Si une langue est par définition constitutive de l’identité nationale, de quand date le « français » ?
(3). La langue française
Nous l’avons vu dans un épisode précédent de cette série, les Gaulois parlaient des langues celtiques.
Il n’y avait évidemment pas de gaulois unifié, puisqu’il n’y avait pas d’État central gaulois unifié.
Cette réalité basique est une première pierre dans le jardin nationaliste qui invente un « point zéro » qui n’existe pas.
Après la conquête romaine, les Gaulois se mettent plus ou moins péniblement au latin. Le latin est alors essentiellement pratiqué dans les élites urbaines, il gagne peu à peu les campagnes à la fin de l’empire.
Le premier texte rattaché au « français » serait le serment de Louis le Germanique à Strasbourg en 843.
Un peu plus de 2 siècles plus tard, dans le contexte des croisades, furent composés les 4 000 vers de « la Chanson de Roland ».
Ce texte est unanimement considéré comme un jalon important du récit national.
Il faut attendre le milieu du 15e siècle et François Villon, pour s’approcher d’une langue à peu près compréhensible pour un locuteur du français contemporain.
Et encore, cette écriture ne concerne que la moitié nord de la France et les différents dialectes dits de langue d’oïl.
Dans la moitié sud prospèrent les langues occitanes et en Bretagne on parle exclusivement breton.
À la même période, c’est toujours le latin qui est la langue officielle dans de nombreux domaines.
Langue de l’Église, le latin est aussi la langue juridique et administrative jusqu’à l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539.
En octobre 2023, le président de la République E. Macron y inaugure la Cité internationale de la langue française.
Pourquoi à Villers-Cotterêts dans l’Aisne ? Parce qu’y fut signée la fameuse ordonnance qui imposait le français dans les textes juridiques.
Cette ordonnance aurait été selon E. Macron : « un acte fondateur de notre identité qui aurait érigé le français comme langue écrite officielle. »
La portée réelle de cette ordonnance est à relativiser. Elle ne fait pas du français la langue officielle dans tout le royaume.
Il faudra attendre deux siècles et demi supplémentaires et le 2 thermidor de l’an II (20 juillet 1794) pour que le français soit la langue de toute l’administration.
S’il ne s’était pas totalement enraciné en France, le français était en revanche la langue courante de l’ensemble des cours royales européennes et des élites urbaines.
Les choses sont bien différentes dans les campagnes qui regroupaient alors 90 % de la population française.
Y avait-il déjà en ces temps-là le début d’un sentiment national ?
Pour les sujets d’un roi de droit divin, plus ou moins lointain, mais qui exigeait l’obéissance, la question ne se posait pas en ces termes.
Le sentiment d’appartenance le plus répandu était celui qui reliait à une communauté proche.
Ces communautés étaient pour l’essentiel rurales et il s’y pratiquait à 90 % d’autres langues que le français standard.
Ce dernier va définitivement s’imposer grâce aux guerres, à l’État centralisateur, l’imprimerie (les livres, les journaux), la radio et la télévision.
Si on date le début de l’essor de l’État centralisateur de la période napoléonienne, nous sommes dans une séquence historique de 200 ans. C’est peu pour ériger la langue française comme le principal pilier du roman national.
Là aussi les nationalistes inventent une antériorité qui n’existe pas.
Cet article est une recension du livre de Jean-Paul Demoule « La France éternelle, une enquête archéologique » paru aux éditions la fabrique, édité en septembre 2025, vendu au prix de 17 euros. Je vous en recommande l’achat et la lecture intégrale.






































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