Tout au long de ses trois mandatures, le maire de Béziers nous a habitué·es à utiliser la féria de la mi-août pour mener sa croisade culturelle. En 2026, il l’a fait avec une volonté délibérée d’humilier et d’écraser ses adversaires politiques. Cette volonté affichée et placardée dans toute la ville s’inscrit dans le cadre des présidentielles à venir.
Depuis 2014, le maire de Béziers se sert de la féria pour mener sa croisade culturelle. Ce qui était à l’origine une fête plus ou moins consensuelle est devenu l’occasion d’orchestrer des clivages hautement politiques.
Ces clivages se sont progressivement organisés autour d’une utilisation de la défense de la corrida, de la messe aux arènes, de la présence des préfets et sous-préfets à ces messes, d’un défilé d’un char de la vierge, d’autres chars liés au panthéon personnel du maire, d’un défilé de musique militaire, d’un discours d’ouverture de la féria sur les allées.
Le discours d’ouverture de la féria naïvement baptisé « Pregon » comme en Espagne, n’a jamais consisté à proclamer comme à Pampelune l’ouverture des festivités. Il est devenu un discours politique conçu comme la pierre angulaire de tout l’édifice estival « ménardien ».
Preuve si besoin était les affiches placardées dans la ville cet été qui reprenaient en simultané les thématiques exprimées par le maire de Béziers dans son discours.
Le discours 2026 de la féria marque un tournant parce qu’il désigne des adversaires à la vindicte. Les manifestants contre la corrida du 14 août en ont fait l’amère expérience quand ils ont été conspués, insultés, en rentrant dans le périmètre « sacré » du centre-ville de Béziers, sur les allées et sur la place de l’Hôtel de Ville.
Il est facile d’imaginer ce qui serait arrivé si la police n’avait pas établi un cordon sanitaire entre les manifestants et des groupes d’individus avinés et très agressifs.
À Béziers, la féria est donc passée de fête populaire à meeting politique. C’est un choix délibéré du maire, il ne doit rien au hasard.
La volonté de se servir de la féria pour orchestrer une bataille culturelle est manifeste depuis 2014. Cette volonté va crescendo. Année après année nous avons vu messes, fanfares, chars, préfets s’additionner.
Cette année, le maire a rajouté une touche supplémentaire à ce grand ordonnancement en y mettant en point d’orgue son discours reproduit sur des affiches.
Sans être malheureusement la touche finale, cette mouture 2026 synthétise tout ce qui a été fait auparavant en y apportant un plus : la désignation d’adversaires pour ne pas dire d’ennemis.
Des ennemis assez disparates puisqu’ils peuvent être les laïques, les femmes, les Parisiens et les Montpelliérains. Les laïques et les femmes étant toutefois en tête de gondole.
Le processus qui s’articule à Béziers de féria en féria est voulu, délibérément construit et programmé. Il ne doit rien au hasard.
L’accélération de 2026 est bien sûr due à l’accumulation des années précédentes, mais elle est aussi liée à la prochaine échéance présidentielle.
Ménard mène sa croisade culturelle pour son camp idéologique et pour son propre compte.
En faisant une démonstration de force locale, il espère se placer dans l’hypothèse d’une victoire de l’extrême droite aux présidentielles de 2027.
Si c’était le cas, imaginez un gouvernement d’extrême droite avec comme ministre de la Culture Robert Ménard.
Pour que cette hypothèse reste farfelue et non opérationnelle, il faut battre l’extrême droite électoralement en 2027.
La battre à Béziers et ailleurs, c’est la tâche de l’heure.





























