Les USA de Trump ont un temps d’avance sur la situation française. En seulement un an, le pays est devenu un véritable laboratoire du préfascisme moderne. On peut y voir comment la répression s’y déroule et la résistance s’organise.
Avant la France, l’assassinat d’un militant d’extrême droite aux USA a propagé une onde de choc qui a accéléré l’expérience fasciste.
L’assassinat de Charlie Kirk a lieu le 10 septembre 2025, lors d’un rassemblement en plein air sur le campus de l’université d’Utah Valley à Orem dans l’État de l’Utah.
Charlie Kirk était un chrétien évangélique d’une trentaine d’années, il aimait se confronter aux « gauchistes et aux intellos » sur les questions d’avortement, de genre et d’immigration.
Son mouvement « Turning point USA » est devenu en 10 ans le plus gros mouvement de jeunes conservateurs américains avec 250 000 membres.
Implanté dans près d’un millier de campus et dans 50 États il a largement contribué à la réélection de Trump fin 2024.
Au milieu des nombreux meurtres et agressions physiques politiques (port d’armes légalisé oblige), l’assassinat de Charlie Kirk est une première. C’est la première fois qu’aux USA une figure de l’extrême droite activiste est assassinée.
Sur 444 meurtres politiques recensés entre 2013 et 2022, 75 % d’entre eux sont du fait de l’extrême droite et 4 % sont imputés à l’extrême gauche.
Ce meurtre s’inscrit donc dans une recrudescence de la violence politique aux USA.
Trump utilise très vite la mort de Kirk, il déclare immédiatement : « le grand, et même légendaire, Charlie Kirk est mort, personne ne comprenait, ni n’avait le cœur de la jeunesse des États-Unis mieux que Charlie. Il était aimé et admiré de tous, surtout de moi, et maintenant il n’est plus parmi nous ».
Très vite Trump et Musk inversent la réalité en déclarant conjointement : « la gauche est le parti du meurtre ».
Trump dénonce en suivant : « un climat de sécession et de guerre civile ». Il traite les démocrates de « vermines » et « d’anti-américains ». En même temps il prononce des grâces présidentielles en faveur des auteurs de l’assaut du Capitole de 2021.
Les démocrates en question étaient pourtant loin d’être en sécession, Joe Biden et Kamala Harris disaient presque pour s’excuser : « l’Amérique est sous la violence, nous devons lutter contre cette violence ». Comme si cette violence n’était pas initiée par Trump.
Peu de temps après le meurtre, le tueur de Kirk est qualifié de « transgenre » par les militants virilistes de la mouvance MAGA. Ils appellent à tuer toutes les personnes transgenres.
Trump demande une minute de silence au congrès pour Kirk, ce qui n’a pas été fait pour deux élus démocrates assassinés en 2025.
Très vite Kirk est élevé au rang de « martyr de la vérité et de la liberté ».
Des dizaines d’Américains sont licenciés pour avoir critiqué sur les réseaux sociaux l’influenceur fasciste.
Trump lui-même encourage cette chasse aux sorcières.
C’est dans ce climat préexistant qu’est déployée la Garde nationale et la milice ICE dans les villes démocrates. L’enjeu est bien sûr de casser toute forme de résistance et d’avancer vers une forme de totalitarisme.
Cette tentative est mise en échec par des mobilisations quasi journalières dans les villes concernées.
L’une d’entre elles va occuper la une de l’actualité pendant plusieurs mois c’est Minneapolis dans l’État du Minnesota proche de la frontière canadienne.
Minneapolis avait déjà fait la une de l’actualité suite à la mort de Georges Floyd.
Georges Floyd est assassiné le 25 mai 2020. Sa mort déclenche une vague d’indignation à Minneapolis et dans tout le pays. La presse évoque une violence injustifiée, insupportable et scandaleuse.
Le maire de Minneapolis déclare 6 jours après le meurtre « être noir aux États-Unis ne devrait pas être une condamnation à mort ». Le même jour les policiers responsables de son décès sont congédiés.
Dès le lendemain de la mort de Georges Floyd, des milliers de personnes se rassemblent à Minneapolis. Le lendemain des barricades sont érigées. Dans la nuit, un homme est tué par balle. Entre 500 et 1000 personnes bloquent l’autoroute « interstate 5 ». Les manifestations de soutien s’étendent à tout le pays, de New York à Los Angeles.
Dans la nuit du 31 mai au 1er juin les émeutes se poursuivent à Washington devant la maison blanche. Trump est mis en sécurité dans son bunker par les services secrets.
Il avait annoncé quelques heures avant les manifestations que le mouvement dit « antifa », se réclamant de l’antifascisme, allait être désigné comme terroriste.
Le 3 juin le procureur général requalifie les faits en meurtre au second degré (non prémédité).
Le 11 juin 2021 un prix Pulitzer spécial est décerné à Darniella Frazier, la jeune femme âgée de 17 ans qui a filmé le meurtre.
L’expérience collective d’auto-organisation des habitants de Minneapolis a permis de requalifier le décès en meurtre, elle a aussi permis de condamner un des policiers.
Cette expérience collective va servir de substrat aux premières mobilisations contre la milice de Trump, ICE, ces derniers mois.
Partout dans la ville la milice est suivie, filmée, dénoncée, par des habitants qui font tout leur possible pour l’empêcher d’exercer.
Les mêmes habitants protègent les immigrés de leur quartier, ils les ravitaillent pour éviter qu’ils sortent de chez eux.
Par un froid glacial, des mobilisations quotidiennes ont lieu.
Exaspérés par une telle mobilisation, les miliciens d’ICE tuent par deux fois deux habitants de Minneapolis. À chaque fois ces meurtres sont filmés, documentés, les vidéos invalident la thèse de Trump et de son gouvernement.
Trump recule une première fois, il démet le chef d’ICE à Minneapolis.
Il recule une deuxième fois en ordonnant qu’ICE quitte la ville.
Cette victoire n’aurait pas été possible si Alex Pretti, le second manifestant tué par ICE détenteur d’un port d’arme, s’en était servi.
On imagine difficilement la force collective qu’il a fallu aux habitants de Minneapolis pour ne pas céder aux provocations policières et faire leur jeu.
Pendant plusieurs mois, ils se sont mobilisés pour mettre en échec pacifiquement ICE.
Cette victoire est une victoire de l’antifascisme.
Elle nous montre comment résister et comment organiser la résistance.
Cette leçon n’est bien sûr pas transposable telle quelle en France, mais elle indique ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire face aux fascistes.
En France, c’est la question d’un front uni pérenne qui est posée, j’y reviendrai dans un prochain article.























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