Fascisme : la bascule vers la fin de l’État de droit (1)

par | 23 mars 2025 | Histoire

Au moment où en France le ministre de l’Intérieur, des sénateurs et députés remettent en cause l’État de droit, il est temps de se rappeler comment le fascisme procède pour le supprimer. En Italie, l’assassinat du député socialiste Giacomo Matteotti aurait pu signifier la fin du fascisme. À l’inverse il a signifié la fin de l’État de droit.

1924 : meurtre de Matteotti (1) le tournant

Fin octobre 1922, la marche sur Rome porte au pouvoir les milices fascistes.

Pendant quasiment deux ans, comme le fait actuellement Trump aux USA, les fascistes minent consciencieusement l’État de droit par l’attaque systématique de ses fondements.

La bascule vers un État totalitaire s’opère à partir de l’été 1924. Le 16 août 1924, le corps du député Giacomo Matteotti, assassiné par les fascistes est retrouvé dans la campagne romaine.

Matteotti appartenait à la tendance modérée du socialisme italien. Il a bataillé avec courage contre les exactions fascistes dans sa circonscription où il protégeait les paysans sans terre des miliciens de Mussolini.

À la Chambre des députés, il prononce plusieurs discours virulents. Le 30 mai 1924, il dénonce une nouvelle fois les violences, les fraudes et les atteintes aux libertés du régime qui est en place depuis moins de 2 ans. Le 10 juin 1924, il est enlevé à deux pas de son domicile romain, son corps est retrouvé sans vie 2 mois plus tard.

Contrairement aux idées reçues, la bascule vers la dictature n’est pas automatique. Elle est même fragile. Pendant les 6 mois qui vont suivre le pouvoir du « Duce » vacille.

Les assassins de Matteotti sont jugés et condamnés, les dirigeants considérés comme responsables sont éloignés du pouvoir. Le parlement est abandonné par les députés. La droite libérale comprend qui est Mussolini. Mais tous attendent que le roi tranche. Il ne tranchera pas.

Mussolini nie avoir ordonné l’élimination du député, mais il déclare le 3 janvier 1925 assumer la responsabilité politique, morale et historique de tout ce qui s’est passé.

Non content de ne pas être démis de ses fonctions de président du Conseil à l’issue de cette déclaration, Mussolini va renforcer la dictature dans l’année qui va suivre avec les lois dites « fascistissimes ».

L’entièreté de la Chambre des députés savait pourtant que le groupe dirigeant fasciste, Mussolini lui-même, son frère Arnaldo et divers hiérarques du régime avaient été mêlés au cours des années 1921 / 1924 à plusieurs affaires de pots-de-vin.

Matteotti avait une connaissance précise de ces malversations. Dans l’entourage de Mussolini, on le savait et on craignait que le député fournisse les preuves de cette corruption.

Il est aujourd’hui acquis que Giovanni Marinelli, secrétaire administratif du parti fasciste, Filippo Filippelli, interlocuteur avec le monde des affaires, Amerigo Dumini, Aldo Finzi, Cesare Rossi, le général Del Bono ont organisé cet assassinat et ont couvert Mussolini.

La responsabilité personnelle de Mussolini n’a pas pu être prouvée, mais on se demande comment dans une organisation pyramidale de type fasciste, il n’a pas (au minimum) donné le feu vert à l’élimination de Matteotti.

Dans cette nouvelle série de quelques épisodes, je vous propose de nous attarder sur les séquences qui ont suivi l’assassinat : le moment où le pouvoir vacille et le moment où le pouvoir se renforce.

Cet entre-deux nous apprend une chose, le fascisme pour disparaître doit être combattu. Dans ce combat la société civile doit être en pointe et exiger que le pouvoir politique garantisse l’État de droit. Attendre qu’un roi ou qu’un président nous protège du fascisme est suicidaire.

Les Italiens ont payé au prix fort 23 ans de fascisme, pour avoir ignoré cette évidence. Mon souhait en écrivant cette série de quelques articles est que le passé serve au présent. En France comme aux USA il n’est pas trop tard pour combattre et éradiquer le fascisme. 

Pour cela, je me suis appuyé sur le l’excellent livre d’Antonio Scurati « M, l’homme de la providence » édité aux éditions « Les Arènes », paru en 2021. Il est vendu 25 euros et compte 660 pages. Je vous en recommande vivement l’achat et la lecture.

Partager sur

En Bref

< Retour à l'accueil

L'agenda Culturel

L'agenda Militant

Lettre d'informations En Vie à Béziers

Pour recevoir notre lettre hebdomadaire

[sibwp_form id=1]

La Revue de presse

Dessins et photos d'actualités

Le mot du maire de Béziers

En vie à Béziers Adhésion et/ou dons !

Le coin des lecteurs

SOLIDARITÉ / JEUDI 18 DÉCEMBRE À 9H / TRIBUNAL DE MILLAU

« LA TOLICE PUE »… ET LE SILENCE AUSSI Après le meurtre de Nahel Merzouk par un tir à bout portant d’un policier lors d’un contrôle routier à Nanterre le 27 juin 2023, 11 jours d’émeute et de manifestation ont lieu dans toute la France et à l’étranger. Et suite à...

Guerre et paix

Ce mardi, le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées françaises (le sous-chef des armées en fait, juste après le président Macron), a déclaré devant les maires de France : « Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants,...

Appel à manifester à Béziers le 29 Novembre à Béziers 16 h 30

La LDH et les organisations syndicales signataires (CGT, FSU, Solidaires et UNSA) vous invitent, sur la base de l'appel ci-dessous, à participer à un rassemblement "Vive la laïcité" le samedi 29 novembre, à partir de 16h30, devant l'hôtel de ville de...

Béziers, une laïcité bafouée !

Les associations et organisations de Béziers signataires de ce texte rappellent que le 9décembre 1905, il y a 120 ans, était promulguée la loi de séparation des Eglises et de l’Etat,texte fondateur de la laïcité en France, qui établit la neutralité de l’Etat vis-à-vis...

AFPS Béziers

Dimanche dernier 9 novembre Dans le cadre du festival "l'espoir s'invite" de la Cosmopolithèque le plein a été fait sur les 3 jours y compris l'après midi Palestine du dimanche avec le duo musical Franco Palestinien Basela, Martine Mounier Chouali, suivi du film d'un...

Au bout du fil de la presse libre

Défendons la presse libre

Focus sur un nouveau journal indépendant : Le Cri 

Le 1er édito de ce nouveau média, chrétien de gauche comme on dit, annonce la couleur : "L'espérance est la source de notre cri", qui se revendique du manifeste chrétien contre l'extrême droite signé entre les deux tours des dernières élections législatives. "Nous sommes issus d’une nouvelle génération de chrétiennes et de chrétiens engagés qui porte ce souci pour les exclues de toutes les institutions, les délaissés de la marche du capitalisme. Cette génération vit sa foi et ses combats écologiques, sociaux et féministes avec une même intensité, une même exigence."

Parutions

 

L’association a bénéficié en 2018 et 2019 du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité / Ministère de la culture

Nombre de visites

Nombre de visites

1042463
Total Users : 1042463

samedi 29 novembre 2025, 11:44

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers