Fascisme : la bascule vers la fin de l’État de droit (2)

par | 30 mars 2025 | Histoire

Au moment où en France le ministre de l’Intérieur, des sénateurs et des députés remettent en cause l’État de droit, il est temps de se rappeler comment le fascisme procède pour le supprimer. En Italie, l’assassinat du député socialiste Giacomo Matteotti aurait pu signifier la fin du fascisme. À l’inverse il a signifié la fin de l’État de droit.

Italie, 1924 : meurtre de Matteotti (2) l’échec

En ce début d’année 1925, le corps de Matteotti a été retrouvé 6 mois après dans la campagne romaine.

Ces 6 mois ont été un calvaire politique et physique pour Mussolini.

Politiquement, il fait face au boycott de la chambre des députés par l’opposition. Physiquement, il est atteint de troubles gastriques qui l’empêchent de gouverner.

Pendant des semaines, des mois, des crises successives assaillent régulièrement son œsophage. Benito Mussolini, le « Duce » du fascisme, n’est plus qu’un tube digestif, rien d’autre. Les purges et leurs conséquences sont ses seules pensées : la purge de ses adversaires, la purge de ses intestins.

Le chef des légions en chemise noire ne contrôle ni la chambre des députés ni son corps.

La faute de cette perte de contrôle incombe à Giacomo Matteotti son opposant irréductible, celui qu’il qualifiait péjorativement de « socialiste en fourrure ». Mussolini ne comprend toujours pas pourquoi Matteotti, un fils de propriétaires terriens s’est immolé pour des paysans sans terre qui meurent de faim. Il comprend par contre qu’il doit au cadavre de Matteotti cette constipation pathologique.

Il la doit au cadavre de Matteotti et au trésorier du parti fasciste, Giovanni Marinelli, qui a choisi 4 amateurs pour exécuter Matteotti.

Marinelli par sa radinerie a provoqué le crime politique le plus médiatisé du fascisme italien. Pire, la petitesse d’un bureaucrate a fait d’un opposant isolé un héros, un martyr de la cause de la liberté.

Cette petitesse l’a obligé, lui, le « Duce » du fascisme, à sacrifier ses meilleurs collaborateurs les Rossi, Finzi, De Bono, Marinelli, Balbo. Le sauve-qui-peut est général.

Le 3 janvier 1925, Mussolini va renverser la tendance. Il va affronter seul le Parlement. À la surprise générale le 3 janvier 1925 Mussolini dit « Je ». « J’assume seul la responsabilité politique, morale, historique de ce qui s’est passé. Je suis l’Italie, je suis le fascisme, je suis le sens de la bataille, je suis le drame grandiose de l’Histoire. Si l’un de vous ose me pendre à cette branche noueuse, qu’il se lève maintenant, qu’il brandisse le savon et la corde. »

Personne ne se lève dans le Parlement italien. Au moment où l’heure de l’épreuve de force est arrivée, les représentants élus de la démocratie étaient aux abonnés absents.

Le roi d’Italie a renouvelé sa royale confiance au président du conseil. Filippo Turati, leader de l’opposition socialiste déclare : « Ne vous inquiétez pas, c’est toujours le même Mussolini qui crie pour effrayer les moineaux. ». Giovanni Giolitti le leader de la droite parlementaire se contente d’épiloguer sur la proposition de réforme électorale du gouvernement.

Un chef de gouvernement vient d’assumer un crime et il est maintenu dans ses fonctions. Le Parlement ne se révolte pas, il ne fait pas appel à la mobilisation pour destituer Mussolini.

Tout va ensuite vite, très vite. À la mi-janvier, une dizaine de jours après un combat pour la démocratie qui n’a pas eu lieu, la chambre des députés entérine 2376 décrets-lois voulus par le « Duce » du fascisme.

En l’espace de 48 heures, son ministre de l’Intérieur fait fermer 96 cercles politiques, 150 établissements publics et des centaines de groupes et d’organisations d’opposition sont dissous. 611 réseaux téléphoniques sont contrôlés, 4433 fonctionnaires sont démis de leurs fonctions, 655 perquisitions de domicile sont effectuées.

Toute l’Italie constate impuissante que les leaders de l’opposition parlementaire ne sont là que pour la décoration. Toute l’Italie constate avec effroi que ces supposés champions de l’antifascisme ne sont que des pantins.

Pourtant, malgré le triomphe parlementaire de leur chef, les membres du gouvernement sursautent au moindre bruissement. Ils ont encore de nombreux adversaires qui veulent ressusciter les défunts d’un passé immédiat : le suffrage universel, la proportionnelle.

Mais pour Mussolini, la démocratie est un châtiment. Il condamne le compromis, la congestion parlementaire, ce qui produit un minimum de résultats pour un maximum d’efforts. Mussolini exècre la démocratie comme ses vomissures.

À la démocratie, il préfère l’action permanente et la violence. Il aime contrôler la violence.

En ce début de 1925, l’État de droit est dans une situation de mort clinique mais il n’est pas éradiqué. Il faudra encore toute l’année 1925 pour installer une dictature.

Nous allons voir comment la dictature a remplacé l’État de droit dans les prochains épisodes de cette série, rendez-vous, la semaine prochaine.  

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers