Fascisme : pourquoi ça recommence (2)

par | 23 février 2025 | Histoire

Au moment où de nouvelles formes de fascisme prospèrent dans le monde, je vous propose un tour d’horizon européen d’expériences fascistes, à partir de quelques dates clés. On commence par le cinquantième anniversaire de la mort de Franco en s’interrogeant sur son impunité.

1975, fin du franquisme ? Acte 2 : la mise au ban

En 1946, dix ans après le coup d’État militaire, la « question espagnole » occupe l’agenda des gouvernements alliés, des organisations politiques et syndicales nationales et internationales.

Les jours du franquisme semblent comptés.

Au cours de sa première année d’existence, l’ONU, fondée en juin 1945, consacre 11 réunions et 3 résolutions de son Conseil de sécurité à la « question espagnole ». Entre avril et mai 1946, plusieurs sessions de son Assemblée générale aboutissent à la résolution du 12 décembre 1946.

L’ONU y condamne sans appel le régime franquiste. Il est écrit qu’il doit être écarté « des affaires internationales » et « exclu des organisations affiliées à l’ONU ». Les ministres plénipotentiaires accrédités et les ambassadeurs en poste à Madrid doivent être rappelés dans leurs pays respectifs.

En clair l’Espagne franquiste est au ban des nations.

Elle se retrouve exclue du Nouveau Monde en recomposition tel qu’il se projette dans l’immédiat après-guerre.

Dès la conférence de Potsdam, le 2 août 1945, les USA, l’Angleterre et la Russie déclarent : « nous n’appuierons pas la candidature du gouvernement espagnol actuel qui, établi avec l’aide des puissances de l’Axe, ne possédait pas, en raison de ses origines, de son caractère et de son association étroite avec les pays agresseurs, les qualifications nécessaires pour justifier son admission parmi les Nations unies ».

Une note tripartite signée par les USA, l’Angleterre et la France le 4 mars 1946 confirme cette position de principe.

Les États-Unis s’inquiètent eux que l’Espagne puisse constituer un repaire de nazis au moment où ils poursuivent les criminels de guerre.

Un hiatus existe toutefois et ne va faire que s’amplifier.

La scène internationale reconnaît la légalité et la légitimité du combat mené par la République espagnole, mais elle ne reconnaît pas le gouvernement républicain en exil.

La fin du pouvoir de Franco en Espagne faisait donc l’unanimité au sein des Nations-Unies à la fin des années 1940. La condamnation morale, juridique, historique, politique du franquisme semblait actée.

Mais la bipolarisation du monde entre Est et Ouest s’affirme dès 1947. Cette bipolarisation entraîne le revirement des États-Unis au travers de la résolution de l’ONU du 4 novembre 1950.

Cette résolution maintient la condamnation morale ? mais abroge les recommandations qui mettaient l’Espagne au ban des nations.

L’envoi d’ambassadeurs à Madrid est immédiat, il est suivi de l’intégration de l’Espagne à l’UNESCO en 1952.

La signature de coopération militaire avec les USA en 1953 invite officiellement le franquisme dans le camp des nations occidentales, avant son admission à l’ONU en décembre 1955 aux côtés de 16 nouveaux membres.

La réhabilitation de Franco semble complète. La longévité de son régime reste une tache indélébile parmi les contradictions du nouvel ordre mondial.

Les motifs moraux, historiques, juridiques ne sont pas théoriquement remis en cause. Ils autorisent leur résurgence sur la scène internationale et nationale. Le spectre du franquisme hante l’Espagne et le monde, mais ce spectre continue de gouverner d’une manière totalitaire.

Cette dichotomie internationale va provoquer sur le plan intérieur la volteface idéologique du PSOE et du PCE bien avant le pacte de la Moncloa.

À l’instar des grandes puissances mondiales, les deux partis historiques de la gauche espagnole vont opérer un virage stratégique qui vise à obtenir leur légalisation intérieure au nom de la théorie des torts réciproques ayant provoqué la guerre civile.

Insensiblement, la fin immédiate du franquisme n’est plus d’actualité pour une partie de la gauche espagnole.

Nous verrons comment et pourquoi dans le prochain épisode de cette série, la semaine prochaine.

Partager sur

En Bref

Brèvinfo du 27 avril – les fleurs de la concentration éditoriale

Le 15 avril, Olivier Nora, PDG des éditions Grasset, propriété de Vincent Bolloré, a été limogé. Cette décision a provoqué la prise de conscience d’une centaine d’auteurs : leurs idées et leurs œuvres sont, depuis trois ans, la propriété de Vincent Bolloré. Et donc au...

< Retour à l'accueil

L'agenda Culturel

L'agenda Militant

Lettre d'informations En Vie à Béziers

Pour recevoir notre lettre hebdomadaire

La Revue de presse

Dessins et photos d'actualités

Le mot du maire de Béziers

En vie à Béziers Adhésion et/ou dons !

Le coin des lecteurs

1er mai unitaire à Narbonne

Dans la foulée d'une mobilisation réussie contre la venue des présidentiables du RN l'année dernière. Les associations, partis et syndicats narbonnais organisent un premier mai unitaire. Manifestation le matin 10 h 30 aux halles et rencontres débats l’après midi à la...

Premier mai appel AFPS 34 biterrois

L'association France Palestine Solidarité appelle ses adhérents et sympathisants, ainsi que toute personne solidaire avec les Palestiniens et les Palestiniens à  rejoindre le 1er mai  la manifestation inter- syndicale. Le rendez-vous est fixé à 10h place...

Boualem Sansal, ou l’imposture consacrée

Il y a des écrivains que l’on défend contre l’arbitraire. Il y en a d’autres que l’on transforme, au nom même de cette défense, en instruments de réhabilitation idéologique. C’est là que se joue aujourd’hui le cas Boualem Sansal : non dans la simple solidarité envers...

Assemblée générale Cuisine d’Ailleurs

Assemblée générale Mercredi 22 avril à 17h Cher.es ami.es de Cuisine d'ailleurs, vous êtes chaleureusement convié.es à notre Assemblée générale, mercredi 22 avril prochain à 17h à la Cimade. Pour en savoir plus sur les actions de Cuisine d'ailleurs, voici...

Programmez Tantura, le film sur la Nakba

­  15 mai 2026­Journée de commémoration de la Nakba­­ Organiser une projection-débat­ ­ Organisez une soirée projection-débat de Tantura autour du 15 mai, journée de la Nakba­Ce jour-là, les Palestiniens commémorent la Nakba. Tantura donne la parole à celles et...

Au bout du fil de la presse libre

L’association a bénéficié en 2018 et 2019 du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité / Ministère de la culture

Nombre de visites

Nombre de visites

1089860
Total Users : 1089860

lundi 27 avril 2026, 16:40

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers