Le 28 mai 1871, voilà exactement 155 ans, au terme d’une semaine sanglante, la Commune de Paris est écrasée et ses membres exécutés en masse… C’est l’épisode final d’une expérience qui aura duré 72 jours.
Dix semaines plus tôt, le 18 mars, des Parisiens humiliés par la défaite de leur pays face aux Prussiens et après avoir subi un long siège, s’en prennent aux troupes gouvernementales. Le chef du pouvoir exécutif, Adolphe Thiers, déserte sur le champ Paris pour Versailles et renonce ainsi à réprimer le commencement d’émeute. Il renonce également à demander à l’Assemblée nationale réunie à Versailles le geste qui ramènerait spontanément les émeutiers dans leurs foyers, à savoir de proclamer comme définitive l’instauration de la République !

Ce mouvement insurrectionnel improvisé assume alors le pouvoir dans la capitale sous le nom de «Commune de Paris».Etrange victoire remportée sans violence, sans combat et par une foule anonyme. Un expérience politique unique va alors débuter.
Mais dès la signature du traité de paix avec l’Allemagne, le 10 mai suivant , Adolphe Thiers obtient de l’occupant prussien la libération anticipée de 60.000 soldats. Il lance aussitôt contre la capitale cinq corps d’armée d’un total de 130.000 hommes, dont les anciens prisonniers et beaucoup des campagnards recrutés, formés à la hâte mais préparés psychologiquement à affronter la «canaille rouge».
Les troupes sont placées sous le commandement du maréchal Mac-Mahon. Les Communards, eux, ne peuvent aligner qu’environ 20.000 fédérés. Les premiers affrontements se produisent dès les 2 et 3 avril.
Mais c’est le 21 mai 1871 que MacMahon lance l’assaut décisif. Après s’être emparé des forts de Vanves et d’Issy, à Boulogne. Thiers impose une progression lente et prudente dans les rues de Paris. Cette lenteur est propice à l’exacerbation des passions et aux excès de toutes sortes.

Les Versaillais ont en face d’eux des combattants déterminés. Et ils doivent conquérir les barricades l’une après l’autre.
Les Communards, piégés par leur inexpérience ripostent en fusillant quelques otages. Ils allument aussi des foyers d’incendie qui, rajoutés aux bombardements, provoquent la destruction de plusieurs monuments illustres qui partent en fumée.
Parmi eux le palais des Tuileries, l’Hôtel de Ville hérité de la Renaissance, le Palais-Royal et le palais d’Orsay. De précieuses collections d’art et des archives sans prix disparaissent pendant cette Semaine Sanglante.
Le 28 mai 1871, le quartier de Belleville, à l’est, est le dernier à tomber, après de violentes canonnades. Les combats de rue font au total 4.000 tués (877 du côté des troupes versaillaises).
S’ajoute à ce bilan les victimes de la répression car, à l’arrière, des liquidateurs tuent méthodiquement les suspects. Une vingtaine de «cours prévôtales» jugent hâtivement les hommes et les femmes pris les armes à la main et les font fusiller sur place.

Plusieurs «abattoirs humains » improvisés servent de lieu d’extermination. Le «mur des Fédérés», au cimetière du Père Lachaise, conserve le souvenir des 147 malheureux qui ont été fusillés à cet endroit et du millier de cadavres qui furent ensevelis dans une fosse voisine.
Dans les longues files de prisonniers qui sont conduites vers les prisons de Versailles, les hommes aux cheveux gris sont repérés et fusillés, suspects d’avoir déjà participé aux émeutes de juin 1848. Des émeutiers récidivistes en quelque sorte !
Le bilan total de la Semaine sanglante est d’environ 20.000 victimes, sans compter 38.000 arrestations. C’est à peu près autant que la guillotine sous la Révolution.
À cela s’ajoutent les sanctions judiciaires. Les tribunaux prononceront jusqu’en 1877 un total d’environ 50.000 jugements. Il y aura quelques condamnations à mort et près de 10.000 déportations (parmi les déportées qui rejoindront les bagnes de Nouvelle-Calédonie ou de Guyane figure une célèbre institutrice révolutionnaire, Louise Michel).
Deux mondes se sont affrontés.
D’un côté, l’énergie du désespoir. Les dirigeants révolutionnaires et ouvriers qui ont pris la tête de la Commune se sont révélés d’une inexpérience dramatique. Il est vrai qu’ils n’étaient pas préparés au pouvoir et ne s’attendaient pas à ce que le gouvernement leur livre la capitale. Certes la Commune a commis des erreurs. Elle n’a pu ni organiser sa défense ni lier son action à celle de la province et de la paysannerie. Sans doute les conditions économiques n’étaient-elles pas mûres encore pour instaurer sur des bases socialistes la nouvelle société qu’elle entrevoyait.

Mais par les décisions prises pour l’organisation du travail et par diverses mesures sociales, la Commune a tracé la voie à une société plus juste et plus égalitaire où règnerait une justice sociale.
En face, la bourgeoisie conservatrice, sous l’impulsion d’Adolphe Thiers ne peut accepter que dure cette expérience.. Leur intention est de liquider une fois pour toutes le mouvement ouvrier.
C’est donc au prix de plusieurs dizaines de milliers d’exécutions et d’arrestations qu’Adolphe Thiers peut se flatter d’avoir débarrassé le pays de la «question sociale». Celle-ci sera en effet absente de la scène politique française jusqu’en 1936.
Anarchistes, communistes, socialistes de diverses obédiences peuvent tous se réclamer de l’expérience de la Commune de Paris et en dégager par delà l’histoire et sans la fausser, la force élémentaire d’une toujours possible révolution populaire.
Le mythe de la Commune de Paris a survécu dans les mémoires (et les chansons), comme l’espoir de cette société nouvelle.
Espoir toujours d’actualité ! mais c’est une autre histoire !
Écouter la version audio avec illustration musiclae (Le temps des cerises)





































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