Le mardi 18 juin 1940, voilà exactement 86 ans, vers 18 heures, dans les studios de la BBC, à Londres, le général Charles de Gaulle, en uniforme, enregistre un message en français à l’adresse de ses compatriotes présents sur le territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver.
Il fait part de sa conviction en la défaite finale de l’Allemagne et invite les officiers et les soldats, les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement à se mettre en rapport avec lui. Pour la première fois, avant même que le gouvernement français ait signé l’armistice avec l’envahisseur allemand, il évoque la «flamme de la résistance française».
Quatre jours plus tard, le 22 juin 1940, jour de la signature de l’armistice par le gouvernement Pétain, il renouvelle son appel et précise sa volonté de poursuivre le combat. L’enregistrement de cet appel a été conservé à la différence du premier, dont ne reste qu’un brouillon manuscrit et quelques extraits dans les journaux.

Cet appel est diffusé sur les ondes le soir, vers 22 heures, et rediffusé le lendemain vers 16 heures. Une version presque intégrale du texte est communiquée par la BBC à la presse française et publiée dans la presse encore libre du sud de la France. La Dépêche de Toulouse, par exemple, publie un article à ce propos, avec la photo du général, dans son exemplaire du mercredi 19 juin.
La très grande majorité des Français ignorent toutefois l’Appel de Londres. Il y a parmi eux les huit à dix millions de civils qui dérivent sur les routes de l’exode, fuyant l’avance des Panzers allemands et les mitraillages des Stukas, en quête d’un asile improbable.
Il y a aussi les soldats et les officiers qui se battent et meurent avec l’énergie du désespoir face à un ennemi assuré de sa victoire.
Que s’est-il passé ?
Le gouvernement réfugié à Bordeaux se divise entre les résignés qui proposent, comme Philippe Pétain et Camille Chautemps, de demander à Hitler les conditions d’un armistice, quitte à les rejeter si elles étaient déshonorantes, et ceux qui prônent la résistance à tout prix, comme Charles de Gaulle et Georges Mandel, l’ancien chef de cabinet de Georges Clemenceau.
Charles de Gaulle résiste aux sirènes de la résignation et du défaitisme. Il place ses espoirs dans la mondialisation du conflit, plus lucide en cela que la très grande majorité de ses contemporains, qui croient à une victoire prochaine de l’Allemagne contre l’Angleterre, son dernier adversaire du moment.

Churchill, entre-temps, s’est laissé convaincre par le Français Jean Monnet de réaliser rien moins qu’une fusion instantanée des gouvernements français et britannique. Cette proposition d’apparence excentrique rendrait les deux pays indéfectiblement solidaires face à l’Allemagne hitlérienne. Elle écarterait le risque d’une tractation directe de la France avec l’Allemagne, avec l’éventualité qu’Hitler se saisisse de la puissante flotte de guerre française, et éventuellement des colonies françaises d’Afrique du Nord et d’Orient.
De Gaulle se rend à Londres pour négocier avec Churchill et reprend l’avion sans attendre avec le projet de trait- d’union franco-britannique. Le soir du 16 juin, quand il atterrit à Bordeaux, où siège le gouvernement, il s’attend à un accueil en fanfare dans la perspective de l’union franco-britannique. Au lieu de cela, il apprend que Paul Reynaud s’est démis de la présidence du Conseil au profit de Philippe Pétain. Tout s’effondre.
La veille de l’appel, le 17 juin, à midi, c’est par millions que se comptent les auditeurs de l’allocution du nouveau chef de gouvernement, le vieux maréchal Pétain (84 ans), sur les ondes de la radio nationale. Celui-ci a touché leur coeur avec des mots pleins de sensibilité et de compassion. Il les a confirmés dans leur sentiment que la guerre contre Hitler était perdue après tout juste cinq semaines de combats.
Pendant que le maréchal Pétain lance sur les ondes son message d’intronisation, le général arrive à Londres.
De Gaulle vient d’entrer en résistance.
Il demande aussitôt à Winston Churchill d’avoir accès aux studios de la BBC.
Le cabinet britannique reste hésitant. Il veut éviter une rupture avec le gouvernement de Pétain, dans la crainte que la flotte française ne soit livrée à l’ennemi.
À 18 heures, de Gaulle peut enfin enregistrer l’Appel. Celui-ci est diffusé à 22 heures. Succédant à l’allocution du maréchal Pétain, il arrive trop tard pour enrayer la ferveur nationale envers celui qui ne sera bientôt plus appelé que «le Maréchal». Fait regrettable, il est diffusé le jour anniversaire de la bataille de Waterloo !
Tenu en bride par le cabinet britannique le général de Gaulle est empêché de diffuser un nouveau message le lendemain. Il doit attendre la signature de l’armistice, le 22 juin, pour pouvoir renouveler à la radio, avec un maximum de solennité, son appel à poursuivre le combat.
Mais jour après jour, à la radio de Londres, de Gaulle va bâtir sa légitimité contre les «traîtres de Vichy». Par la force de son Verbe et de ses convictions, le Général fédèrera ainsi autour de lui les Français Libres engagés aux côtés des Anglo-Saxons et épargnera à beaucoup de compatriotes restés sous la botte de l’occupant la honte de se dire Français.
La deuxième guerre mondiale vient vraiment de prendre une nouvelle dimension …
… Mais c’est une autre histoire.
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