Une autre histoire: 7 octobre 1950, les Chinois réoccupent le Tibet

par | 4 octobre 2021 | Société

Le 7 octobre 1950, voilà exactement 71 ans, l’armée chinoise pénètre au Tibet. Devant les 30000 soldats chinois, les troupes locales s’enfuient sans presque combattre. C’en est fini d’un demi-siècle d’indépendance pour le Tibet, une immense contrée que les Chinois appellent simplement Xizang, « l’entrepôt de l’ouest » et que nous surnommons le Toit du monde.

L’actuelle région autonome du Tibet, partie intégrante de la République Populaire de Chine est vaste de 1,2 millions de km² soit l’équivalent de la France et de la Péninsule ibérique mais elle n’est peuplée que d’environ 5 millions d’habitants. La très faible densité de population du Tibet s’explique par la géographie. Ce plateau adossé à l’Himalaya s’étage entre 3000 et plus de 6000 mètres d’altitude d’où son surnom.

C’est le berceau des grands fleuves Bramapoutre et Mékong et ses ressources se limitent à l’élevage et un peu d’agriculture dans les vallées et les dépressions.

Pourtant l’aire de civilisation tibétaine dépasse très largement les frontières de l’actuelle région autonome et elle inclut les petits royaumes himalayens du Boutan et du Sikkim. Le Tibet a été pendant le 16ème et 17ème siècle très ouvert et réceptif à toutes les influences culturelles: mongoles, chinoises et surtout indiennes. Mais le royaume sous forme théocratique se ferme aux étrangers dès 1792 et jusqu’aux années 1980. Cela n’empêche pas les Anglais en train de prendre pied aux Indes, de s’y intéresser de très très près.

Le Tibet lui-même dès le début du 19ème siècle est tiraillé entre deux courants, l’un anglophile autour du Dalaï-lama l’autre sinophile autour du Panchen-lama. Sans surprise compte-tenu du rapport de force à l’époque entre Anglais et Chinois, les premiers l’emportent.

En 1904, les troupes anglaises entrent à Lhassa et impose au Tibet un traité qui ouvre le pays à leur commerce. La Chine entérine ce traité.

Lorsque la dynastie mandchou est renversée en 1911, la garnison chinoise de Lhassa est chassée et le Tibet central devient indépendant. Le 13ème Dalaï-lama qui avait dû se réfugier en Inde peu avant retrouve son palais du Potala.

Tout change après la seconde guerre mondiale. Les Anglais quittent les Indes et cessent en conséquence de s’intéresser au Tibet. A Pékin s’installent les communistes sous la direction de Mao-Tsé-Toung . Celui-ci fort de son triomphe veut rétablir la Chine dans sa grandeur d’antan. Il veut aussi contrôler les zones périphériques dont le Tibet, dans la perspective d’un affrontement avec ses grands voisins l’URSS et l’Union Indienne.

C’est donc ce 7 octobre 1950 que l’armée chinoise pénètre au Tibet avec 30000 soldats sans rencontrer de véritable résistance. Ne pouvant attendre ni secours ni appui diplomatique de l’Occident ou de l’Inde, le 14ème Dalaï-lama, Tenzin Gyatso, 16 ans à l’époque, ne peut que se soumettre et ses représentants signent le 23 mai 1951 un accord qui légitime l’occupation et confie les affaires étrangères à Pékin en échange d’une autonomie régionale mais surtout du respect de l’identité religieuse.

Le Dalaï-lama lui-même abolit la corvée et le servage et entame une réforme agraire. Pékin de son côté lance un grand programme routier pour relier le Tibet à la Chine mais les communistes ne tardent pas à violer leur engagement et à s’en prendre aux monastères.

Un mouvement de révolte se développe très vite chez les Tibétains. Il débute dans les provinces orientales, le Quam et le Amdo qui ont été intégrées à la Chine proprement dite où le gouvernement de Pékin mène la modernisation communiste tambour battant.

La tension monte et s’étend au Tibet central. Dans la nuit du 17 au 18 mars 1959, le Dalaï-lama craignant à juste titre pour sa sécurité quitte en cachette son palais d’été et s’enfuit en Inde. Il s’installe à Dharamsala où il réside toujours. Il est bientôt rejoint par une grande partie des élites tibétaines. Le gouvernement indien qui est alors en conflit larvé avec son voisin chinois permet aux réfugiés dont le nombre atteint rapidement la centaine de milliers de s’établir également à Dharamsala, au pied de l’Himalaya.

A peine le Daïla-lama est-il parti qu’une insurrection éclate à Lhassa. L’armée chinoise la réprime sans ménagement. Le Tibet sort ensuite des priorités du gouvernement maoïste confronté à des problèmes d’une toute autre ampleur.


Dans les années 80, la Chine accède à l’économie de marché et se libéralise. Le président chinois accorde un peu d’autonomie au Tibet. Celui-ci jusque-là interdit aux étrangers s’ouvre au tourisme international. Les Tibétains ne s’en révoltent pas moins. Après la révolution avortée de 1989, le régime chinois se durcit. A Lhassa, le président du Parti communiste du Tibet qui n’est autre que Hu Jintao qui deviendra président de la Chine de 2003 à 2013 mène une répression féroce. Dans le même temps, les Chinois accélèrent la sinisation de la région autonome en encourageant l’installation de Chinois de l’intérieur.

L’inauguration d’une voie ferrée en 2007 sort définitivement le Toit du monde de son isolement.

 

Depuis, l’actualité se remplit de mouvements de révoltes des Tibétains et montre que le Tibet n’est toujours pas prêt à devenir une province comme les autres. A Hong Kong, là aussi, l’aspiration se concrétise ces jours-ci avec le mouvement des parapluies.
Affaires à suivre mais c’est une autre histoire !

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers