singularité exemplaire » et ses engagements pour la Justice, pour l’environnement, sa générosité, resteront des modèles pour une autre manière de vivre ». Théodore Monod était finalement un grand poète, ce qui n’était pas peu de chose.

Même aujourd’hui, dans un  monde qui en manque cruellement !

Mais c’est une autre histoire !

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