Je suis à Paris depuis quelques jours et pour quelques jours encore. J’ai souvent décrit dans cette chronique ma critique, peut-être maladive, des smartphones et du rôle négatif qu’ils jouent dans l’univers des enfants et des adolescents. Qu’ils trouvent dans cette chronique une sorte de mea culpa : ils ne sont pas les seuls à avoir basculé dans l’esclavagisme technologique.
J’en veux pour preuve mes longs passages dans le métro et cette drôle d’expérience que cela continue à être.
Dans le passé, les gens couraient plus ou moins dans les couloirs, se bousculaient, s’invectivaient quelquefois. Dans la rame, leurs regards tristes pointaient vers le sol sans regarder les gens qui les entouraient, une main accrochée aux poignées pour se maintenir en équilibre. Tout cela n’a pas beaucoup changé mais désormais leur seule main libre s’est dotée d’un smartphone, évidemment allumé. Leurs yeux sont toujours baissés mais regardent leurs écrans et le pouce de cette main est devenu d’une redoutable dextérité ! Ils pianotent à une vitesse extraordinaire sur cet objet devenu semble-t-il indispensable pour voyager. Et même quand la rame est bondée, quand les passagers sont serrés comme des sardines, il n’est pas question de lâcher l’engin magique et, l’écran au niveau du visage, la main en l’air, le pouce en action, ils continuent à visionner (quoi d’ailleurs ?). Attention à la tendinite ! Nous, le pouce, on l’utilisait pour faire du Stop c’est-à-dire rentrer en contact et interpeller un conducteur pour un moment de pur échange gratuit.
Aujourd’hui, dans ce métro, toujours aussi peu de regards croisés, de sourires gênés, d’interactions encore moins de conversations spontanées. Chacun semble enfermé dans son monde hypnotique, complètement isolé de son extérieur. Finalement rien n’a changé !
C’est déprimant !
Deux petites anecdotes pour finir.
Je rentre dans une rame et je me retrouve aux côtés d’une femme qui lit un livre, oui, un livre (comme avant) ! C’est devenu extrêmement rare. Je l’aborde en lui disant que cela me fait plaisir de constater qu’il reste des personnes qui lisent dans le métro. La réaction a été immédiate : elle m’a tourné le dos, sans un regard, en haussant les épaules, se disant sûrement ce que lui voulait ce plouc venu du sud. J’ai retrouvé là la gentillesse légendaire et historique des parisiens …
Autre situation,
Je suis dans une rame avec 4 personnes qui toutes regardent leur smartphone, m’ignorent et s’ignorent également. Après plusieurs stations, j’ai décidé de réagir, de faire une réflexion et je leur dis : « Je m’appelle Robert et j’ai des trucs à vous demander ». Un sourcil s’est levé, un seul ! les autres personnes n’ont pas bougé, n’ont pas réagi et ont continué à pianoter en m’ignorant dédaigneusement.
Je continue à penser que nous sommes au début (au milieu ? vers la fin ?) d’une sorte de décadence collective d’une civilisation qui ne sait plus voir, écouter, entendre les autres ni dire, ni s’exprimer, ni discuter, les yeux dans les yeux, en live ! Les autres, ceux qui sont pourtant à côté, sont des étrangers, quelle que soit leur nationalité, leur aspect, leur âge. C’est du désintérêt, de l’ignorance et du mépris. Les gens ne sont plus disponibles sauf pour eux-mêmes.
Peut-être croient-ils que leurs milliers de followers ou d’amis sur les réseaux sociaux remplacent le contact direct avec ceux qui vivent à côté d’eux, avec eux. Cette illusion d’exister virtuellement, à travers un écran, pour des gens qui ne seront demain que des algorithmes laisse présager un monde sans humanité.
La pandémie est donc générale, toutes générations confondues. C’est donc foutu, plus personne pour modérer, pour éduquer, pour limiter. Ce serait le rôle des parents, des adultes en général et également de l’école. Je ne suis pas sûr que s’y trouve pourtant la solution à constater l’infiltration des GAFAM dans le milieu éducatif. Quant aux parents, aux adultes, ils sont eux-aussi des victimes consentantes.
Le problème ne date pas d’aujourd’hui. Je me souviens d’avoir crié dans les rues de Montpellier dans les années 70 : « Éteignons la télé, prenons le temps d’aimer »
Je n’ai donc aucune solution collective à proposer ! On ne peut que tenter de résister individuellement ! C’est triste…





























