«Les menaces, c’est terminé» : la jeunesse tient tête au maire RN de Carcassonne

par | 11 mai 2026 | Place aux lecteurs

C’est une tentative d’intimidation manquée. À l’appel du collectif d’étudiants et de lycéens Nous Carcassonne, plus de 300 personnes ont défilé mercredi 29 avril dans le centre de Carcassonne jusqu’aux remparts de la cité médiévale pour manifester contre l’extrême droite.

La veille, le nouveau maire issu du Rassemblement national, Christophe Barthès, avait affirmé que « les associations qui participeront n’auront plus de subventions de la mairie. Et ce sera avec un effet immédiat ». Le 31 mars, l’édile de la cité audoise s’était également introduit dans un groupe privé sur le réseau social Instagram pour menacer des lycéens qui prévoyaient de manifester. Il avait alors affirmé avoir « récupéré tous les pseudos de chaque membre du groupe ».

La manifestation a rassemblé des jeunes, des syndicats, des partis politiques, des antifascistes et soutiens à la Palestine et à d’autres peuples opprimés. © Antoine Berlioz / Reporterre

Des menaces vaines, au regard de la présence massive dans les rues de Carcassonne, ce mercredi, de lycéens, d’étudiants, ainsi que d’organisations syndicales, associatives et politiques.

« On n’a jamais vu une telle mobilisation de la jeunesse à Carcassonne », affirme Catherine Viale, membre de la section carcassonnaise de la Ligue des droits de l’Homme. L’association, qui a déposé une requête devant la justice pour annuler l’arrêté « anti-mendicité » signé par Christophe Barthès peu après son élection, s’est également attiré les foudres du nouveau maire. « Il nous a retiré notre subvention annuelle [de 300 euros] ainsi que notre local à Carcassonne. C’est évidemment choquant, mais on continue le combat et, grâce à ce coup de publicité, on a doublé le nombre de nos adhérents en quinze jours », poursuit-elle.

«  Les menaces, c’est terminé : on ne se taira plus  », disent les étudiants. © Antoine Berlioz / Reporterre

« L’extrême droite est un danger pour les travailleurs et pour la jeunesse »

Dans la foule, les lycéens et les étudiants s’échangent les pancartes, ainsi que les micros et les mégaphones. Sont également de la partie l’union syndicale de la CGT et le syndicat des enseignants, la FSU. « L’extrême droite est un danger pour les travailleurs et pour la jeunesse. On partage le même combat », confirme Jean-Michel, membre de l’union locale de la CGT.

Plus de 300 personnes ont défilé à Carcassonne le 29 avril 2026. © Antoine Berlioz / Reporterre
De nombreux drapeaux européens, antifascistes, de la Palestine, du Liban, LGBTQIA+ ou du collectif Nous Carcassonne se sont côtoyés pour faire face à l’extrême droite. © Antoine Berlioz / Reporterre

Devant lui, Yassine El Kdim s’époumone au micro, sourire aux lèvres devant l’affluence du jour. L’étudiant en première année de licence, pas encore majeur, est l’un des organisateurs de cette manifestation : « On entend tout le temps que la jeunesse n’est pas politisée, mais on voit bien qu’aujourd’hui, c’est nous qui faisons bouger les choses. On tient également à dire au maire que les menaces, c’est terminé : on ne se taira plus. »

Yassine El Kdim, étudiant en première année de licence, est le fondateur du collectif Nous Carcassonne. © Antoine Berlioz / Reporterre

Toutes les générations sont représentées dans le cortège. Un drapeau des Écologistes sur l’épaule, l’élu municipal Éric Ciappara marche aux côtés des lycéens. « Finalement, Barthès applique le schéma classique du Rassemblement national qu’on observe dans d’autres villes déjà aux mains de l’extrême droite. Ils terrorisent les associations et les opposants. Cela ne fonctionne pas, visiblement : pour ma part, c’est l’une des premières fois que je vois une telle manifestation ici. »

Le nouveau maire, qui doute de l’origine humaine du réchauffement climatique malgré l’évidence scientifique, et multiplie les sorties climatosceptiques dans la presse, est également un « danger pour le combat écologiste », selon Éric Ciappara. « On l’a bien vu : l’une de ses premières mesures a été de remettre l’éclairage public toute la nuit et partout. En plus de coûter près de 300 000 euros, cette mesure n’a pas de sens puisque tout fonctionnait très bien comme cela. »

Lors de la manifestation du 29 avril 2026. © Antoine Berlioz / Reporterre

Sexisme et masculinisme

Dans une ambiance festive, ponctuée par quelques hits de la chanteuse Theodora à l’avant du cortège, la manifestation se dirige vers la cité médiévale. « On est aussi venus dénoncer la misogynie de ce nouveau maire. On voit bien qu’avec la montée du fascisme en France, il y a aussi une montée du sexisme et du masculinisme, c’est inquiétant », dénoncent Inès et Zoé, la vingtaine, une pancarte à la main sur laquelle est inscrit « On va faire la soupe, ton sexisme, on le découpe ».

Un détournement d’une autre pancarte devant laquelle Christophe Barthès avait fièrement posé en 2024 : « Va faire la soupe, salope », qui faisait référence à des insultes proférées à l’encontre de la députée Sandrine Rousseau et de la cheffe de file des Écologistes, Marine Tondelier.

Devant les remparts de la cité médiévale, quelques touristes et piétons regardent le cortège s’amasser devant l’entrée principale. « On est là, on est là, même si Barthès ne le veut pas, nous, on est là », lance une lycéenne au mégaphone, rapidement reprise joyeusement par la foule.

Compte rendu très fidèle de la manifestation de Carcassonne, pourriez vous le passer dans votre journal. A Carcassonne il n’y a pas que des fachos !

Audrey

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