Une autre histoire : 30 décembre 1916, assassinat de Raspoutine

par | 28 décembre 2021 | Culture

Le 30 décembre 1916, voilà exactement 105 ans, à Petrograd (Saint-Pétersbourg) meurt Grigori Iefimovitch, il a 44 ans et est plus connu sous le nom de Raspoutine (« débauché » ou dépravé en russe)…
Raspoutine est un paysan illettré et mystique originaire de Tioumen, en Sibérie.Il prétend être un starets (chef de communauté monastique) alors qu’il n’est ni moine ni pratiquant de l’Église orthodoxe. Il appartenait très probablement à l’une des sectes chrétiennes fort nombreuses en Russie.Après avoir voyagé au Moyen-Orient, il quitte sa Sibérie à l’automne 1903 pour Saint-Pétersbourg.

Il parvient à charmer la bonne société pétersbourgeoise. Comme en Sibérie, il s’improvise starets, maître spirituel charismatique. Pour l’élite de la capitale, il est presque un chamane. On vient le trouver pour ses conseils, des sermons et, surtout, pour ses dons de guérisseur. À force de fréquenter les salons, il rencontre Olga Lokhtina, qu’il guérit – ou prétend guérir – d’une neurasthénie, laquelle le présente à son tour à Anna Vyroubova, amie et confidente de la tsarine Alexandra. Il fait son entrée à la cour impériale de Saint-Pétersbourg en 1904, à la demande de la grande-duchesse Militza, passionnée d’occultisme. Raspoutine se produit alors à Saint-Pétersbourg ou au Palais impérial, la résidence principale du tsar, dans des séances d’exorcisme et de prières. Quelques mois plus tard naît le tsarévitch Alexis, seul fils du tsar Nicolas II. L’héritier du trône se révèle atteint d’hémophilie.
Désespérant de le sauver avec la médecine traditionnelle, l’impératrice Alexandra Fedorovna se résout en 1907 à faire appel aux services du jeune guérisseur venu de Sibérie.
Celui-ci s’acquiert alors une réputation de faiseur de miracles grâce aux soins qu’il prodigue au tsarévitch.
En fait, il ne le guérit pas! Le seul bienfait qu’il lui procure est d’interdire la prise de médicaments et en particulier de l’aspirine qui a pour effet de liquéfier le sang et aggraver le mal, ce que chacun ignore au début du XXe siècle.
Protégé par l’impératrice, qui le considère comme un envoyé de Dieu, il profite de son immunité de fait pour placer ses affidés à des places de haut rang. On lui prête des conquêtes innombrables parmi les femmes de la haute société, des amours ancillaires ou tarifés, et même des viols.il se signale aussi par des orgies avec les femmes de la haute société, ce qui le fait haïr du peuple et des nobles. « Pour se rapprocher de Dieu, il faut beaucoup pécher », se justifie-t-il.
Au demeurant peu soucieux de s’enrichir, il distribue en aumônes une bonne partie des cadeaux qu’il reçoit, installe sa femme et ses trois enfants dans la capitale, vit auprès d’eux et se rend de temps à autre dans son village natal.
Le guérisseur, devenu le confident de la tsarine, devient également le conseiller du tsar: il devient le moujik qui parle à l’oreille des tsars.
Il suscite la méfiance du Premier ministre Piotr Stolypine qui le fait surveiller et met en garde Nicolas II, bien en vain. « Mon épouse et moi, ne pouvons-nous avoir de relations qui nous soient personnelles ? lui dit-il Ne pouvons-nous fréquenter les gens qui nous intéressent ? » .
Malgré sa rusticité, Raspoutine exerce un rôle politique considérable. Son incroyable influence sur la tsarine et le tsar se développe au point qu’il pèse sur les destinées de l’Empire. Il est assez lucide pour tenter de dissuader le tsar Nicolas II d’entrer en guerre contre l’Autriche et l’Allemagne en 1914. Il ne manquait pas de clairvoyance et répétait souvent qu’une guerre mènerait la Russie vers une révolution.
Il se fait de plus en plus d’ennemis. L’église d’abord mais aussi l’extrême droite guerrière et antisémite. Son pacifisme lui vaut la haine des jeunes officiers qui entourent le tsar. D’aucuns le soupçonnent d’être à la solde de l’Allemagne ennemie.. De toutes parts, enflé par la rumeur, un cri s’élève : «Il faut tuer Raspoutine !»
L’« homme de Dieu » est victime d’une première tentative d’assassinat près de sa maison sibérienne, par une jeune femme exaltée, le 29 juin 1914.
Enfin, le 30 décembre 1916, en dépit des mises en garde de la police contre un possible attentat, Raspoutine se rend à une invitation du jeune prince Félix Youssoupov, l’homme le plus riche de Russie, époux de la nièce du tsar, jaloux des faveurs que lui accorde la famille impériale.

Son hôte, qui est accompagné du grand-duc Dimitri Pavlovitch, l’accueille dans son sous-sol aménagé en salon et lui sert thé et gâteaux… copieusement imprégnés de cyanure.
Raspoutine semble insensible au poison. Désemparée, le prince Youssoupov se retire, emprunte un revolver à son ami Dimitri, revient dans le salon et tire sur son invité.
Sûr de l’avoir tué, il sort rendre compte à ses amis mais quand les uns et les autres reviennent sur le lieu du meurtre, la victime a disparu, ayant trouvé la force de remonter l’escalier et sortir de la maison.
Ses agresseurs sortent à leur tour, le rattrapent et le jettent dans la Neva glacée.
Ce n’est que le lendemain que l’on retrouve son cadavre gelé et recouvert d’une épaisse couche de glace. Le visage de Raspoutine est tuméfié et son corps porte les marques de trois balles.

Cet assassinat réjouit la cour et les officiers mais il n’arrête pas la course à l’abîme de la Russie impériale. Deux mois plus tard, la Révolution de Février a raison des Romanov et du tsarisme. Homme de Dieu et diable sacré, dévot et lubrique, généreux et pervers, séduisant et repoussant, devin guérisseur et débauché impénitent, Raspoutine était tout cela.
Mais on ne peut pas passer sous silence les faux bruits de complot et les légendes sur les «forces obscures». La vie de ce moujik insaisissable, ambigu et fascinant n’apparaît dans l’histoire de la Russie impériale qu’à la faveur de circonstances exceptionnelles où, dans l’ultime convulsion de l’Empire, l’étrange fit irruption dans le politique et l’irrationnel occulta la réalité. À la fin du XIXe siècle, la superstitieuse noblesse russe a en effet manifesté un vif intérêt pour toutes sortes de rituels magiques, pour l’occultisme et pour les guérisseurs mystiques. Cet engouement a principalement pris sa source dans la cour de l’impératrice Alexandra, épouse de Nicolas II, qui vouait une adoration sans bornes au mysticisme.
On peut dire que Raspoutine était un personnage shakespearien au centre d’une tragédie historique ou bien un personnage de Dostoïevski, immergé dans l’univers de Tolstoï.
On le retrouve de façon récurrente dans la série de bande dessinée Corto Maltese, créé par Hugo Pratt.
Mais c’est une autre histoire !

Pour écouter la version audio avec illustration musicale sur Radio Pays d’Hérault, cliquez ICI

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