Le 23 avril 1848, voilà exactement 178 ans, ont lieu les élections des députés à l’Assemblée constituante de la IIe République.
Deux mois plus tôt, au terme de trois jours d’émeutes et de malentendus, l’opposition libérale, composée de monarchistes libéraux et de républicains modérés, obtient le départ du roi Louis-Philippe 1er.
Ces émeutes éclatent parce que des républicains détournant la loi les interdisant de réunions, organisent à la place des banquets républicains. L’un d’eux ayant été interdit, les étudiants et les ouvriers manifestent le 22 février 1848 à Paris. Ils sont rejoints le lendemain par la garde nationale composée de modestes bourgeois. La rue commence à se calmer après que le roi eut enfin renvoyé son Premier ministre, le triste et impopulaire François Guizot, remplacé par Adolphe Thiers.
Mais le lendemain, nouvelle manifestation qui dégénère faisant une vingtaine de morts et les barricades se multiplient.
L’opposition libérale a gagné, le roi se retire et un gouvernement provisoire est mis en place !

La Révolution parisienne a un énorme retentissement dans les élites européennes. Devant la contagion révolutionnaire, les monarques concèdent des Constitutions à Berlin, Munich, Vienne, Turin… C’est «le printemps des peuples».
On réclame partout le retour à la République. À Paris, les romantiques, davantage portés vers la monarchie que vers la République, se montrent dans un premier temps réticents à son avènement.
Subrepticement, à Paris, les revendications sociales ont pris le pas sur les idéaux politiques. L’année même de la chute de Louis Philippe, Karl Marx et Friedrich Engels publient le Manifeste du parti communiste.
Le gouvernement provisoire a fixé au 9 avril l’élection de l’Assemblée Nationale constituante chargée de rédiger la nouvelle Constitution. Tous les Français de plus de 21 ans sont donc appelés à voter. Ce sont les premières élections depuis 1792 à se dérouler au suffrage universel masculin.
C’est la mort du suffrage censitaire (du mot cens qui désignait le montant minimal d’impôt à partir duquel un homme adulte avait le droit de voter). Avec le suffrage universel, le droit de vote n’est plus soumis à des conditions de revenu… mais seulement de sexe ou de statut (les femmes en sont encore privées, ainsi que les militaires, pour des motifs de neutralité).
Ces élections législatives sont à haut risque . Les éléments les plus radicaux craignent que la Révolution de février ne soit confisquée par une majorité rurale guidée par les notables et étant connue pour ses positions conservatrices.
Une première manifestation ouvrière, organisée le 26 mars 1848, parvient à obtenir le report des élections du 9 au 23 avril ; puis, le 16 avril, 20 000 ouvriers bien décidés à obtenir un nouveau report sont repoussés par environ 60 000 gardes nationaux, qui défilent sous les murs de l’Hôtel de ville en criant « à bas les communistes ! A bas Louis Blanc ! Vive Lamartine ! »
Pourtant, ces élections législatives se déroulent dans le calme, avec un taux de participation de 84%.

Au final, sur 880 élus, on compte 500 républicains modérés, environ 200 royalistes orléanistes, une centaine de royalistes légitimistes, et moins de 100 socialistes.
La nouvelle assemblée, se réunit pour la première fois le 4 mai 1848, proclame officiellement la seconde république et met fin au gouvernement provisoire.
Le préambule de la nouvelle constitution renoue avec celui de 1792, en affirmant l’« indivisibilité de la République » et comporte une Déclaration des Droits et des Devoirs.
La Nouvelle Constitution du 4 novembre 1848 institutionnalise l’abolition de l’esclavage et supprime la peine de mort pour crimes politiques. Les libertés fondamentales sont énoncées et renforcées : ce sont les libertés de la presse, de culte et d’association, ainsi que la propriété. Elle consacre le suffrage universel dans ses articles 24 et 25
Les Constituants de 1848 ont délégué le pouvoir exécutif à un Président de la République élu au suffrage universel. C’est une grande innovation : jusqu’alors la notion de République excluait tout gouvernement d’une seule personne et optait pour une direction collégiale. Le régime ne fonctionnera jamais comme l’avaient prévu les constituants, puisque Louis-Napoléon Bonaparte est triomphalement élu Président de la République le 10 décembre 1848 et que l’Assemblée élue aux élections législatives suivantes du 13 mai 1849 est majoritairement monarchiste.

Finalement l’existence de cette IIème République sera autrement plus brève (3 ans) que celle du régime auquel elle avait succédé.
Elle sera renversée par un coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851.
Aujourd’hui, nous vivons sous la Vème République régie par la Constitution de 1958. Certains courants politiques pensent qu’elle a fait son temps et ne répond plus aux exigences démocratiques du moment. Ils réclament que soit mis en place une démarche pour élire une assemblée constituante, comme en avril 1848 et se prononcent donc pour une 6ème république …
… Mais c’est une autre histoire

































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