Israël : et la gauche dans tout ça ?

par | 22 juin 2025 | Société

Les récents propos du leader de la gauche sioniste en Israël, Yaïr Golan, ont réalimenté le débat sur la place et le rôle de la gauche dans ce pays, mais aussi vis-à-vis de la Palestine. Dans le chaos actuel, je vous propose de mesurer ce que propose la gauche aux Israéliens et aux Palestiniens.

Yaïr Golan le leader du parti de gauche sioniste « Les Démocrates » (Hademocratim) a déclaré le 20 mai dernier « Un pays sain ne fait pas la guerre à des civils, n’a pas pour hobby de tuer des bébés, ne se fixe pas pour objectif d’expulser des populations. ».

Ces propos immédiatement condamnés par Nétanyahou ont été suivis deux jours plus tard par une autre déclaration du même Golan disant à la suite de l’assassinat de deux employés de l’ambassade d’Israël à Washington : « l’antisémitisme et la haine envers Israël (…) mettent en danger chaque Juif à travers le monde ».

Ces déclarations qui critiquent la politique totalement belliciste du gouvernement d’extrême droite israélienne interrogent à plus d’un titre sur le rôle et la responsabilité de la gauche face au génocide palestinien actuel.

Les prises de parole se sont multipliées ces dernières semaines en Israël pour dénoncer la crise humanitaire dans la bande de Gaza. Celle de Golan rencontre un écho particulier, car elle émane d’un candidat déclaré aux prochaines élections législatives prévues en octobre 2026.

Face à une société qui affirme massivement son soutien à l’écrasement des Palestiniens, le discours du représentant de la gauche sioniste ne peut qu’être scruté avec intérêt.

La gauche sioniste est toujours restée loyale au consensus colonial dont elle a bâti les fondations pendant la longue séquence où elle a été au pouvoir.

Un retour en arrière s’impose donc pour comprendre le positionnement de Golan dans la séquence actuelle.

Dans la matinée de l’attaque du Hamas, Yaïr Golan participe de sa propre initiative au secours des civils dans la zone frontalière attaquée. Il n’occupe alors plus aucun rôle politique majeur. Aux dernières élections législatives de novembre 2022, le parti de la gauche sioniste « Meretz » n’est pas parvenu à franchir le seuil électoral de 3,25 % pour avoir des élus à la Knesset le parlement israélien.

Il plaide alors pour « affamer » la bande de Gaza aussi longtemps que les captifs du Hamas n’auront pas été libérés.

Quelques semaines plus tard, il se montre plus modéré en appelant à résoudre la crise humanitaire à Gaza.

Cet appel ne se fonde pas sur une empathie envers les Palestiniens (qu’il considère comme responsables de leur propre sort) mais sur l’importance pour Israël de garder le soutien de ses alliés internationaux.

Golan a suivi le parcours classique des leaders de la gauche sioniste : mouvement de jeunesse et carrière militaire.

En 2016 alors qu’il est chef d’état-major adjoint de l’armée depuis deux ans, il déclenche une polémique en comparant la montée de l’extrême droite en Israël à l’Europe des années 1930.

Il entre officiellement en politique en 2019 aux côtés de l’ancien premier ministre et ex-chef du parti travailliste, Ehud Barak. Il devient député lors des élections de septembre 2019 et adhère à « Meretz » qui participe à la coalition gouvernementale anti-Nétanyahou qui dirige Israël entre l’été 2021 et l’hiver 2022.

La fusion du parti travailliste et de « Meretz » l’été 2024 fonde le parti « les démocrates » et place Golan à sa tête avec la volonté affichée de reconstruire une gauche de gouvernement.

L’hégémonie de la gauche sioniste en Israël a duré plus de 30 ans. Fruit d’un colonialisme de peuplement, la société israélienne gère dès 1948 la question palestinienne en contraignant à l’exil 800 000 personnes tandis que 150 000 autres deviennent des citoyens israéliens de second rang.

Dans un tel contexte, les valeurs socialisantes n’ont concerné que la population juive.

Elles n’avaient aucune chance de bénéficier aux Palestiniens sans un processus de décolonisation. Perspective évidemment utopique qui aurait mis fin au projet sioniste.

Les crimes commis dans la bande de Gaza dont le caractère génocidaire est affirmé font l’objet d’une profonde aspiration de la population israélienne à voir le « problème palestinien » définitivement réglé. Les Israéliens n’ignorent pas cette logique coloniale qui veut que la création de leur État ne soit possible que par l’expulsion des autochtones.

Actuellement la mobilisation démocratique de la population ne se fonde pas sur la dénonciation des crimes commis à l’encontre des Palestiniens mais sur le sort des captifs.

Dans ce contexte général, l’alternative « sioniste démocratique » voulue par Golan est soutenue à l’extérieur d’Israël par les diplomaties occidentales qui veulent préparer une alternative à Nétanyahou.

La gauche radicale composée de Juifs non ou antisionistes et de Palestiniens d’Israël lutte, elle, contre la colonisation des territoires occupés. C’est eux qui manifestent à Tel-Aviv en brandissant des visages d’enfants de Gaza ou qui protègent les convois humanitaires face aux attaques des nervis de l’extrême droite.

Dans ces conditions, le logiciel qui mise sur des personnalités modérées et raisonnables pour négocier un accord de paix sans mettre fin au processus de colonisation et à l’occupation doit être considéré comme hors sol.

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers