Cela fait longtemps que nous n’avons pas évoqué les tartufferies du maire de Béziers. Récemment à l’occasion de la parution de sa « Lettre à Clara », celui-ci s’est répandu en regrets pour les affiches « Ils arrivent » placardées lors de sa première mandature dans la ville. Il y aurait trop d’immigration, déclare-t-il. Mais il comprendrait désormais les migrants, il ferait comme eux, s’il était « Syrien ou Burkinabé », « il rentrerait illégalement ». Il aurait été « aveuglé » par l’idéologie.
Le maire de Béziers avait déjà exprimé les mêmes regrets sur les plateaux de radio ou télévision en 2022. Que s’est-il passé depuis lors ? Faisant fi du droit international, le maire de Béziers refuse d’officier un mariage, en juillet 2023, entre une Française et un Algérien en situation dite irrégulière. Et loin de toute préoccupation humanitaire, en bon idéologue, il s’est porté volontaire pour la création d’un centre de rétention administrative de 140 places prévu pour janvier 2028, lieu orwellien s’il en est.
La prise de conscience du maire de Béziers ne va pas jusqu’à se poser la question de savoir à qui s’applique ou pas le droit à la circulation et comment s’applique ce droit. Certaines personnes ont le droit de circuler-voyager, de circuler-travailler, de pratiquer le nomadisme professionnel, de circuler-monter des entreprises, de circuler-exploiter les sols et les travailleur·euses. « Ils arrivent » et il n’y a rien à redire. D’autres pour qui circuler serait survivre « n’arrivent pas », sont bloquées aux frontières, sont enfermées, meurent en mer, subissent des sévices dans leurs corps. Monde orwellien s’il en est.
L’hypocrisie en la matière n’est pas l’apanage du maire de Béziers. L’augmentation des frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·es à laquelle le Ministre de l’enseignement supérieur tente de contraindre actuellement les universités aux budgets exsangues, en est une autre illustration. Cette politique de coercition était déjà à l’œuvre dans le programme « Bienvenue en France » sous le gouvernement Edouard Philippe. Le droit à circuler-étudier ne vaudrait plus que pour les étudiant·es riches.
On ne pourra pas taxer l’Union européenne d’hypocrise, elle qui, poussée par l’union de la droite et l’extrême droite, vient de voter un nouveau texte qui valide les « hubs de retour » et l’externalisation des centres de rétention. Des migrant·es se retrouveraient expulsé·es dans des pays avec lesquels l’UE aurait signé des accords. Les CRA européens, eux, pourraient détenir des personnes en situation irrégulière jusqu’à 24 mois, y compris des mineur·es.
« Freedom is slavery », pourrait-on placarder sur les murs des villes forteresses, à l’instar du Parti unique de 1984 de George Orwell, par une inversion des valeurs particulièrement cynique.
Ou sous la forme chère à Robert Ménard du bon-sens-près-de-chez-vous : Je te comprends, Syrien, tu migres, je ferais comme toi, je fuirais la guerre. Mais je suis du côté du pouvoir, celui de t’enfermer et de t’expulser. Et pouvoir n’est pas droit.






















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