Dossier Asturies 1934 : 15 jours d’insurrection (2)

par | 12 octobre 2024 | Extrême droite

Le gouvernement ne cesse de proclamer à la radio qu’il envoie des troupes dans les Asturies. Ces déclarations semblent se confirmer avec la présence de nombreux détachements près de Grado en particulier et d’autres qui se dirigent vers Avilès.

Au matin du 8 Octobre, la lutte à Oviedo est chaque fois plus acharnée. Une colonne d’insurgés de 6000 combattants pénètre à l’intérieur d’Oviedo à travers les artères principales. La résistance est composée de quelques éléments de l’armée, de gardes civils et de groupes d’assaut.  Les assaillants avancent systématiquement suivant un plan déjà préparé par le Comité révolutionnaire. Les forces gouvernementales se replient sur quelques points stratégiques  autour de l’usine d’armement dont le stock est riche de près de 11000 fusils et de mitraillettes.  Les militaires défendent ce stock avec la plus grande énergie de peur que ces stocks d’armes tombent aux mains des insurgés. Mais  sans artillerie cette position est inexpugnable. Ils ne parviennent pas à prendre la caserne principale où sont stockées les munitions.

Les rues du centre ville ont été converties en véritables champs de bataille. Les difficultés augmentent du fait que les vivres manquent à Oviedo comme les munitions.

Le 9 octobre, l’aviation gouvernementale entre dans la guerre et bombarde la population civile à Gijón et à Sama, autre forteresse de la révolution. Les bombardements produisent des ravages et sèment la panique parmi les combattants et la population.

Mais l’aviation ne pouvait oublier Mières qui est également bombardé. La plupart des victimes sont des femmes et des enfants. Quand cessent les bombardements,  c’est pour larguer des tracts qui disent que le mouvement révolutionnaire a échoué en Catalogne et qu’ont été écroués tous les membres de la Généralité catalane.

L’aviation survole sans cesse la voie ferrée basque-asturienne. L’ennemi s’est rendu compte de ce que la fabrique d’armes de Trubia alimente en obus les révolutionnaires et veut y couper à tout prix.

Manuel Grossi écrit : « On peut bien dire que 90% de notre défaite a été due à l’aviation. C’est elle qui a contribué le plus à répandre la panique et la démoralisation parmi les révolutionnaires incapables de lutter contre elle avec efficacité »

Le gouvernement ne lésine pas sur les moyens pour mater l’insurrection et envoie trois colonnes, dont l’une est formée de troupes coloniales marocaines, débarquées à Gijon et dirigées par un certain général Franco.

La première colonne, qui comprend 2 500 hommes et des forces d’artillerie, et que commande le général Bosch arrivent de Léon.

La seconde, commandée par le général Lopez Ochoa, a été débarquée par la marine de guerre, au petit jour, dans le port d’Aviles. Les insurgés d’Aviles, qui l’attendaient par terre et non par mer, ont dû abandonner la place. Sur quoi, le général Lopez Ochoa, poursuivant son avance, en se dirigeant vers Oviedo.

La troisième colonne est  un détachement d’infanterie de marine, débarquée à Gijon par le croiseur « Libertad » et  se dirigera, elle, aussi, vers Oviedo. Il ne s’agit plus d’une simple opération de police, mais d’une véritable guerre où il faut observer toutes les règles de la tactique. »

Les rebelles asturiens vont tenir quinze jours face à ce déploiement de forces. Ils ont pour eux le nombre (on parle de plus de 50 000 insurgés), le relief escarpé des Asturies mais surtout, leur savoir-faire. En effet, tous les mineurs savent manier des explosifs. Mieux, ils savent en produire.

« On signale qu’au cours d’une seule journée, dix camionnettes chargées de bombes étaient sorties de ces fabriques. Ces bombes étaient transportées dans un tunnel, où des équipes de révolutionnaires terminaient leur fabrication et les expédiaient sur plusieurs points du front de la révolution. »

Face à cette résistance organisée et efficace, l’armée emploie tous les moyens, y compris aériens, on l’a vu avec des autogyres, petits monoplaces à hélices, qui  sont souvent  préférés aux avions qui ne peuvent atterrir sur le relief montagneux.

« L’autogyre fit ses preuves comme engin militaire partout dans les Asturies, le terrain accidenté rend impossible l’atterrissage d’avions ordinaires. Il remplaça ces derniers et joua un rôle de premier ordre dans la répression des foyers rebelles. Ajoutons qu’en général, les forces aériennes ont largement contribué à maîtriser la révolte, mais les bombardements ont été notamment très efficaces à Oviedo, à Mieres et à  Soto del Rey. »

C’est le général Franco qui dirige les opérations depuis le Ministère de la Guerre à Madrid, où il est désigné grâce à sa longue expérience répressive dans la région. Sous la Monarchie, il y avait écrasé la grève générale de 1917.

Venant du Sud, les colonnes du général Bosh seront bloqués à Campomanès et Vega del Rey.

Venant du Nord, le général López Ochoa devait se diriger vers Oviedo après avoir repris Avilès.

Enfin les troupes africaines et de la Légion, sous les ordres du lieutenant-colonel Yagüe qui débarqueront à Gijon, récupérent la cité puis se dirigent vers Oviedo.

L’avant-garde de la contre-révolution armée était composée par les troupes de “regulares” marocains et par le “Tercio”, la Légion étrangère espagnole, des unités de mercenaires dont le gouvernement savait parfaitement qu’elles ne pourraient pas fraterniser avec les ouvriers. Ces troupes progressaient tout en appliquant les méthodes classiques de la guerre coloniale; destructions systématiques, pillages, viols et en utilisant les prisonniers, femmes et enfants y compris, comme boucliers humains pour avancer à couvert.

Le 10 octobre, débute la terrible bataille de Gijon. Les troupes débarquées la veille ne font pas de quartiers entrant dans les quartiers populaires, la baïonnette au canon. Des centaines de travailleurs sont assassinés. La résistance est désespérée par manque de moyens appropriés face aux armes modernes et la brutalité sanguinaire de la Légion.

Il faut reculer et les révolutionnaires de Gijon prennent la route d’Oviedo suivis par les troupes gouvernementales.

Ce même 10 octobre, les troupes de Lopez Ochoa qui occupaient Avilès depuis la veille annoncent la prise de la ville. Mais on n’y enregistre pas l’horrible boucherie de Gijon. Ces forces font aussi route vers Oviedo.

La bataille d’Oviedo peut commencer !

(Suite lundi prochain)

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