Le 18 mars 1946, voilà exactement 75 ans, s'ouvre le procès du docteur Marcel Petiot. Deux ans auparavant, pendant l'Occupation, les pompiers parisiens sont alertés par des voisins incommodés depuis plusieurs jours par les odeurs s'échappant d'une cheminée de l'immeuble de la rue Le Sueur, au n°21. Une odeur pestilentielle de chair brûlée flotte dans l'air devenu irrespirable.

L’hôtel particulier appartient au docteur Marcel Petiot. Le propriétaire, prévenu, tarde à venir. Les pompiers décident donc de pénétrer sans plus attendre dans l'immeuble. Tout semble à l'abandon sauf une cave et une cuisine qui débouche sur une cour intérieure. En traversant la cour, ils trouvent un petit bâtiment comprenant un bureau, un couloir et un réduit qui ressemble étrangement à une cellule. Au fond dans un angle de la pièce, les pompiers découvrent avec horreur des troncs humains, des bras et des jambes en vrac. La cheminée, pleine jusqu'à la gueule de membres humains divers, fonctionne à plein régime. On découvre également une chambre à gaz dont la porte est équipée d'un judas pour regarder l'agonie des victimes, ainsi qu'un puits rempli de chaux vive ! petiot11
Effervescence dans la rue Lesueur mais personne ne remarque la sombre silhouette qui s'éclipse à l'arrivée des policiers. C'était le docteur Petiot et on ne le retrouvera que 7 mois plus tard. La plus grande difficulté de la police n'est pas de déterminer l'identité du meurtrier mais bien celles des victimes. Les policiers accumulent les preuves : 72 valises, 665 kilos d'objets divers. La Police espère déterminer grâce aux 26 sacs à main, aux 21 manteaux de laine, aux 33 cravates, aux 90 chaussures, aux 79 robes, bref grâce aux 1760 pièces d'habillement, le nombre de victimes, leur classe sociale et leur identité !
Il apparaît que, depuis 1943, Petiot proposait à des personnes menacées par la Gestapo, principalement des juifs ou des malfrats en cavale, de les faire passer clandestinement en Argentine. Les prétendants au voyage se rendaient la nuit au domicile du médecin, munis de leurs biens les plus précieux et de leur argent.

Le passé de Petiot trouble également les enquêteurs. Né le 17 janvier 1897 à Auxerre, le suspect a été interné plusieurs fois en hôpital psychiatrique depuis son adolescence et a comparu devant la Justice, notamment pour des affaires de vols. En 1926, à Villeneuve-sur-Yonne où il possède un cabinet médical depuis quatre ans, la maison de la fille d’une de ses patientes, avec qui il entretient une liaison et qui a été découverte, est incendiée. La jeune fille, quant à elle, disparaît sans laisser de traces.
Les disparitions inexpliquées commencent à susciter des rumeurs. En 1933, Marcel Petiot signe le permis d’inhumer d'un témoin important dans une affaire de meurtre dans laquelle lui-même est impliqué, ce témoin étant mort brutalement après une visite dans son cabinet. Le docteur part s’installer à Paris la même année.
Après la découverte funeste du 21, rue Le Sueur, qu'est devenu Petiot, docteur Satan comme l'appelle la presse ? En fuite, il reste introuvable. Résistant opportuniste, il s’est engagé dans les Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) sous le nom de «Valéry». Devenu capitaine, il a été affecté à la caserne de Reuilly, dans l'Est parisien !
À la Libération, un mandat d’arrêt est délivré à son nom. Le 19 septembre 1944 soit 7 mois après, un journaliste en mal de copie publie dans la revue Résistance un article intitulé «Petiot, soldat du Reich». Le papier fait mouche. Le mois suivant, le docteur Petiot alias Valéry se fend d'un droit de réponse et envoie une lettre manuscrite au journal. On l'accuse de collaboration ! lui ! un authentique résistant ! petiot
Branle-bas dans les milieux policiers aussi bien que militaires. Un autre enquête commence, minutieuse. Petiot est finalement arrêté le 31 octobre 1944 dans une station de métro. Son procès s’ouvre donc le 18 mars 1946, voilà exactement 75 ans. Petiot comparaît pour vingt-sept assassinats, même s’il en revendique soixante-trois et soutient, malgré les preuves accablantes, que ses victimes étaient des traîtres à la France, des collabos, des criminels nazis. Car Petiot n'est pas un vulgaire assassin, il est le chef d'un réseau de résistance, le réseau Fly-Tox dont personne n'a entendu parler. Normal, dit-il, c'était la guerre.
Toutes les personnes qu'il cite comme étant ses contacts sont mortes ou inconnues ! Normal, répond-il encore, c'était ça la Résistance!.
Entourant ses activités résistantes d'une aura de mystère propre à dérouter, Petiot construit tout son système de défense autour de ce mythe. Jusqu'à preuve du contraire, ce fameux réseau Fly-Tox n'a jamais existé .C'est pourtant suffisant pour semer le doute dans l'esprit des juges et des enquêteurs. De toute évidence, Petiot connaît bien la Résistance. D'où tient-il ses renseignements ? Petiot a beau se défendre d'avoir tué pour la France, il n'en reste pas moins que certaines de ses victimes étaient parfaitement innocentes comme le petit René Keller que l'on peut difficilement accuser de collaboration.
Le 4 avril, malgré une défense brillamment menée par Maître Floriot, le docteur Marcel Petiot est reconnu coupable de 24 des 27 meurtres qui lui sont reprochés. Pour cela il est condamné à la peine capitale. Petiot aura jusqu'au bout espéré une grâce présidentielle et proclamé qu'il a agi pour la France. Le 25 mai 1946, deux mois plus tard, au garde qui vient le réveiller à la prison de la Santé pour l'exécution, Petiot rétorque : «Tu me fais chier...».
Plus tard, devant la guillotine, il dit : « Ça ne va pas être beau ». Au magistrat qui lui demande, au moment d'aller au supplice, s'il a quelque chose à déclarer, il répond : « Je suis un voyageur qui emporte ses bagages. » D'après les témoins, il meurt un sourire aux lèvres. Le couperet tombe à 5h05.
Petiot a emporté ses secrets dans sa tombe. L'argent ? disparu ! deux cents millions évanouis pour 24 vies humaines.
Ce même 18 mars 1946, Hô Chi Minh accueille les troupes de Leclerc qui entrent dans Hanoï.

 

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