À un mois des municipales il est difficile de prévoir les effets de la crise de l’ASBH sur le résultat des élections. Il est en revanche certain que nous assistons en direct aux dernières convulsions du modèle rugbystique initié par R. Ménard
Quand il a pris le contrôle du club à la suite de l’épisode raté des « émiratis » l’été 2020, R. Ménard a cru qu’il pouvait diriger le club comme il dirige la ville, en créant un club professionnel municipal.
Sa prétention à tout contrôler a accouché d’une formule qui dans le monde du rugby n’a existé qu’à Béziers.
Cette tentative de main mise s’est bien sûr heurtée aux réalités du capitalisme quand des repreneurs ont racheté l’ASBH l’hiver 2024 (voir articles sur ce site).
Ceux-ci ont d’abord tenté de composer avec l’organisation mise en place pour gérer le club. Celle-ci était basée sur des « hommes forts » qui avaient les pleins pouvoirs aux plans administratif, sportif et financier.
Ces « hommes forts » ont cru qu’ils étaient incontournables, indispensables, que le municipalisme rugbystique allait continuer avec eux, qu’ils allaient s’imposer aux repreneurs.
Ils ont cru que les sponsors allaient financer le club sans rien exiger en contrepartie.
Les repreneurs ont signé la fin de la récréation en licenciant au début de l’été dernier l’entraîneur de l’ASBH (P. Caillet) pour « incompatibilité », puis les directeurs administratif et financier du club pour « manque de confiance ».
Le club a commencé la saison comme un poulet sans tête, décapité.
Entre-temps, deux joueurs accusés et jugés pour violences conjugales avaient été licenciés. C’était un tir de sommation, les 2 joueurs avaient été soutenus par l’ensemble de l’équipe et du club. Les repreneurs disaient, eux, qu’ils ne cautionnaient pas les violences conjugales.
Pour faire table rase du passé, un nouvel entraîneur (R. Teague) est embauché.
Il est débarqué à la suite d’une opposition publique des joueurs. Joueurs, qui avaient précédemment pris fait et cause pour leur ancien entraîneur (P. Caillet) en interne et en externe.
Le maire de Béziers R. Ménard est alors intervenu dans les vestiaires et auprès des dirigeants pour soutenir les joueurs et appuyer la demande de révocation de Teague.
Quelques semaines plus tard, les joueurs lancent une pétition via un club de supporteur sur les conditions d’un déplacement sportif à Oyonnax. Ils accusent là aussi publiquement leurs dirigeants.
La réponse des repreneurs ne tarde pas, ils indiquent que :
- La plupart des joueurs-cadres de l’effectif considérés comme « meneurs » ne seront pas reconduits la saison prochaine,
- L’entraîneur intérimaire sera débarqué,
- Teague reviendra aux commandes avec une équipe totalement renouvelée.
Dans un tel contexte, on se demande comment l’ASBH va pouvoir terminer la saison, comment elle va éviter la rétrogradation à la fin de l’année sportive ?
On se demande si les convulsions enregistrées depuis des mois ne vont pas entraîner une mort clinique.
Au milieu de cet immense gâchis, il serait farfelu de reprocher aux repreneurs capitalistes de faire du capitalisme, de gérer le club comme une entreprise. Tout simplement parce que c’est un club professionnel et pas amateur.
À l’inverse on peut reprocher au maire de Béziers d’avoir laissé croire aux joueurs, entraîneurs, dirigeants, supporteurs et habitants qu’un club de rugby professionnel pouvait être dirigé contre ses propriétaires.
Pour gérer l’ASBH, R. Ménard a mis en place une structuration autocentrée, verticale, populiste, sans prise avec la réalité, il a fait croire à des entraîneurs, dirigeants, joueurs et supporteurs qu’ils pouvaient évoluer dans un monde parallèle, hors réalité.
Il leur a fait croire qu’on pouvait diriger le club comme il dirige la mairie.
C’est ce monde parallèle qui s’effondre pan par pan depuis l’été dernier.
Les conséquences de cet effondrement sont multiples, elles frappent les acteurs du montage ménardien les uns après les autres.
Comment ne pas s’interroger sur le lien entre :
- L’épisode des 2 joueurs accusés de violences conjugales protégés par tout le club,
- L’accusation actuelle qui vise P. Caillet,
- Les errances alcooliques de joueurs qui ont donné lieu au saccage d’un hôtel à Vannes,
- L’agression d’une hôtesse à Paris,
- Les frasques alcooliques publiques d’un dirigeant actuel ?
Les raisons de ce lien, nous les connaissons c’est « l’entre soi ».
Cultivé jusqu’à l’extrême il a généré cette sorte de bulle idéologique, macho, viriliste, dans un monde clos masculin qui à l’état naturel n’en a pas besoin.
Plus le temps passe, plus les acteurs de ce très mauvais film semblent prisonniers d’un mauvais scénario qui tourne en boucle.
J’ai franchement de la peine pour le club, je suis inquiet pour son avenir, je me demande comment il pourra se relever.
J’ai en revanche de la colère contre celui qui a fait croire qu’on pouvait vivre dans un monde parallèle.
Celui que l’on a entendu, lu, écouté, visionné, jusqu’à plus soif au moment où son municipalisme rugbystique était présenté comme une formule innovante.
Celui que l’on n’entend plus, qui laisse seuls, ceux qui l’ont suivi, accompagné.
Ménard fait du Ménard en rugby comme en politique.
Il sature les micros, les caméras et les projecteurs quand il a le vent dans le dos.
Il se tait et reste aux abonnés absents quand il a le vent de face.
Un club comme une ville ne se construisent pas à grands coups de communication.
L’illustration de cet article est empruntée à l’excellent dessinateur de l’hebdomadaire » La Pieuvre du Midi » Monsieur K

































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