Ainsi donc, à écouter les médias, l’intelligence artificielle est désormais universelle et se retrouve partout. Elle serait devenu indispensable aux humains que nous sommes et à les écouter nous serions une très grande majorité à l’utiliser régulièrement et à la consulter pour tous les problèmes de la vie quotidienne que nous nous posons, aussi personnels soient-ils.
Comme un virus débordant d’activité et avide de pouvoir, l’intelligence artificielle en quelques années est devenue la compagne perverse narcissique d’une population qui a perdu ses repères et se déshumanise.
L’IA est une autre phase, la plus pernicieuse (la plus dangereuse ?) peut-être de l’utilisation des technologies de l’internet et des réseaux qu’on dit sociaux. Je crains la prochaine ! Meta et Google viennent d’ailleurs d’être condamnés pour mise en danger des mineurs. Uniquement des mineurs ?
Car l’addiction aux écrans, à internet, à ses applications en tout genre et donc aux réseaux sociaux est un mécanisme infernal qui a des conséquences sur tous les groupes humains, de tout âge et de toute condition, mais surtout sur notre modèle de société. Et l’intelligence artificielle et son addictive utilisation n’est que le dernier épisode d’une série qu’on soupçonne sans fin.
Voilà donc un système où on ne regarde pas l’autre mais soi-même. On est contacté et on contacte des personnes qui ont les mêmes goûts, les mêmes intérêts, les mêmes avis. Et cela alimente et exacerbe un nombrilisme mortifère. Les algorithmes, développés par des humains favorisent l’émergence d’une société où il n’y a plus d’échanges mais des confrontations, plus des collectivités mais des communautés, plus de citoyens mais des identités.
Les followers sont de faux amis, les clics ou les vues de fausses récompenses. On ignore le voisin mais on veut être « vu » par le monde entier ! Drogués à la récompense immédiate, aux likes ou aux selfies, à la dopamine facile et à l’info zap, on ne se parle plus, on ne débat plus, on « échange » avec un inconnu, on « tchatte » avec des anonymes, on se confie à n’importe qui. On veut exister, on veut être le centre d’un monde virtuel qui n’apporte pour seule réponse que l’autosatisfaction, celle de se croire important, connu, reconnu, fêté, choyé, jalousé, envié. Mais le plus souvent, si ça ne fonctionne pas, c’est la catastrophe, la vraie solitude et on se retrouve isolé et donc en danger, ayant fait le vide autour de soi. L’actualité de la disparition de Loana pourrait servir d’illustration.
On assiste donc à une somme d’égoïsmes et de mégalomanies qui se transforment en un temps record en autant d’antagonismes avec pour principal moteur et carburant la haine et le rejet de tout ce qui n’est pas « moi » ou « nous».
Si vous y ajoutez un brin de paranoïa (la mienne), je trouve que nous sommes face à un modèle de fonctionnement digne de tout régime autocratique qui se respecte et vers lequel, si on n’y prend garde, on se dirige à vitesse grand V.
Mais j’éprouve aussi pour ma part et comme Tania de Montaigne, « un violent désir de chaleur humaine » (1)
(1) Éditions Grasset



































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