Le 12 décembre 1821, voilà exactement 101 ans, Gustave Flaubert voit le jour à l'Hôpital de Rouen dont son père est le chirurgien en chef.

Il vit ses premières années dans la proximité immédiate de l'hôpital, en contact avec la maladie et la mort, entre son frère Achille, de 8 ans son aîné, et sa sœur cadette, Caroline, qu'il adore. Au lycée de Rouen où il est interne, c'est un élève doué, mais indiscipliné, rêveur, extravagant, un « enfant du siècle ». Enfant précoce, sensible et fragile, il lit les grands auteurs, de Spinoza à Rabelais en passant par Shakespeare et Byron.

À 14 ans et demi, il se prend de passion pour une jeune femme mariée, Élisa Schlésinger. L'aventure lui inspire un mauvais manuscrit deux ans plus tard, "Les Mémoires d'un fou", puis, longtemps après, il en tirera une première version de son roman, "L'Éducation sentimentale".

Mais qu'on se le dise, il sera écrivain ou rien ! « La plume, rien que la plume ! Je suis un homme-plume ! » dit-il .

Et tant pis pour la carrière de juriste que sa famille veut lui faire adopter. Il est d'ailleurs assez doué pour l'écriture, comme le montrent ses premières œuvres écrites au collège.

Après une année sabbatique offerte par des parents compréhensifs, il se lance sans conviction dans les études de droit.

En janvier 1844, à 22 ans, il s'écroule, victime d'une crise d'épilepsie : « Je me suis senti tout à coup emporté par un torrent de flammes » : c'est ainsi que Flaubert décrira cette crise nerveuse qui le met dans un état comateux. Conscient des risques mortels de cette maladie honteuse, le « haut mal », le docteur Flaubert libère son fils de l'obligation de travailler et lui permet de vivre sa passion pour l'écriture dans une vaste maison, à Croisset, au bord de la Seine.

Fini le droit, place à l'écriture !

Au milieu des siens, aux petits soins pour lui, il peut s'adonner tout entier à son péché mignon ! Mais le malheur rôde. En quelques mois, son père puis sa sœur Caroline décèdent, le laissant seul avec sa mère et la fille de Caroline, dont il devient le tuteur.

En 1850, Flaubert, las de n'avoir rien publié de significatif, prend le large avec son ami Maxime du Camp. Direction : l'Orient ! Pendant un an et demi, les deux compères traînent leur appareil photo et leur carnet de notes du côté de l'Égypte, du Liban et des lieux saints, puis de la Turquie et des sites antiques grecs. Ils fréquentent assidûment aussi les bordels... et Flaubert y gagne la syphilis. Sur les bords du Nil, Flaubert a une illumination en pensant au grand roman qu'il projette d'écrire et dont la pensée le taraude jour et nuit : « J'ai trouvé, Eurêka, Eurêka ! Je l'appellerai Emma Bovary ».

Après ce petit contretemps exotique, il est temps de se mettre au travail ! Flaubert a une carrière à construire ! À 29 ans, il s'enferme donc dans son cabinet de travail avec une idée bien définie : son roman sera « un roman moderne » avec un sujet volontairement sans intérêt. Il s'inspire d'un fait divers local, la mésaventure d'un ancien élève de son père dont la femme infidèle a fini par s'empoisonner. La gestation, difficile, durera près de cinq années, tant le maître se montre cruel avec lui-même.

Le roman est enfin publié en 1856, sous le Second Empire. Il signe la fin du romantisme et le début du réalisme, pour lequel il n'y a « ni beaux ni vilains sujets ».

Emma Bovary, celle que Flaubert avait surnommé « ma petite femme » est désormais l'incarnation de l'insatisfaction, de ce désir sans cesse inassouvi de vivre d'autres vies que la sienne, de connaître ces aventures racontées dans les romans.

 Avec ce personnage d'anti-héros, Flaubert a imaginé un être attachant, peut-être parce que la petite Emma est finalement bien nigaude...

Rançon du scandale ? Le livre est un succès de librairie et permet à Flaubert, désormais célèbre, de s'adonner aux joies de la vie parisienne. Mais l'appel de la plume est toujours là : il se lance donc dans le projet d'un nouveau roman sur l'Afrique du nord antique, occasion pour lui d'aller voir sur place les décors du futur Salammbô.

Cinq années plus tard, l'œuvre est enfin publiée, et les critiques se déchaînent : on crie au sadisme, à l'anthropophagie, à la zoophilie ! Mais le mal est fait, et la Salammbômania frappe de plein fouet la capitale au son des bals costumés et autres opérettes carthaginoises. La fête ne dure qu'un temps : il faut déjà s'atteler au « roman moderne » que lui a commandé sa maison d'édition. Ce sera "L'Éducation sentimentale" (1869).

Marqué par les deuils, l'ermite de Croisset revient à ses premières œuvres, à cette "Tentation de Saint Antoine" qui finit par prendre place au cœur des "Trois Contes" (1877). En 1875, nouveau coup du sort : le mari de sa nièce fait faillite, obligeant l'écrivain à vendre ses biens pour éviter le déshonneur. Du jour au lendemain, il se retrouve sans ressource et se réfugie dans sa bibliothèque.

Au milieu du réconfort des livres, il imagine une « encyclopédie critique en farce » qui va occuper les huit dernières années de sa vie. Avec l'aide de Maupassant dont il se fait le mentor, il se plonge dans la documentation (plus de 2 000 ouvrages mis en fiches !) pour rédiger, sous forme de roman, l'étendue sans fin de la bêtise humaine.

Projet pharaonique, il est vrai ! Le livre, d'abord intitulé "Les Deux Cloportes" puis "Bouvard et Pécuchet", n'avance que péniblement, alors même que les finances sont au plus bas.

Alerté, le ministre Jules Ferry finit par lui accorder une pension en échange de services fictifs rendus comme conservateur de la bibliothèque Mazarine.

C'est la mort qui mettra fin à la rédaction de ce livre-météore : Flaubert, retrouvé inconscient le 8 mai 1880, meurt quelques heures plus tard d'une hémorragie cérébrale. Assoiffé de perfection, l'ogre de la littérature n'aura eu le temps de publier que trois romans, le recueil de nouvelles "Trois contes"  et  un  roman inachevé, Bouvard et Pécuchet.

Flaubert inaugure une nouvelle génération d'écrivains : celle des écrivains-chercheurs pour qui le roman devient l'espace d'une appropriation encyclopédique du monde et des savoirs. Son style est reconnaissable par le souci qu’il avait de trouver le mot le plus juste, et par-dessus tout, le rythme de la phrase.

Ses contemporains n'ont pas compris le sens et la nouveauté de son travail. Les moins défavorables le tolèrent moyennant de multiples réserves (Sainte-Beuve) ou en le réduisant pour l'annexer à une cause (Zola et les naturalistes). Les autres rejettent l'œuvre en bloc ! Il n'est devenu une véritable « star » de la littérature mondiale qu'à partir des années 1960.

On ne peut parler de Flaubert sans citer Balzac et Maupassant mais eux .... c'est un autre histoire

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