Une autre histoire – 22 Janvier 1905 : Dimanche rouge à Saint-Pétersbourg

par | 20 janvier 2024 | Culture

Le jour du 22 janvier 1905, voilà exactement 119 ans, est qualifié par les Russes de «Dimanche rouge». Ce jour-là, à Saint-Pétersbourg, devant le Palais d’Hiver, résidence officielle du tsar Nicolas II, 100.000 grévistes manifestent en silence et sans armes.

Pour la plupart ouvriers, ils participent à cette marche pacifique sous la conduite d’un personnage équivoque, le pope orthodoxe Gueorgui Gapon. Certains manifestants sont accompagnés par leur famille. En tête de cortège, ils brandissent des bannières religieuses et des icônes du tsar sont hissées au milieu de la manifestation.

Leurs revendications sont précises :

  • la libération de tous les révolutionnaires emprisonnés
  • de meilleures conditions de travail
  • la cession des terres aux paysans
  • la suppression de la censure.

Les manifestants demandent en outre la création d’un parlement.

Ceci ne constituait pas alors un acte de révolution à proprement parler, puisque la manifestation se déroulait de façon pacifique.

Les autorités, qui ont eu vent du projet, ont prévu que le tsar se rendrait ce jour-là non pas au Palais d’Hiver mais dans son palais de Gatchina, au sud de la ville, et que les grévistes, informés de son absence, renonceraient à manifester…

Mais l’information n’arrive pas aux manifestants. Tragique et terrible malentendu ! Les gardes ouvrent alors le feu sur les manifestants et font des centaines de morts. «Il n’y a plus de Dieu ni de tsar», s’écrie Gapone.

La pétition qu’ils apportaient au tsar, couverte de dizaines de milliers de leurs signatures, se terminait par ces mots: «Si tu refuses d’entendre notre supplication nous mourrons ici, sur place, devant ton palais.»

Ce fut effectivement le cas !

Le massacre, qui a eu lieu sous les fenêtres mêmes de l’ambassade britannique, provoque une vague d’indignation dans le monde entier.

Les versions des faits varient quant à l’origine de l’ordre d’ouvrir le feu sur la foule. Certaines affirment que Nicolas II aurait lui-même donné l’ordre de tirer alors que d’autres prétendent que le commandement armé aurait pris cette initiative.

Les chiffres officiels font état de 96 morts et 333 blessés. Des chiffres non officiels avancent le nombre de 4 000 morts.

Après ce Dimanche rouge, progressivement, l’ensemble de la classe ouvrière russe se lève contre le régime, passant de simples revendications sociales à un véritable mouvement révolutionnaire.

Les ouvriers de Saint-Pétersbourg se mettent en grève. Elle atteint rapidement son apogée avec 150 000 grévistes. C’est le début de la Révolution de 1905. Dès lors, de multiples grèves tant politiques qu’économiques éclatent un peu partout en Russie, et vont en se radicalisant jusqu’à l’explosion d’octobre 1905.

Les étudiants russes décrètent également la grève tandis que, dans les usines, les ouvriers forment des embryons d’assemblées révolutionnaires. Les minorités de l’empire (Juifs, Polonais, Baltes…) sautent sur l’occasion pour revendiquer un supplément de droits.

L’agitation se nourrit de la crise économique que traverse le pays. Elle redouble d’intensité avec les désastres militaires qui surviennent en Extrême-Orient, face aux armées japonaises.

Le 20 octobre 1905, une grève des cheminots immobilise l’immense empire et débouche sur une grève générale. Dans les usines apparaissent les premiers conseils d’ouvriers (soviets en russe). Des mutineries éclatent dans la base navale de Cronstadt et sur certains navires de guerre comme le célèbre Potemkine.

Le tsar est dès lors obligé de céder aux revendications !

Il publie le 30 octobre 1905 un manifeste par lequel il promet à ses sujets les libertés de conscience, de réunion, de parole. Le tsar promet aussi d’ériger l’assemblée consultative de la Douma en Assemblée législative, apte à voter des lois. Il négocie à l’étranger d’énormes emprunts en vue de relancer l’économie nationale. La Russie semble dès lors engagée sur la voie de la démocratie et du progrès.

Mais les concessions démocratiques ne suffisent pas à rétablir la confiance entre les ouvriers et le tsar et n’améliore pas la situation, puisqu’il  dissout l’assemblée de façon répétitive au gré de ses besoins. Les tensions politiques ne s’apaisent pas.

En désespoir de cause, Nicolas II fait en sorte de restaurer sans tarder l’autocratie en s’appuyant sur l’armée resté fidèle, à l’image de ceux qui formaient ses gros bataillons, l’immense paysannerie russe. Le gouvernement revient alors sur tous les engagements antérieurs.

Plus grave, Nicolas II prend le risque de détourner la colère populaire sur les Juifs. Sa police suscite la formation de ligues loyalistes et antisémites comme l’Union du peuple russe, surnommée les Cent-Noirs.

Pour nourrir la haine contre les Juifs, nombreux dans les villes occidentales de l’Empire, elle diffuse un faux document appelé à une sinistre notoriété : Les Protocoles des Sages de Sion (il s’agit d’un tissu d’inepties sur de prétendus crimes rituels pratiqués par les Juifs).

Le régime tsariste s’écroulera en février 1917, discrédité cette fois par son comportement dans la terrible boucherie de la guerre mondiale. La tradition révolutionnaire de 1905 trouvera son épilogue dans la révolution bolchévique de 1917 !

….mais c’est une autre histoire !

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