Le ciné-club de Bedarieux Grand Orb s’inscrit dans une démarche culturelle, sociale, éducative. Sans prétendre détenir à lui seul le savoir, il s’efforce de créer des espaces où s’expriment librement connaissances, sensibilités et points de vue dans des échanges qui ne sont pas nécessairement consensuels mais toujours enrichissants.
L’avenir, dont les prémices sont déjà perceptibles, nous inquiète. Aujourd’hui Vincent Bolloré est en passe de prendre le contrôle de plus de 30 % du capital d’UGC, groupe propriétaire de près d’un millier de salles de cinéma. dont il deviendrait le patron. Il renforcerait ainsi une position déjà dominante dans le secteur audiovisuel, après Canal+, StudioCanal et CNews notamment, maîtrisant une large partie de la chaîne allant de la production à la diffusion des œuvres, sous toutes leurs formes : télévision, plateformes, DVD et salles de cinéma. Une telle concentration favoriserait l’imposition de normes économiques, culturelles ou morales .
Ce contexte prépare également le terrain à des forces politiques dont l’arrivée au pouvoir apparaît aujourd’hui plausible et qui prônent la suppression du Centre National du Cinéma (CNC). Une telle orientation remettrait en cause l’ensemble des mécanismes qui contribuent au financement, à la visibilité et à la diffusion d’œuvres souvent fragiles, innovantes ou exigeantes, tant sur le fond que sur la forme.
Quelles en seraient les conséquences ?
- Disparition de l’avance sur recettes, qui soutient la création et la diversité cinématographique ;
- Disparition des aides aux distributeurs, qui permettent de rendre accessibles au public de nombreuses œuvres indépendantes ;
- Disparition du classement « Art et Essai » ;
- Disparition des aides à l’investissement destinées à la rénovation des salles et des équipements.
Au niveau local, un tel scénario aurait des répercussions particulièrement préoccupantes :
- Une perte de plusieurs dizaines de milliers d’euros pour le délégataire, liée notamment aux dispositifs Art et Essai ;
- Pour la collectivité propriétaire de l’infrastructure, la disparition des fonds d’investissement permettant de moderniser les équipements, comme l’acquisition de projecteurs laser, plus performants et moins énergivores rendrait impossible budgétairement cette acquisition;
- Pour le ciné-club, la nécessité de construire sa programmation de films peu diffusés ou peu vus, au détriment de la diversité culturelle que nous prônons.
Pour assurer la pérennité de notre cinéma, nous sommes tous dans le même bateau : collectivité, délégataire, associations et spectateurs. À condition, bien sûr, que l’on ne cherche pas à nous jeter par-dessus bord.
Si ce scénario pessimiste venait à se concrétiser, comment résister ensemble ? Comment préserver l’équilibre économique du cinéma et trouver de nouvelles ressources ?
- Une première piste sera d’être attentifs aux initiatives que pourrait prendre la Région Occitanie. Très engagée dans le soutien à la production et à l’accueil des tournages, elle pourrait être amenée à aider les exploitants les plus fragiles, affectés par une éventuelle disparition des aides du CNC.
- La seconde repose sur une augmentation significative de la fréquentation. Celle-ci se situe actuellement autour de 50 000 entrées annuelles, alors que l’étude de marché réalisée lors de la création du cinéma l’évaluait à 60 000 entrées, avec un potentiel pouvant atteindre 70 000 au regard de la qualité de l’infrastructure.
Les blockbusters et les comédies grand public bénéficiant d’une forte exposition médiatique continueront vraisemblablement à attirer leur public. La marge de progression se situe donc principalement du côté des films que les spectateurs peuvent découvrir par curiosité, une curiosité qu’il nous appartient de susciter par des présentations, des rencontres, des débats, des interventions d’invités, des textes d’accompagnement, mais aussi par un travail de médiation autour de l’histoire et de la culture cinématographiques : conférences, cycles thématiques, mise en perspective d’auteurs ou de mouvements cinématographiques.
Ce travail de fond doit être mené en étroite collaboration avec le service culturel, le délégataire et diverses associations, nous sommes déjà partenaire de certaines.
Le pari est également que le réseau auquel nous appartenons : la Fédération des ciné-clubs de la Méditerranée (FCCM), avec d’autres structures comme l’ACID, le Carrefour des festivals, distributeurs et producteurs indépendants qui seront fragilisés se mobilisent afin de défendre la diversité culturelle et le cinéma indépendant..
Soyons vigilants dès a présent et préparons localement ces actions qui quelle que soit l’évolution du contexte national auront un impact positif sur la vie culturelle dans notre cité. Notre bonne volonté et l’engagement dont nous faisons preuve tout au long de l’année étant le gage de notre bonne foi.
Rapport moral du ciné-club de Bédarieux
mai 2026, par André Blasco.



























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