L’AIPAC ou American Israel Public AffairsCommittee a été créé aux États-Unis en 1963 avec pour objectif de soutenir politiquement Israël. Il est proche du Likoud.
JewishCurrent, professeur de journalisme et de science politique, à l’école de journalisme Newmark de la CUNY (Université de la Ville de New York), donne son analyse sur l’influence qu’exerce l’AIPAC dans la politique des États Unis.
Cette intervention, traduite de l’anglais, corrobore et complète l’article précédent sur le sujet, transmis par Brigid Benson.
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J’entends parfois dire que certains accusent des candidats comme Abdul El-Sayed, le candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, d’exagérer le rôle de l’AIPAC dans la politique américaine. Il arrive qu’Abdul El-Sayed affirme que l’Amérique dépense de l’argent pour tuer des Palestiniens alors qu’elle devrait investir cet argent dans l’éducation des enfants du Michigan. Or, j’entends dire que c’est malhonnête, car après tout, nous ne donnons que 3 milliards de dollars par an à Israël. Ce n’est pas une somme considérable à l’échelle nationale. Ce n’est pas la principale raison du sous-financement des écoles à Détroit.En effet, certaines critiques de l’AIPAC peuvent être véritablement problématiques, voire antisémites… si l’on donne l’impression que toute la politique étrangère américaine, tout l’impérialisme américain, y compris au Venezuela, à Cuba et au Groenland, est le fait du lobby pro-israélien. C’est extrêmement problématique.
Mais je crois que le discours de candidats comme Abdul El-Sayed est en réalité différent et, de fait, tout à fait pertinent. Autrement dit, le coût pour les Américains du pouvoir qu’exerce l’AIPAC sur le système politique américain ne se limite pas aux 3 milliards de dollars que les États-Unis versent chaque année à Israël. En effet, depuis le 7 octobre, les États-Unis ont donné à Israël bien plus. Il me semble avoir vu le chiffre de 20 milliards de dollars.
Mais même cela, je crois, sous-estime le coût, car il y a un coût indirect lié au pouvoir que l’AIPAC et les groupes pro-israéliens exercent sur la politique américaine et la politique étrangère des États-Unis, et c’est flagrant aujourd’hui avec la guerre contre l’Iran, n’est-ce pas ? Je veux dire, il y a un certain nombre de raisons pour lesquelles les États-Unis sont maintenant engagés dans cette guerre catastrophique contre l’Iran.
L’une des raisons est clairement que Donald Trump, fort de son succès au Venezuela, nourrissait une sorte d’arrogance impérialiste démesurée. Il pensait pouvoir renverser les gouvernements qui lui déplaisaient à travers le monde, piller leurs ressources et être acclamé en héros. Voilà en partie ce qui explique son comportement.

Mais il est tout aussi indéniable que Benjamin Netanyahu a œuvré avec acharnement en ce sens. Et sa voix à Washington, lui qui militait pour une guerre totale entre les États-Unis et l’Iran, aurait été bien moins influente sans l’AIPAC et les autres organisations pro-israéliennes qui amplifient et soutiennent ses propos dans les médias et au Congrès.
Ils ont donc joué un rôle important – pas le seul, certes – dans le déclenchement de cette guerre. Ils ont également joué un rôle déterminant dans l’abrogation de l’accord nucléaire iranien de 2015 conclu sous Obama. Et c’est cette abrogation qui, à mon avis, nous a engagés sur la voie d’une escalade de la confrontation avec l’Iran.
Et si l’on considère le coût de cette guerre, on parle de bien plus que 3 milliards ou même 20 milliards de dollars. L’Institut Watson de l’Université Brown estime désormais le coût total de la guerre à environ 70 milliards de dollars. Et encore une fois, on ne voit pas la fin de ce conflit, et ces guerres finissent toujours par coûter beaucoup plus cher. La guerre a également entraîné une hausse des coûts de l’énergie et des taux d’intérêt. Elle a véritablement eu pour conséquence de ralentir l’économie américaine, et des produits de première nécessité comme l’essence et d’autres biens sont plus chers qu’ils ne le seraient si nous n’avions pas été en guerre, auquel cas il y aurait peut-être eu une baisse des taux d’intérêt.
Il est également indéniable que la guerre a eu un impact stratégique dévastateur sur les États-Unis. Elle a démontré notre incapacité à défendre nos alliés du Golfe, ce qui aura des conséquences durables sur leurs décisions de politique étrangère. Un long article du New York Times explique d’ailleurs que les principaux alliés américains en Asie de l’Est doutent de la capacité des États-Unis à les protéger, car nous avons anéanti une grande partie de nos systèmes militaires et de défense essentiels, qui constituent notre arsenal mondial et nous permettent de dissuader la Chine et toute autre puissance.
Les conséquences de cette guerre sont donc considérables. Je veux dire, elle pourrait bien se révéler un désastre aussi important pour les États-Unis, tant en termes de position mondiale que de finances publiques, à l’instar de la guerre en Irak. L’AIPAC y joue un rôle prépondérant. Ainsi, le coût du pouvoir de l’AIPAC au sein du système politique américain dépasse largement le simple montant de l’aide militaire que l’AIPAC exerce sur les États-Unis pour qu’ils l’accordent à Israël.
Encore une fois, il est essentiel de parler de l’AIPAC sans laisser entendre qu’il s’agit du seul lobby corrupteur de la politique américaine. Bien sûr que non ! Il y a l’industrie pharmaceutique, le secteur de l’énergie, les cryptomonnaies, et bien d’autres choses encore. D’ailleurs, Abdul El-Sayed, comme la grande majorité des démocrates progressistes qui ont déjà entendu parler de l’AIPAC, évoquent aussi ces autres sujets. Il est donc important de reconnaître que l’AIPAC n’est pas la seule force toxique, la seule puissance financière qui influence la politique américaine. Se focaliser uniquement sur l’AIPAC serait problématique.
Il est également important de se rappeler que l’Amérique est tout à fait capable d’agir de manière brutale et impérialiste sur des questions où l’AIPAC n’a aucun rôle à jouer. Voyez ce que nous faisons à Cuba : nous privons littéralement les hôpitaux de carburant. Ce n’est pas la faute de l’AIPAC. C’est, encore une fois, dû à la longue histoire de l’impérialisme américain dans les Caraïbes.
Mais quand on prétend que l’AIPAC et ses actions n’ont pas de coût significatif pour les Américains ordinaires, sous prétexte que les États-Unis ne versent que 3 milliards de dollars par an à Israël, je trouve cela tout simplement faux. Je pense au contraire que nous constatons aujourd’hui, de manière flagrante, que le coût pour les Américains ordinaires de la politique étrangère à laquelle l’AIPAC a largement contribué est en réalité bien plus élevé.
































