Pour commencer cette série, il faut rappeler que : les Gaulois n’ont pas toujours été considérés comme « nos ancêtres », Vercingétorix n’a jamais jeté ses armes aux pieds de César, la Gaule ne se réduisait pas à l’actuel territoire français.
- Nos ancêtres les Gaulois
Ceux que les Romains appelaient « Gaulois » et les Grecs « Celtes » occupaient un territoire qui s’étendait de l’Angleterre à la République tchèque.
Les Gaulois ne mangeaient pas de sangliers, il y avait moins de forêts en Gaule qu’aujourd’hui en France et ils ne transportaient pas de menhirs sur leur dos.
Ils avaient en revanche des villes, une métallurgie développée et une économie monétaire.
Avant d’être brutalement conquis, ils fournissaient en abondance des matières premières aux sociétés grecques, étrusques ou romaines.
Nos ancêtres sont devenus les Gaulois à la fin du 19e siècle quand le roman national a été fondé à la suite d’une défaite militaire, celle de Napoléon III à Sedan le 2 septembre 1870.
Chose curieuse c’est une défaite qui permet de fonder un mythe.
Avec la défaite de Sedan naît la troisième République. Elle va forger le mythe de l’origine « gauloise » de la nation française. Mythe, qui va jusqu’à transformer la défaite d’Alésia en acte héroïque et en sacrifice national.
Pas avare de défaites dans son récit fondateur, la France de Vichy convoque les Gaulois après la défaite de 1940 pour justifier un ordre nouveau et une supposée fructueuse « collaboration » entre les vaincus et les vainqueurs.
Une affiche pétainiste arborait un fier guerrier gaulois posant la main sur l’épaule d’un jeune Français représentant de la « Révolution nationale » voulue par le pouvoir du maréchal.
Dans une suite logique, cette iconographie sera reprise (avec de très légères modifications), par le Front national de J.M Le Pen quelques décennies plus tard.
De nos jours les créateurs de divers groupuscules identitaires persistent à se proclamer « gaulois » pour se distinguer de ceux qui ne seraient pas « de souche ».
Ils perpétuent ainsi consciemment le geste nationaliste initié par P. Pétain. En 1942, il passait en revue sur le site de Gergovie, au pied du monument célébrant la victoire de Vercingétorix contre les légions de César, la légion française des combattants d’où fut issue la milice.
Pourquoi l’extrême droite parle-t-elle uniquement d’une « Gaule » correspondant à l’actuel territoire français alors que l’Europe celtique s’étendait jusqu’à la République tchèque ?
Pour faire coller son récit avec sa réalité, quitte à tordre ladite réalité de manière éhontée.
Les Gaulois ne sont pas plus « nos ancêtres » qu’ils ne sont ceux des Belges, des Allemands du Sud, des Tchèques ou des Italiens du nord.
Le roman national sur l’origine gauloise de la France fait aussi tache d’huile à droite. La reddition à Alésia de Vercingétorix a été utilisée en 2012 par François Fillon qui évoquait lui aussi « une défaite fondatrice » pour inaugurer un musée sur le site de la bataille.
Ce mythe de la défaite fondatrice se coule à droite et à l’extrême droite dans la matrice christique. On pourrait le résumer ainsi : comme le Christ meurt sur la croix pour laver nos péchés, Vercingétorix se livre pour sauver son peuple.
Bien que certains persistent à se prétendre « Gaulois », il ne nous reste pas grand-chose des cultures gauloises.
Les parlers celtiques originels furent remplacés par le latin, et le français d’aujourd’hui vient d’une fusion de langues.
Il subsiste tout au plus quelques dizaines de mots estampillés d’origine « gauloise ».
C’est peu pour en faire une culture dominante.
Cet article est une recension du livre de Jean-Paul Demoule « La France éternelle, une enquête archéologique » paru aux éditions La Fabrique, édité en septembre 2025, vendu au prix de 17 euros. Je vous en recommande l’achat et la lecture intégrale.

































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