Devoir de mémoire : 26 avril 1937, Guernica

par | 1 janvier 2023 | Société

(A relire) La première mise en œuvre de la stratégie aérienne dite du « tapis de bombes », a eu lieu à Guernica le 26 avril 1937. Elle consistait à écraser une cible, généralement une ville entière, sous un flot continu ou répété de bombes lâchées par des avions.

Ce 26 avril était un lundi, jour de marché dans la petite ville de Guernica, qui abritait habituellement 6 000 habitants, auxquels s’ajoutait ce jour-là, 2 à 3 000 personnes : des voisins venus faire leurs achats et des réfugiés républicains refluant vers le nord sous la poussée de l’avancée franquiste.

À cette date, le front de la province basque était distant d’une cinquantaine de kilomètres de Guernica.

Le raid aérien, exclusivement réalisé par les nazis, commença vers 16 h 15, l’attaque dura un peu plus de trois heures. Les fuyards furent pourchassés dans les rues, sur les routes et dans les champs par la chasse aérienne allemande.

Guernica possédait environ 300 maisons, 71 % sont complètement détruites, 7 % gravement endommagées. Le reste environ 22 % partiellement endommagé. Sur les 300 maisons, 213 ont été complètement détruites, 21 gravement atteintes. Cette estimation représente les trois quarts des maisons détruites en Biscaye durant la guerre, sans compter la capitale Bilbao.

Ce raid aérien, exécuté avec une méthode et une précision quasi scientifiques, a été conduit par l’aviation allemande ( la légion Condor ) sous son propre commandement sans intervention aérienne des troupes franquistes ou mussoliniennes.

Il a constitué le premier bombardement massif d’une ville et de ses habitants dans l’objectif, jugé insensé jusque-là, de raser la ville de la carte. Certes, dans le cadre de l’avancée franquiste, des bombardements de villes avaient déjà eu lieu, mais ils n’avaient jamais atteint cette violence et cette application meurtrières.

Pour prendre la mesure de cet après-midi d’apocalypse, il suffit de citer quelques chiffres. On considère qu’environ cinquante tonnes de bombes ont été larguées sur la ville en plusieurs passages. Certaines bombes, incendiaires, sont composées d’un mélange d’aluminium et d’oxyde de fer. Elles dégagent lors de leur impact sur le sol une chaleur d’environ 2500 °C. Quarante-trois appareils ( Junkers Ju 52, Heinkel He 51 et Messerschmitt Bf 109 ) ont été engagés dans ce raid. Leur décollage des bases de Burgos et Vitoria a eu lieu vers 15 h 45, les derniers appareils ont quitté le ciel de Guernica vers 19 h 30.

Il est admis que le nombre de victimes innocentes, puisque non combattantes et dépourvues d’armes s’élèvent à près de 2000 morts et plus de 850 blessés. La difficulté étant de comptabiliser les morts sous les décombres, après le raid aérien. De plus la ville sera prise quelques jours plus tard par les franquistes qui interdiront tout reportage sur place.

Au-delà du raid aérien ‘’scientifique’’ mené par les nazis, Guernica a été prise pour cible pour atteindre le peuple basque et sa résistance dans ses symboles les plus forts, son chêne ancestral et sa maison des assemblées. Ironie du sort l’un et l’autre sont sortis indemnes du raid.

La ville de Guernica constituait-elle un objectif militaire, comme l’on dit les franquistes ?     Là encore, le ridicule le dispute à l’odieux. Il existait bien une usine d’armement, une simple fabrique de munitions. Mais elle n’a pas été atteinte par le bombardement.

En outre la ville n’était pas militarisée.

Présentait-elle alors intérêt stratégique ? Ce n’est pas le pont qui permettait aux réfugiés républicains se dirigeant vers le nord de rallier plus rapidement Bilbao qui pouvait justifier une telle attaque. D’ailleurs ce pont a résisté à l’attaque.

La ville de Guernica a été choisie et « offerte » à la chasse aérienne allemande comme « terrain d’essai » parce qu’il s’agissait d’une ville qui n’avait subi aucun bombardement ( même sporadique ). Cela permettait aux stratèges allemands d’évaluer en terrain vierge et en grandeur nature les effets d’un bombardement « scientifique » du type « tapis de bombes ».

L’opération avait donc deux bénéficiaires directs, les militaires allemands qui expérimentaient leur nouvelle stratégie de chasse aérienne * et les franquistes qui, à peu de frais, adressaient un terrifiant coup de semonce à la résistance républicaine basque ( En effet, celle-ci comptait résister derrière les fortifications de la muraille de fer de Bilbao.)

 

  • Qu’ils reproduiront notamment sur Rotterdam lors de la Seconde Guerre mondiale

(reproduction murale du tableau Guernica sur carrelage à Gernika-Lumo au 11 rue Allendesalazar)

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers