Le 7 mai 1748, voilà exactement 278 ans, naît dans un ménage modeste de Montauban sous le nom de Marie Gouzes dite Olympe de Gouges, la future Pasionaria de la Révolution française, précurseur du féminisme.
Avant la Révolution, les femmes étaient traitées comme des êtres inférieurs. Elles étaient exclues de la vie politique. L’histoire officielle ne leur octroie pratiquement aucun rôle lors de la Révolution. Elles y ont joué pourtant un rôle majeur et ont participé activement en écrivant leurs idées dans les cahiers de doléances, en envahissant le château de Versailles, en créant des clubs, en envahissant l’Assemblée. Elles ne sont pas restées à la maison. Elles se sont battues pour avoir des droits, être égales aux hommes.
Parmi ces femmes, Olympe de Gouges ! Libérée du mariage par un veuvage précoce, avide de liberté et de célébrité, elle se rend à Paris dès 1770 avec son petit garçon et rédige ses premiers textes. Dès avant la Révolution, Olympe se sent révoltée par la misère du peuple. Littéralement transfigurée par la Révolution qui donne un sens à son existence, elle se lance dans la lutte pour l’égalité des droits. Elle publie des ouvrages et se manifeste par des écrits révolutionnaires sur l’histoire des femmes et en faveur de la suppression de l’esclavage.
Elle s’intéresse beaucoup à la presse, écrit elle-même des articles, des brochures, outil de propagande très populaire à l’époque. Elle écrit aussi des pièces engagées, qu’elle ne parvient pas toujours à imposer aux comédiens, et qui à chaque fois la conduit à une bataille d’idées.
Cette militante d’une « audace inouïe » ne se contente pas de remettre en question les statuts officiels de l’homme et de la femme.
En 1791, L’Assemblée constituante vote une Constitution qui exclut les femmes, Olympe publie un texte qui fait date dans les annales du féminisme originel : la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ». Une sorte de copie de la déclaration des droits de l’homme en remplaçant hommes par femmes avec un préambule qui s’adresse à Marie-Antoinette : Soutenez Madame une si belle cause; défendez ce « sexe malheureux »
Dans son article 1 par exemple, elle écrit : « La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droit. ». Dans le « Postambule », on lit aussi : « Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers, reconnais tes droits. (…) L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? »
Un an après ce texte, en septembre 1792, la Révolution légalise le divorce.
Elle a aussi des idées novatrices féministes : création de maternités, d’un théâtre national pour femmes, droit de vote sans distinction de sexe…
Ses actions ne se limitent toutefois pas à la condition de la femme. Olympe de Gouges s’est engagée corps et âme dans la Révolution. Sous la Convention, elle dénonce en particulier la peine de mort.
Elle défend également le point de vue des Girondins. C’est ainsi par exemple qu’elle se prononce pour la république, mais contre la mort de Louis XVI qu’elle ne juge pas coupable en tant qu’homme mais uniquement comme souverain.
Elle se détache de plus en plus nettement des chefs révolutionnaires radicaux. Elle dénonce la montée en puissance de la dictature montagnarde, et s’oppose à leur chef, Robespierre, n’hésitant pas à le traiter de « grossier et vil conspirateur », entre autres. Elle rédige également des pamphlets contre Marat .

Elle est finalement arrêtée le 6 août 1793. Traduite au Tribunal au matin du 2 novembre, soit quarante-huit heures après l’exécution de ses amis Girondins, elle est interrogée sommairement et accusée d’avoir calomnié les représentants du peuple et tenté de rétablir un gouvernement autre que « un et indivisible ». Condamnée à mort, elle est guillotinée le 3 novembre 1793. Au moment de monter sur l’échafaud, avec toute la dignité dont elle est capable, Olympe s’écrie avant que la lame ne tombe : « Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort ! »
Elle a 45 ans !

Dans sa célèbre « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », elle affirmait – ironie du sort – « une femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune ».
La révolution a permis aux femmes de devenir des citoyennes sans parvenir néanmoins à l’égalité politiques des sexes. Elles ont obtenu une reconnaissance, des droits et la liberté de penser. Elles sont plus libres, ont le droit de choisir leur mari, de divorcer. …C’est un peu grâce à Olympe de Gouges.
Mais le droit de vote ne leur sera accordé qu’en 1945, un siècle et demi plus tard !
Aujourd’hui, on évoque le nom de Olympe de Gouges pour entrer au Panthéon, cette ancienne église où la République rend hommage aux « grands hommes auxquels la patrie est reconnaissante ». Ce ne serait que justice !
Mais c’est une autre histoire !
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