Béziers (5). La plus vieille ville de France du monde entier

par | 21 décembre 2025 | Politique locale

Le maire de Béziers qualifie la ville de « plus vieille ville de France ». Derrière ce énième superlatif se cache la question des origines qui taraude toute l’extrême droite.

Hitler faisait remonter l’origine des Germains aux Ariens. Ménard fait remonter l’origine de Béziers aux Rhodiens. Ce goût commun prononcé pour la Grèce n’est pas lié à l’origine de la démocratie, il signe une obsession, celle d’un supposé point zéro des origines.

Arrêter les compteurs du temps sur une date précise vieille de plusieurs millénaires frise l’escroquerie intellectuelle.

Il n’y a bien sûr aucune trace écrite qui indique le degré de parenté entre les Aryens et les Germains ou qui atteste de la fondation de Béziers par des colons venus de Rhodes.

Nous avons tout au plus des indices qui montrent une corrélation possible entre différentes peuplades.

Ces indices peuvent être génétiques ou archéologiques, mais ils ne fondent en rien une sorte de point zéro initial qui serait le commencement de tout.

L’oppidum biterrois qui domine l’Orb est assurément un lieu de peuplement très ancien, car il cochait toutes les cases pour installer un comptoir d’échanges commerciaux.

De là à le dater précisément, à nommer la peuplade qui aurait fondé la ville actuelle de Béziers, il y a un pas que l’on ne peut pas décemment pas franchir.

Ménard le franchit lui, allègrement, on peut en retour se poser la question du pourquoi.

La question de l’origine chez Ménard est liée à la question de la suprématie. Car pour lui, Béziers n’est pas seulement une ville ancienne : c’est la plus vieille ville de France.

Dans son « gloubi, glouba » historique, Béziers serait plus vieille que Marseille d’une dizaine d’années. Quand on sait que la date de fondation des deux villes se situe autour de 600 ans av. J.-C. la prudence s’impose.

La preuve brandie par le maire est un tesson d’amphore retrouvé dans une exploration archéologique menée dans la ville. Ce tesson en question indique l’ancienneté, mais il ne donne ni l’année, ni le mois, ni l’heure. Les tessons ne sont pas des montres à quartz.

Pourquoi dès lors construire un roman historique local dénué de réalité ?

Bien évidemment, pour construire un récit politique !

En France, Napoléon 3 est le premier chef d’État français qui se sert à une échelle de masse d’un mythe fondateur. Il le fait pour assoir son projet de deuxième empire, il le fait en construisant un récit sur la localisation des batailles de Gergovie et Alésia.

Il y a la même volonté bonapartiste, césariste, chez Ménard d’offrir un récit fondateur. Un récit qui s’affranchit de la réalité, car l’objectif est politique.

En affirmant que la fondation de Béziers précède celle de Marseille, Ménard dit une chose : il veut jouer dans la cour des grands et il veut que sa ville joue dans la cour des grands.

Son projet d’une osmose entre son destin et celui de sa ville est ancien, mais cette osmose est un tremplin vers une ambition strictement personnelle.

En proposant ses délires de grandeur à la population, Ménard compte bien sûr l’entraîner et la manipuler. Il se comporte comme une sorte de gourou.

Dans ce genre de plan tordu, il est impératif d’être premier. On imagine mal une campagne de communication et de promotion du maire sur Béziers deuxième ou troisième ville de France après Marseille.

Cette communication est de plus fondamentalement d’extrême droite, car elle instille la notion de concurrence et de suprématie.

Nous ne sommes pas dans un discours de gauche qui dirait : 600 ans av. J.-C. des peuplades Celtibères, fruits de plusieurs mélanges ethniques pratiquaient des échanges commerciaux avec d’autres peuplades venues, entre autres, de Grèce.

Un discours qui globalise et contextualise.

L’enjeu pour le maire de Béziers est aussi au travers d’un discours de répétition d’arriver à ancrer la notion de concurrence et de suprématie.

De la faire partager et assimiler par la population à une échelle de masse.

Pour combattre cette volonté d’hégémonisme culturel, il faut bien sûr opposer un autre récit et ne pas hésiter à se moquer.

Car la proposition ménardienne est grotesque. Grotesque comme la statue du colosse de Rhodes qu’il veut faire ériger près de la sortie d’autoroute de Béziers-Ouest.

Une statue de 40 mètres de haut où comme dans la statue de la Liberté à New York les badauds seraient amenés via des ascenseurs dans la coupe que tenait le colosse quand il enjambait le port de Rhodes.

On ne sait pas encore si cette statue qui a un budget prévisionnel de 40 millions d’euros sera construite.

On sait seulement qu’elle vient se rajouter au projet de reconstruire le Béziers romain à l’identique à quelques encablures de là.

L’enjeu des prochaines municipales est d’empêcher Ménard de réaliser ces projets qui endetteraient encore plus la ville et la transformeraient en un gigantesque parc d’attraction politique.

Pour cela il faut le virer de l’Hôtel de Ville.

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers