Le 20 juillet 1889, la IIe internationale socialiste décide de faire de chaque 1er mai une journée de grève et de manifestation ayant l’objectif de réduire la journée de travail à huit heures. La revendication est satisfaite lors de l’entre-deux-guerres dans la plupart des pays européens industrialisés, cette journée devient au XXe siècle une journée de lutte et de célébration des combats des salariés et du mouvement ouvrier.
Les premières célébrations de « fêtes du Travail » existent dès la fin du XVIIIe siècle, leur date variant selon le lieu et les époques.
En France, dès 1793, le calendrier républicain de Fabre-d’Eglantine proposait une fête du Travail le 3e jour des sans-culottes. Cette journée des travailleurs fut instituée le 1er pluviôse (20 janvier) par Saint-Just, et fut célébrée pendant quelques années.
En 1867, au Familistère de Godin naît une fête du Travail. La date de la manifestation est fixée au 5 juin ; elle est toujours célébrée aujourd’hui.
La première proposition de « Labor day » serait due, à P. J. Mc Guire, secrétaire général de la Confrérie des charpentiers et des menuisiers avec l’aide d’un cofondateur de la fédération américaine du travail (American Federation of Labor ou AFL).
Les ouvriers new-yorkais manifestèrent pour la première fois le mardi 5 septembre 1882. De l’hôtel de ville à la place des syndicats, 10 000 ouvriers marchèrent, inaugurant le tout premier défilé de la fête du Travail.
La fête internationale telle qu’elle est célébrée de nos jours tire son origine des combats du mouvement ouvrier pour obtenir la journée de 8 heures, à la fin du XIXe siècle.
Aux USA, au cours de leur congrès de 1884, les syndicats américains se donnent deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Ils choisissent de lancer leur action le 1er mai, date du « moving day » parce que beaucoup d’entreprises américaines entament ce jour-là leur année comptable, et que les contrats ont leur terme ce jour-là, l’ouvrier devant déménager (d’où le terme de moving day) pour retrouver du travail. La grève générale du 1er mai 1886, impulsée par les anarchistes, est largement suivie. Ils sont environ 340 000 dans tout le pays.
À Chicago, la grève se prolonge dans certaines entreprises, et le 3 mai 1886, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester. Le lendemain a lieu une marche de protestation et dans la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square, il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers.
C’est alors qu’une bombe explose devant les forces de l’ordre. Elle fait un mort dans les rangs de la police. Sept autres policiers sont tués dans la bagarre qui s’ensuit. À la suite de cet attentat, cinq syndicalistes anarchistes sont condamnés à mort ; quatre seront pendus le vendredi 11 novembre 1887 (connu depuis comme « vendredi noir ») malgré l’inexistence de preuves. Trois autres sont condamnés à perpétuité. Lors du procès, le procureur J. Grinnel déclare dans sa plaidoirie :
« Nous savons que ces huit hommes ne sont pas plus coupables que les milliers de personnes qui les suivaient, mais ils ont été choisis parce qu’ils sont des meneurs ; Messieurs du jury, faites d’eux un exemple, faites-les pendre, et vous sauverez nos institutions et notre société. »
En 1893, le gouverneur de l’Illinois gracie les 3 syndicalistes encore détenus, en raison de la fragilité de l’enquête et du processus judiciaire. Il accuse également le chef de la police de Chicago d’avoir créé le violent climat de répression ayant conduit à cet attentat. Un extrait de ce pardon est gravé sur sa stèle au Graceland Cemetery de Chicago.
En 1889, la IIe internationale socialiste se réunit à Paris, à l’occasion du centenaire de la Révolution française.
Sous l’impulsion de Jules Guesde et de son Parti Ouvrier (Guesde inventera le terme de « fêtes du Travail » en 1890), cette Internationale décide le 20 juillet 1889 de faire de chaque 1er mai une journée de manifestation avec pour objectif la réduction de la journée de travail à huit heures (soit 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé).
Le 1er mai 1890, l’événement est ainsi célébré dans la plupart des pays, avec des participations diverses.
Le 1er mai 1891, à Fourmies, dans le Nord, la manifestation tourne au drame : l’armée tire sur les ouvriers et fait neuf morts. Avec ce nouveau drame, le 1er mai s’enracine dans la tradition de lutte des ouvriers européens. Les militants épinglent une églantine écarlate, fleur traditionnelle du Nord, en souvenir du sang versé et en référence à Fabre d’Eglantine.
Quelques mois plus tard, à Bruxelles, l’Internationale socialiste renouvelle le caractère revendicatif et international du 1er mai.
C’est avec la résolution suivante prise dans l’été de 1885, par le Central Labor Union fondé à New York en mars 1882 que le 1er mai se changea en 1er lundi de septembre aux États-Unis. Alors que d’autres organisations syndicales avaient déjà voté et adopté une proposition visant à honorer le 1er mai 1886.
Le 11 mai 1894, les ouvriers de Pullman Palace Car Company à Chicago protestent contre des réductions de salaire et le licenciement des représentants des syndicats. Ils cherchent l’appui de leur syndicat central mené par E. V. Debs. Le 26 juin, l’Union américaine des chemins de fer appelle à un boycott de toutes les voitures ferroviaires de Pullman. Dans les jours qui suivent, 50 000 ouvriers du rail se conforment à cette directive et la circulation ferroviaire à Chicago s’arrête.
Le 4 juillet, le président américain G. Cleveland envoie 12 000 hommes de troupe pour briser le mouvement, s’ensuivent des émeutes et des affrontements violents. Deux hommes sont tués au cours de ces affrontements, à Kensington, près de Chicago. La grève est déclarée terminée le 3 août 1894, les ouvriers de Pullman prenant même l’engagement de ne plus se syndiquer.
En raison de la brutalité démontrée, les représentants s’émeuvent et ceux de Washington réussissent à faire passer la proposition d’un jour chômé (le 1er lundi de septembre) pour honorer les travailleurs. Le président lui-même signe le projet de loi instaurant officiellement le Labor Day (six jours à peine après l’intervention de l’armée) dans l’espoir de se faire réélire la même année, mais cet espoir s’est avéré vain.
En 1920, la Russie Bolchevique décide que le 1er mai sera désormais chômé et deviendra la fête légale des travailleurs.
En France, dès 1890, les manifestants du 1er mai ont pris l’habitude de défiler en portant à la boutonnière un triangle rouge. Celui-ci est quelques années plus tard remplacé par la fleur d’églantine.
En 1907, à Paris, le muguet remplace l’églantine en reprenant une ancienne coutume remontant à la Renaissance. Le muguet est alors porté à la boutonnière avec un ruban rouge. À partir de ce début de XXe siècle, il devient donc habituel, à l’occasion du 1er mai, d’offrir ce brin de muguet, symbole du printemps.
Aujourd’hui, une tolérance de l’administration fiscale dans certaines communes permet aux particuliers et aux organisations de travailleurs de vendre les brins de muguet sans formalités ni taxes sur la voie publique.
Le 23 avril 1919, le Sénat ratifie la journée de huit heures et fait du 1er mai suivant une journée chômée, sans en faire une fête officielle.
Le 24 avril 1941, le maréchal Pétain instaure officiellement par la loi Belin le 1er mai comme « la fête du Travail et de la Concorde sociale », appliquant ainsi la devise Travail, Famille, Patrie. Le régime pétainiste recherche une troisième voie fondée sur le corporatisme, débaptisant « la fête des travailleurs » qui faisait trop référence à la lutte des classes. À l’initiative de R. Belin, ancien dirigeant de l’aile anticommuniste de la CGT (Confédération générale du travail) devenu secrétaire d’État au travail, le jour devient férié, chômé et payé. La radio ne manque pas de souligner que le 1er mai coïncide aussi avec la fête du saint patron du maréchal, Saint Philippe. L’églantine rouge, associée à la gauche, est remplacée par le muguet. Cette fête disparaît à la Libération.
La loi du 26 avril 1946 fait du 1er mai 1946 un jour chômé et payé. En avril 1947, sur proposition du député socialiste D. Mayer et avec le soutien du ministre communiste du Travail A. Croizat, le 1er mai est réinstitué jour chômé et payé dans le code du travail, sans être une fête nationale (mais il n’est pas officiellement désigné comme fête du Travail). La loi du 29 avril 1948 fait du 1er mai un jour férié et chômé mais payé. Cette loi est reprise dans le code du travail sans lui donner de dénomination officielle.
Beaucoup à gauche, notamment les partis politiques et les syndicats, voudraient que la fête du Travail redevienne la fête des Travailleurs, c’est-à-dire la journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs, rejetant les mesures de Pétain. Cette controverse est toujours d’actualité. Même l’églantine rouge (d’origine révolutionnaire) fait encore partie de ces revendications, bien que la vente libre du muguet par tous et toutes ce jour-là donne aussi l’occasion aux syndicats de rencontrer la population et de faire connaître leurs activités et revendications.
Cette fête disparaît dans les années 1950 et 1960, les défilés étant interdits lors des guerres d’Indochine et d’Algérie. Il faut attendre le 1er mai 1968 pour que soit organisé, pour la première fois depuis 1954, une grande manifestation dans les rues de Paris, ce défilé réunit des dizaines de milliers de manifestants.
Des manifestations syndicales, voire intersyndicales ou unitaires (selon les années, les revendications et les mouvements sociaux en cours), ont lieu dans les grandes villes de France le 1er mai, les plus importantes d’entre elles ayant traditionnellement lieu à Paris.
Alors que la SFIO a abandonné au mouvement syndical la maîtrise du 1er mai dès sa naissance, certains partis tentent de se réapproprier cette fête, tel le FN qui défile à Paris de 1988 à 2015 pour rendre hommage à J. d’Arc, l’UMP de N. Sarkozy rassemble ses partisans en 2012 en se réclamant de la fête du « vrai travail », Renaissance du président E. Macron souhaite en 2019 un bon 1er mai à « ceux qui aiment le travail », avant d’être repris par des historiens pour ce contre-sens. En 2023, le parti présidentiel est à nouveau repris par la gauche pour son utilisation du terme « fête du Travail », en plein mouvement social contre sa réforme des retraites visant à allonger l’âge de départ et la durée de cotisation.





























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