Une autre histoire : 17 février 1600, le philosophe Giordano Bruno est brûlé vif à Rome

par | 17 février 2022 | Culture

Le 17 février 1600, voilà exactement 422 ans, le philosophe Giordano Bruno est brûlé vif à Rome, après avoir passé huit ans dans les geôles de l’Inquisition. La condamnation du philosophe comme hérétique, sur ordre du pape Clément VIII, met un terme à une vie de pérégrinations, de disputes et de tourments.

Il a connu une existence des plus troublés pour des raisons qui tiennent au contexte intellectuel de l’époque autant qu’à sa propre pensée. Celle-ci , incomprise de ses contemporains a longtemps été trahie. Il est vrai que les récits de Bruno, forts divers et d’une grande hardiesse, contiennent une profusion de questions dont il n’est guère aisée de saisir l’unité. Les thèmes les plus intéressants qu’il ait abordés, en philosophie, ont trait à la cosmologie notamment aux rapports enrtre l’infinité de l’univers et l’infinité de Dieu.

Né en 1548 à Nola, près de Naples, Giordano Bruno entre chez les Dominicains puis s’initie à Genève à la doctrine de Jean Calvin. Il enseigne ensuite la théologie à Toulouse puis à Paris.

Doué d’une mémoire prodigieuse qui lui permet, dit-on, de réciter 7000 passages de la Bible ou encore 1000 poèmes d’Ovide, le philosophe est volontiers reçu chez les princes d’Europe où il donne libre cours à son penchant pour la libre discussion.

Sensible aux découvertes de l’astronome Nicolas Copernic, publiées en 1543, Giordano Bruno imagine un univers infini dont Dieu serait l’âme. Il conçoit une pluralité de mondes analogues au nôtre dans un univers qui n’aurait pas été créé mais aurait existé de toute éternité. Cette philosophie panthéiste inspirera Spinoza au siècle suivant… En attendant, elle s’oppose de front à la théologie chrétienne.

Giordano Bruno publie ses idées en 1584, en italien et en latin, dans un ouvrage intitulé: De l’infini, de l’univers et des mondes. Mais il ne se contente pas de mal penser et mal écrire. D’une humeur combative et enclin à la dispute, il se met à dos la plupart des théologiens et des penseurs de son temps.

L’inquisition romaine obtient son extradition de Venise où il y enseignait l’art de la mémoire et de la géométrie. Il passe les dernières années de sa vie dans les cachots où il est soumis à d’interminables interrogatoires et à la torture. Il est condamné à mort en tant qu’hérétique, impénitent, opiniâtre et obstiné.

Il est brûlé vif, ce 17 février 1600. Avant de le faire mourir, ses bourreaux ont soin de lui arracher la langue pour l’empêcher de proférer des «paroles affreuses».

Cruelle ironie du destin : le supplice eut lieu le lendemain du mercredi des cendres.

Auteur maudit, oublié, c’est vers le milieu du 19ème siècle que naquit l’image légendaire d’un Bruno grand savant martyrisé par l’église non seulement pour ses conceptions religieuses mais sa défense de Copernic et de l’idée selon laquelle le Soleil ne soit que le centre du système solaire et que l’Univers en soit dépourvu. Son objectif est de repenser autrement l’Univers, la nature, Dieu, l’être et la substance, la connaissance. Il n’est ni un illuminé, ni un occultiste, ni un savant, ni un politique : il s’est toujours présenté comme un philosophe, rationnel finalement à la recherche d’une philosophie de l’infini.

La condamnation de Giordano Bruno est représentative de l’intolérance et des excès idéologiques, dans le camp catholique comme dans le camp réformé, à l’époque des guerres de religion et à la fin de la Renaissance.

En 1553, le médecin Michel Servet  a subi le même sort que Giordano Bruno, à Genève, à l’initiative de Calvin. En 1633, Galilée est également déféré devant l’Inquisition mais il se rétracte et échappe ainsi au bûcher.

En France, avant la Première Guerre mondiale, le livre de lecture le plus lu et le plus célèbre de l’école laïque est intitulé : Le tour de la France par deux enfants. Il est signé par ses auteurs du pseudonyme G. Bruno. C’est un hommage discret au philosophe, victime de l’intolérance religieuse !

D’autres victimes depuis et aujourd’hui encore l’intolérance religieuse tue !

mais c’est une autre histoire !

Vous pouvez écouter la version audio de cette chronique sur Radio Pays d’Hérault en cliquant ICI

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