800 000 tonnes d’arsenic pur sont toujours stockées à Salsigne, dans L’Aude, près de Carcassonne, plus de 20 ans après la fermeture de la mine qui les a extraits.
Malgré 53 millions d’euros engagés par l’État depuis 2004, ce stock hautement toxique n’a jamais été évacué.
La justice administrative vient de le rappeler en condamnant l’État pour faute, avant que celui-ci fasse appel.
L’histoire commence en 1892, il y a un siècle et demi, quand un ingénieur local redécouvre un gisement aurifère.
La mine d’or produit 120 tonnes d’or entre son ouverture en 1892 et sa fermeture en 2004.
Le déséquilibre entre or extrait et les déchets générés donne le vertige. Un rapport remis à l’Assemblée nationale résume la disproportion :
- La mine de Salsigne aura produit 120 tonnes d’or pour 12 millions de tonnes de déchets, soit 60 000 fois plus.
Sur place ces 12 millions de tonnes représentent des montagnes entières. Salsigne est l’une des plus grandes décharges chimiques du monde avec 3 millions de tonnes de déchets très toxiques, dont 800 000 tonnes d’arsenic.
Face à cette situation l’État dit ne pas être resté inactif. À grands coups de communication, le préfet de l’Aude chiffre à 53 millions d’euros l’argent injecté pour financer, travaux, mesures et études.
Pour mesure, 53 millions d’euros c’est le budget annuel d’un petit hôpital.
Malgré cette somme déjà engloutie, aucune solution pour éviter la contamination des sols et des cours d’eau n’existe.
La raison est simple comment évacuer et où stocker 3 millions de tonnes de déchets très toxiques ?
Depuis 2006, la responsabilité du site incombe à la puissance publique.
Depuis 2006, l’État à la responsabilité totale du site.
Depuis 20 ans, il n’a quasiment rien fait.
Le 22 juillet 2025, le tribunal administratif de Montpellier a tranché en faveur des riverains. L’ordonnance est sans détour sur la responsabilité des pouvoirs publics. Pour la première fois en France, l’État est sommé d’engager des travaux pour supprimer les pollutions.
Le préfet de l’Aude avait un an à partir du 22 juillet 2025 pour prendre les mesures adéquates afin de réparer le préjudice écologique.
Mais l’État a choisi la contestation. Condamné en juillet il a fait appel en septembre.
Un an après, pendant que l’appel suit son cours, les riverains du site continuent d’être empoisonnés et se retrouvent obligés de financer eux-mêmes les diagnostics de pollution.
Sur le terrain, les conséquences de ce scandale écologique et sanitaire ne relèvent pas de l’impasse administratif. Les taux de contaminations sont particulièrement élevés et des tonnes de gravats chimiques peuvent être emportés par les prochains orages cévenols.
Au moment où le même État force la main pour ouvrir une mine de lithium à Lodève et autour du Salagou il est urgent, exemple à l’appui, d’exiger qu’avant de permettre l’extraction la gestion des déchets soit garantie.
Car en matière d’extraction il y aura toujours une règle de base : une mine c’est toujours plus de déchets que de matières premières.
Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur la mine de Salsigne je vous conseille la lecture et l’achat du livre de Nicolas Rouillé « L’or et l’arsenic » édité chez Anacharsis dans la collection les ethnographiques, paru en janvier 2024.
Vous pouvez aussi lire sur ce site la recension de ce livre dans une série intitulée « L’or et l’arsenic » publiée en plusieurs épisodes sur ce site l’hiver et le printemps 2024/2025.




























