Les mythes fondateurs de la « France éternelle » revus et corrigés (2). Les Francs et le baptême de Clovis

par | 17 mai 2026 | Histoire

Avec l’arrivée des Francs germaniques et païens, le baptême de Clovis dans une Gaule officiellement chrétienne depuis plus d’un siècle, fut un autre non-évènement. Il fut enjolivé au fil des siècles et considéré bien plus tard comme « fondateur » de notre identité nationale.

(2). Les Francs et le baptême de Clovis

Il était une fois un paisible et prospère empire au sein duquel s’épanouissait la Gaule romaine.

Soudain, sortis de nulle part, surgirent les sanguinaires barbares…

Du côté de l’extrême droite, il est devenu banal de mettre en parallèle ce supposé cataclysme historique avec les mouvements migratoires récents.

Cette vision des « barbares » relève d’une grossière caricature. Les « barbares » en question étaient pour la plupart chrétiens et ils étaient entrés dans l’Empire déjà romanisé.

Pour ce qui concerne les Francs, peuple emblématique de notre roman national, leur chef Clovis aurait été le premier des « 40 rois qui ont fait la France ».

À l’origine, les Francs sont loin d’être français. Ils constituent une peuplade germanique établie sur le cours inférieur du Rhin, sur le territoire de la Belgique et des Pays-Bas actuels.

Dans le roman national, Clovis aurait fait le vœu, s’il gagnait une bataille, de se convertir à la religion de Clotilde, sa seconde épouse.

Les dates et les lieux des batailles de Tolbiac et Vouillé qui ont permis aux Francs de s’installer dans la France actuelle ont été rapportés bien après les évènements et restent très flous.

La seule chose certaine est l’accroissement considérable du royaume franc avec Clovis.

Plus que ses talents militaires, l’importance de Clovis dans la construction du roman national tient à son rôle « fondateur » dans l’identité de la France. Il serait à la fois le premier des « 40 rois qui ont fait la France » et aux origines des « racines chrétiennes » de notre pays.

En réalité, la plupart des éléments du récit de ce baptême ont été ajoutés au fil des siècles.

Le seul texte contemporain est une lettre de l’évêque Aut de Vienne, peut-être adressée à Clovis, dans laquelle il s’excuse. . . de ne pas avoir été présent.

Dans la réalité, on ignore à 10 ans près, la date exacte du baptême.

Celle de 496 s’appuie sur le fait que le 1400e anniversaire du baptême a été commémoré en 1896, au moment de la contre-offensive de l’Église face à la déchristianisation croissante du pays.

On ignore tout autant si ce baptême a eu lieu à Reims.

Cette construction à postériori, ne dit pas à quel catholicisme Clovis s’est converti.

Sans parler de l’arianisme, les différents évêques de Rome, Constantinople, Jérusalem ou encore Antioche et Alexandrie n’étaient pas d’accord sur tous les points du dogme.

Ils ne cessaient pas de s’excommunier les uns, les autres.

On comprend que, devant tant d’incertitudes, les polémiques n’ont pas manqué quand le gouvernement français entreprit en 1996 de célébrer ledit baptême, mettant en place un « comité pour la commémoration des origines : de la Gaule à la France ».

Le consensus semblait très large puisque le Premier ministre de l’époque Alain Juppé déclara à cette occasion que le baptême était « fondateur de l’identité française ».

Tout ce bricolage institutionnel n’empêcha pas le Front national, dans la lignée de la défunte francisque de Pétain, de faire figurer cette année-là Clovis sur ses cartes d’adhérents.

Dans la réalité l’adoption du christianisme par Clovis fut un ralliement à la religion dominante. Il ne s’agit en aucun cas d’un « baptême de la France ».

Les Francs vont d’ailleurs disparaitre culturellement.

Le français actuel est une langue romane. Il nous reste du francique parlé par les Francs, plusieurs dizaines de mots, liés notamment à la guerre, à la féodalité ou à la nature.

Il faut beaucoup forcer l’histoire pour y trouver « racines » et « identité ».

Mais pour l’extrême droite, les Francs ont laissé le nom du pays et de sa monnaie, c’est largement suffisant.

Le maire de Béziers est dans la même continuité puisqu’il a choisi de nommer sa monnaie locale : « le franc biterrois ».

Cet article est une recension du livre de Jean-Paul Demoule « La France éternelle, une enquête archéologique » paru aux éditions la Fabrique, édité en septembre 2025, vendu au prix de 17 euros. Je vous en recommande l’achat et la lecture intégrale.

L’arianisme : doctrine professée par Arius et ses disciples qui est fondée sur la négation de la divinité de Jésus.

L’arianisme niait l’égalité de substance du Fils avec le Père et considérait Jésus le Fils de Dieu comme une nature subordonnée.

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers