Le Chili, première contre-révolution néolibérale (2)

par | 9 septembre 2023 | Enquête

Le coup d’État, ses préparatifs et le rôle de l’impérialisme. Pour certains observateurs, la victoire de l’Unité populaire sonnait comme le début d’un nouveau cycle en Amérique latine : car à la fin des années 1960, la stratégie du foyer de guérilla (foco) faisait encore figure de substitut au réformisme qui privilégiait la voie électorale.

Dans les différents choix stratégiques d’accès au pouvoir, le Chili rebattait les cartes en renouant avec la mise en place d’une « dualité de pouvoir » : d’un côté le gouvernement légal d’Allende, de l’autre, les organes autonomes du pouvoir populaire. Dans le Chili de 1973, les organes de pouvoir populaire étaient embryonnaires et ne constituaient pas encore une direction politique alternative au gouvernement d’Unité populaire.

Si nous reprenons le fractionnement de la révolution russe, le Chili de 1973 ressemblait plus à février 1917 qu’au mois d’octobre de la même année. Les « soviets chiliens » prenaient le nom de Cordons industriels et Commandos communaux. Ils se développèrent à partir de la fin de l’année 1972.

Auparavant, depuis l’élection d’Allende en 1970 (et jusqu’à la grève menée par l’opposition, le patronat et l’impérialisme en octobre 1972), la participation populaire aux changements en cours était institutionnalisée, c’est-à-dire « impulsée et dirigée par l’État ».

Les « soviets chiliens » surgissent entre octobre 1972 et juin 1973, en grande partie pour défendre, protéger et promouvoir les conquêtes sociales. Le putsch manqué du 29 juin 1973 (le tancazo) sonne comme un lugubre avertissement.

Les cordons industriels font la preuve de leur capacité de mobilisation populaire, mais ils sont dépourvus d’une « organisation permanente démocratique basée sur des délégués élus en assemblée ». Leur coordination est insuffisante, elle dépasse rarement le niveau local. L’été 1973 les cordons industriels sont de fait des embryons de « soviets ».

L’été 1973 est aussi le moment où les relais sociaux, politiques, locaux et internationaux de la future dictature commencent à faire croire que la gauche se prépare militairement à prendre l’initiative d’un coup d’État. Contrairement à ce qui est affirmé dans les éditoriaux d’El Mercurio ou dans le prochain « livre blanc », la thèse d’une armée des Cordons industriels relève du mythe pur et simple.

Le prétexte du coup d’État militaire est l’intention d’Allende d’annoncer le soir même du 11 septembre un plébiscite populaire en vue d’un changement constitutionnel destiné à stabiliser le gouvernement jusqu’aux présidentielles de 1976.

Le coup d’État a fait l’objet d’une préparation minutieusement organisée. À partir de la grève des camionneurs en juillet 1973 (mouvement de petits propriétaires instrumentalisé par l’opposition), les attentats et les sabotages se multiplient chaque jour. Les cordons industriels sont une cible prioritaire.

La loi sur « le contrôle des armes » votée le 20 octobre 1972 avec l’appui de la gauche parlementaire offre à l’armée l’occasion d’enclencher la répression. Une sorte de guerre contre-révolutionnaire s’enclenche. Elle est menée à sens unique contre le pouvoir populaire avant le coup d’État.

Pourtant jusqu’au matin du 11 septembre Allende continue d’avoir confiance dans la loyauté de Pinochet.

Très vite, la terreur d’État s’abat sur les militants de gauche et les dirigeants du mouvement syndical. Non content d’imposer la loi martiale, de fermer le congrès, de suspendre la constitution, d’interdire l’activité de tous les partis politiques, Pinochet donne peu à peu une dimension transnationale à la répression, en coordination avec les autres régimes militaires de la région.

Les USA mettent en place « l’opération Condor ».

Le rôle joué par l’impérialisme américain au Chili est une donnée majeure de la contre-révolution néolibérale. Après avoir pris une forme militaire, elle va prendre une forme politique et économique.

 

Cet article est rédigé à partir d’extraits de lecture d’un livre collectif intitulé « Le choix de la guerre civile » (Une autre histoire du néolibéralisme), ouvrage collectif paru aux éditions LUX en 2021.

Pour ceux et celles qui veulent en savoir plus sur cette séquence politique, je vous conseille les livres de :

  • Régis Debray « Révolution dans la révolution ? Lutte armée et lutte politique en Amérique latine », chez Maspero,
  • Maurice Najman « Le Chili est proche. Révolution et contre-révolution dans le Chili de l’Unité populaire », chez Maspero,
  • Franck Gaudichaud « Chili 1970 / 1973. Mille jours qui ébranlèrent le monde », Presses universitaires de Rennes, 2020.

Partager sur

En Bref

< Retour à l'accueil

L'agenda Culturel

L'agenda Militant

Lettre d'informations En Vie à Béziers

Pour recevoir notre lettre hebdomadaire

La Revue de presse

Dessins et photos d'actualités

Le mot du maire de Béziers

En vie à Béziers Adhésion et/ou dons !

Le coin des lecteurs

Pèzenas venez vivre la 5ème fête de la Graine

5ème Fête de la Graine L'association Pézenas en Transition vous invite à vivre ensemble la 5ème Fête de la Graine, qui aura lieu les vendredi 10, samedi 11 et dimanche 12 avril 2026 à Pézenas  au Foyer des campagnes de Pézenas. Un invité d'honneur local...

Cueillette des chants de la Cimade/15 et 24 avril 2026

Bonjour tout le monde ! Nous continuons notre « cueillette des chants ». Notre dernière séance du 25 mars était vraiment forte, avec des chants en lingala, soussou, espagnol, occitan, italien, bambara, arabe tibétain, fe’efe’e et d’autres Je vous...

Cantine jeudi 9 Avril

Cher.es ami.es de Cuisine d'ailleurs, retrouvons nous si vous le souhaitez jeudi 9 avril prochain entre midi et 14h, pour notre rendez vous mensuel gourmand et convivial, la cantine de l'Atelier Cuisine de la Cimade. Partageons notre repas à prix libre réalisé à...

Au bout du fil de la presse libre

Des médias et des penseur·euses pour s'armer contre l'extrême droite

A lire : Comment le fascisme gagne la France, De Macron à Le Pen Ugo Palheta, 2025, La Découverte

Ugo Palheta : "Les fascistes nous veulent déprimés, sidérés et isolés : la réponse, c'est l'action collective" (Socialter) 

 

L’association a bénéficié en 2018 et 2019 du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité / Ministère de la culture

Nombre de visites

Nombre de visites

1082772
Total Users : 1082772

vendredi 10 avril 2026, 3:59

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers