Italie, octobre 1922 : dans les coulisses de la marche sur Rome ( 2 )

par | 22 juin 2024 | Enquête

26 octobre 1922, siège du « Popolo d’Italia » à Milan, Mussolini s’apprête à recevoir les grands patrons italiens dans les locaux de son journal quotidien.

« Des nouvelles nous parviennent à propos de tentatives insurrectionnelles ordonnées par le parti fasciste, prévues pour une date imminente avec prise de possession des bureaux gouvernementaux dans certains centres urbains. Lorsque ces tentatives se manifesteront, il faudra, après avoir eu recours à tous les autres moyens, résister par les armes. ».

Télégramme du ministre Paolino Taddei aux préfets, 26 octobre 1922, 12 h 10.

La réouverture de la chambre parlementaire est prévue pour le 7 novembre, ce sera trop tard.

Les évènements se précipitent très vite.

Désormais, c’est une course contre la montre qui s’engage.

Le préfet de Milan, Lusignoli a informé le gouvernement que les fascistes préparent un coup de force pour la nuit du 27 octobre. Lusignoli esquisse trois hypothèses permettant d’affronter l’assaut fasciste : s’imposer par le nombre, écraser par les armes, ne pas réagir.

Écartant cette troisième et absurde troisième voie, le ministre de l’Intérieur, Paolino Taddei a enjoint à 12 h 10 aux préfets du royaume d’Italie de résister par les armes à toute tentative d’insurrection fasciste.

Il a également ordonné l’arrestation immédiate des chefs fascistes, Mussolini en tête, au premier signe d’insurrection. Le télégramme qui mettrait fin à la marche sur Rome avant qu’elle ne débute repose sur le bureau de Lusignoli.

Au siège de son journal, « Popolo d’Italia », Mussolini ignore encore ces dispositions. Par prudence, il a fait construire le long de la grille une barricade qu’il a confiée à la garde de miliciens armés de fusils.

Lors d’une réunion des rédacteurs, on prépare d’énormes tirages. Mussolini déclare : « L’action révolutionnaire nationale va débuter, que chacun soit à son poste. Ceci est un fortin, notre fortin, et il faut le défendre à tout prix. »

Parallèlement, le Duce du fascisme emploie envers le monde extérieur un autre ton, le ton conciliant et satisfait qu’on adopte quand le monde finit par vous courtiser après qu’on l’a courtisé pendant des années. Soudain ce sont les autres qui veulent négocier, Mussolini lui, ne refuse de pieux mensonges à personne.

Défendu contre la mitraille par une barricade en papier trempé, Mussolini parle aussi le langage de la sagesse et de la mesure. Il va employer ce langage devant les grands patrons italiens qui, après des années de différends et de mépris, se décident, le 26 octobre en fin d’après-midi, à gravir l’escalier du « fortin ».

Une délégation des principaux industriels milanais et lombards, emmenée par Alberto Pirelli, est venue rendre visite et présenter ses hommages à Mussolini.

Les membres de la délégation évoquent les principales inquiétudes du moment, relatives à l’évolution du taux de change, au cours des titres d’État et à la dette extérieure du pays.

Pleins d’admiration, ils écoutent ce chef d’un mouvement révolutionnaire en cours, ce sauvage dispensateur de féroces menaces discuter de ces problèmes avec une grande pondération et un sens très vif de leur importance.

À leur sortie du « fortin », ils ordonnent à l’Association bancaire de verser deux millions de Lires sur le compte du Parti national fasciste.

Du côté du gouvernement, le Conseil des ministres imagine que les fascistes vont se satisfaire de strapontins dans un nouveau gouvernement.

Le télégramme du ministre Taddei ordonnant l’arrestation des chefs de l’insurrection fasciste gît toujours sur le bureau du préfet Lusignoni, qui a encore l’espoir d’être nommé ministre.

 

Cet article est composé d’extraits de lecture du livre d’Antonio Scurati « M., l’enfant du siècle » édité aux éditions Les Arènes en 2020. Je vous invite vivement à sa lecture.

Scurati, chercheur éminent, est aujourd’hui interdit de télévision par le gouvernement postfasciste de Georgia Meloni à cause de ses écrits sur Mussolini.

Les fascistes ne veulent pas que leur duplicité soit exposée, c’est ce qui m’amène à vous proposer cette série hebdomadaire sur les coulisses de la marche sur Rome et la prise de pouvoir du fascisme en Italie pendant 23 ans.

La semaine prochaine nous remonterons le temps jusqu’au 27 octobre 1922 qui va voir les bandes fascistes attaquer les préfectures et sièges des pouvoirs locaux.

Partager sur

En Bref

< Retour à l'accueil

L'agenda Culturel

L'agenda Militant

Lettre d'informations En Vie à Béziers

Pour recevoir notre lettre hebdomadaire

[sibwp_form id=1]

La Revue de presse

Dessins et photos d'actualités

Le mot du maire de Béziers

En vie à Béziers Adhésion et/ou dons !

Le coin des lecteurs

Jacqueline Granier, tête de liste « apolitique » à La Salvetat

Avis aux habitants de La Salvetat, Jacqueline Granier, tête de liste soit disant " apolitique" à La Salvetat sur Agout dans les hauts-cantons de l'Hérault menait campagne pour Eric Zemmour lors des présidentielles de 2022. Je tiens à disposition une photo qui le...

Résumé des vœux du maire de Vias

Jordan Dartier (Maire de Vias)Bonsoir à toutes et à tous.cher Aurélien Lopez-Liguori, merci Aurélien de nous faire l'amitié d'être là ce soir etje vais te demander de venir avec nous sur scène tous les applaudissements de lasalle.En matière d'environnement, nous...

Compte rendu de la réunion du candidat RN Pacull à Sète

vendredi 23 janvier 20026, se tenait à la salle Tabouriech deSète , la première réunion du candidat du RN , SébastienPacull , soutenu par le mouvement d’Eric Zemmour,Reconquête et celui de Marion Maréchal « Identité-Libertés)Il y avait environ 200 personnes, beaucoup...

Campagne municipale St-Pons de Thomières

NOS  SEPT PRIORITÉS 1 Une ville accueillante Tout reste à faire et ce sera fait, en toute sérénité. La propreté autour des poubelles ( imiter Maureihan) ; ce sera la priorité des priorités l. La signalisation des commerces ( se référer à Puisserguier). Une aire de...

Réunion publique LFI Béziers avec M. Bompard le 6 février 2026

Réunion publique avec le député LFI Manuel Bompard et le duo de tête de liste Wissal El Jarrari et David Ocard pour les prochaines élections municipales le Vendredi 6 février 2026 à 18 h 30 à Béziers Auditorium du palais des congrès 29 avenue Saint Saëns LFI...

Au bout du fil de la presse libre

Attention un média peut en cacher un autre :

Bad buzz, clashs et invités d'extrême droite : Le crayon, les Cyril Hanouna du web ? (Street Press)

On regarde plutôt la presse libre et indépendante et on s'organise :

Une émission de Paloma Moritz et Salomé Saqué : Face à l'extrême droite la résistance s'organise (Blast)

 

 

 

L’association a bénéficié en 2018 et 2019 du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité / Ministère de la culture

Nombre de visites

Nombre de visites

1059919
Total Users : 1059919

vendredi 6 février 2026, 6:05

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers