L’étrange modernité de Georges Orwell (1). 1984 et 2026

par | 23 mars 2026 | Société

Nous sommes actuellement confrontés aux régimes totalitaires de « deuxième génération », ceux qui succèdent aux totalitarismes du 20siècle. L’étrange modernité de Georges Orwell nous permet de comprendre ce présent inquiétant.

Dans une lettre à un de ses amis en 1947, Orwell indique : « vers 1935, je me suis trouvé infecté par une horreur du totalitarisme ». Il vit alors à Barnill, une île d’Écosse dans une ferme isolée. Cette retraite volontaire a pour but de lui donner la disponibilité d’écrire son roman 1984.

Depuis 12 ans, sa prémonition n’a fait qu’empirer.

Il a pris conscience au milieu des années 1930 que les fascismes pouvaient gagner et se partager la planète.

Dans « Le quai de Wigan », écrit en 1936, il commence à évoquer un monde totalitaire, gouverné par des États-empires tout à la fois modernes et esclavagistes.

L’idée que l’humanité puisse être soumise à de nouvelles formes d’esclavagisme lui est insupportable.

Le refus de cette perspective devient sa boussole politique et littéraire.

Dans cette période, Orwell devient socialiste. Rien ne l’y prédisposait, pourtant le socialisme, cette société collectiviste, juste et solidaire s’impose à lui comme la seule alternative au fascisme.

Orwell va rester socialiste jusqu’à sa mort, il était antitotalitaire par passion, socialiste par raison.

Sa passion pour le socialisme n’est pas théorique. Ses apports au socialisme sont guidés par une obsession : « comment rendre le socialisme antitotalitaire, comment rester fidèle aux valeurs de liberté et d’égalité qui étaient les siennes au 19e siècle ? ».

Si Orwell est un penseur du totalitarisme, c’est parce que tout ce qu’il écrit depuis 1936 est contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique.

Du printemps de 1936, jusqu’à sa mort, Orwell va déployer toute son énergie pour tenter de répondre aux questions qui le hantent sur la nature des régimes totalitaires.

Ces questions, il les partage avec des intellectuels issus de différents courants de pensée, tous antifascistes et antistaliniens.

Ces questions, on peut les lister, elles fondent son œuvre :

  • Pourquoi l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste, le Portugal Salazariste, la Russie stalinienne diffèrent de tous les systèmes politiques connus jusqu’alors ?
  • Qu’ont ces pays en commun à cette époque, au-delà des abîmes qui les séparent ?
  • Comment ces totalitarismes articulent-ils le politique, l’économique, le social, l’idéologie, la terreur ?
  • Quels sont leurs rapports à la modernité, au progrès, à la guerre ?
  • Qui sont vraiment leurs dirigeants ? Des fous, des tyrans ?
  • D’où viennent-ils ?
  • Que veulent-ils ?
  • Comment pensent-ils ?

Toutes ces questions pourraient être reprises une à une pour questionner les régimes totalitaires de « deuxième génération » (d’aujourd’hui) et la personnalité de leurs dirigeants.

Cette étrange modernité va nous guider pendant plusieurs semaines dans l’œuvre d’Orwell.

J’espère qu’elle vous aidera à faire des liens entre passé et présent au moment où la perspective totalitaire ne peut pas être écartée.

J’espère qu’elle vous aidera à comprendre et agir pour empêcher que la botte du fascisme nous écrase la figure.

Car si nous voulons comprendre les totalitarismes du 21e siècle, plus perfectionnés et plus dangereux que ceux du 20e, il faut porter sur Xi Jinping, Poutine, Trump, Netanyahou le regard que portait Orwell sur Hitler, Mussolini, Franco et Staline.

Cet article est une recension du livre de Jean-Jacques Rosat « L’esprit du totalitarisme », George Orwell et « 1984 », face au XXIe siècle, paru aux éditions « Hors d’atteinte » en 2025. Il est vendu 23 €. Je vous en recommande vivement l’achat et la lecture intégrale.

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers