Instrumentalisation à la « chaîne » du fait-divers

par | 3 novembre 2024 | Extrême droite

Je ne sais pas si le nombre de faits-divers augmente. Par contre, avec la nouvelle configuration de la presse audio visuelle en continu et les réseaux sociaux, on a l’impression de vivre en permanence dans un drôle de pays, un pays où l’actualité se résume en priorité aux faits divers, aux commentaires et aux analyses de leur origine et des solutions à y apporter (toujours les mêmes d’ailleurs)

On le sait depuis bien longtemps, le fait-divers est traditionnellement le lait dont se nourrissent goulument la presse de caniveau et la droite autoritaire. On est bien dans ce contexte-là : presse de caniveau avec en particulier CNews et BFMTV et droite autoritaire qui ne sait plus comment plaire pour capter l’électorat du Rassemblement National.

La recette est connue : du frisson, du sensationnalisme, des victimes à qui on peut facilement s’identifier, peu de travail (de journalisme) et on balance. Réactions garanties. Ça fait du papier, des heures (et des heures) de programmes et de commentaires indignés, et à la sortie des bulletins dans l’urne – on sait pour qui.

Car ne vous y trompez pas, la conclusion est écrite d’avance et doit toujours se résumer à l’équation du premier degré (de réflexion !) insécurité = étrangers=immigration !

Ces derniers temps, cette production s’industrialise sous les efforts conjugués des principaux animateurs de ce petit commerce : les affaires Lola, Thomas, Philippine – et j’en passe – sont autant d’exemples récents de faits-divers d’abord montés en boucle sur les plateaux (principalement) puis instrumentalisés pour le plus grand profit de l’extrême droite.

Pour résumer, le schéma est désormais le suivant : une triste histoire, une victime française et un auteur étranger (présumé), et de quoi dérouler un discours bien dur en tapant du poing sur la table.

Le fait divers est un genre journalistique né à la fin du XIXe siècle qui chronique des faits insolites que les politiques instrumentalisent pour les transformer en une preuve d’un phénomène régulier, voire systémique. Et on y est en plein dedans :  « Ce n’est pas le crime individuel qui compte, c’est la masse », affirmait Éric Zemmour, allant jusqu’à parler de « francocide » – concept faisant croire à une volonté d’exterminer les « Français » définis comme « personnes blanches » et non plus comme une identité nationale.

Peu importe la réalité, le fait divers est « un processus qui vide l’événement de sa complexité au profit de ses seules virtualités émotionnelles et affectives ou des ‘valeurs éternelles’ qu’il illustre », selon l’analyse de Dominique Kalifa, historien spécialiste des imaginaires sociaux.

L’enjeu politique se situe dans cette émotion qui exacerbe notre capacité collective à simplifier les choses. L’extrême droite, adepte de la pensée simpliste, en fait son fonds de commerce et chasse ces histoires qui répondent à sa lecture du monde en mettant volontairement de côté les autres.

Le fait-divers joue donc le rôle d’exorcisation des grandes peurs : la violence et la mort. Mais il n’est pas rationnel et n’est pas le reflet de statistiques, il est « un miroir grossissant qui dépend d’un contexte particulier. Par cela, il nous dit plus de choses sur ce contexte que sur le crime en lui-même », abonde Martine Kaluszynski, directrice de recherches au CNRS.

Le fait divers a toujours servi les politiques sécuritaires et le populisme pénal n’est pas nouveau. Mais, jusqu’à récemment, cette politisation était surtout le fait des oppositions. Aujourd’hui, la droite au pouvoir poursuit le même objectif et dans la même veine : créer des ennemis, des boucs émissaires,  pour en récolter les fruits électoraux et tout faire pour qu’on oublie les vraies raisons d’un malaise social que la dure loi du libéralisme économique accentue et perpétue au grand bénéfice des possédants.

Partager sur

En Bref

< Retour à l'accueil

L'agenda Culturel

L'agenda Militant

Lettre d'informations En Vie à Béziers

Pour recevoir notre lettre hebdomadaire

[sibwp_form id=1]

La Revue de presse

Dessins et photos d'actualités

Le mot du maire de Béziers

En vie à Béziers Adhésion et/ou dons !

Le coin des lecteurs

NPA Béziers solidarité avec LFI

Le NPA Béziers, solidaire de la France Insoumise Après les événements qui se sont déroulés à Lyon le 12 février 2026, la classe politique dominante et médiatique a concentré toutes ses forces pour acculer la France insoumise. La droite extrême et l’extrême droite...

Le mot de Thierry Mathieu

Mercredi dernier avait lieu le débat des municipales à Béziers. Quatre grandes questions étaient posées aux candidats. Quatre sujets essentiels pour l’avenir de notre ville.J’y suis allé avec une intention simple : répondre. Dire où nous en sommes. Dire ce que je...

Le Printemps de Béziers // Communiqué de presse : Ciné-essai

Bonjour, veuillez trouver notre communiqué de presse : " Oui, nous installerons une salle de cinéma ciné-essai à Béziers ! Une pétition circule pour demander à ce que Béziers se dote d’une salle de ciné-essai en centre-ville et Le Printemps de Béziers souscrit...

BETARRA en redressement judiciaire à Béziers

COMMUNIQUÉ DE PRESSE BETARRA EN REDRESSEMENT JUDICIAIRE : L’échec retentissant d’un système sous perfusion municipale depuis des années Béziers, le 16 février 2026 - La société BETARRA, organisatrice des corridas à Béziers, a été placée en redressement judiciaire....

Au bout du fil de la presse libre

Des médias pour s'armer contre l'extrême droite

 

 

L’association a bénéficié en 2018 et 2019 du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité / Ministère de la culture

Nombre de visites

Nombre de visites

1065905
Total Users : 1065905

samedi 21 février 2026, 17:14

Robert Martin