Un point de rupture a été franchi avec les mégafeux. Il faut fortement nuancer l’affirmation selon laquelle les feux seraient bénéfiques à la forêt et à la biodiversité.
Au fur et à mesure que la taille des feux s’intensifie des milieux entiers et les espèces qui y logent disparaissent.
Concernant l’Ouest américain, un rapport de 2014 prévoyait l’extinction, d’ici à 2060, de 60 % des pins Douglas, du pin tordu, du pin ponderosa et de l’épinette d’Engelmann.
Près de la Croix-Valmer, dans le Var, sur le domaine du Conservatoire du littoral, aux caps Lardier et Taillat, des espèces endémiques comme le palmier nain et la barbe de Jupiter, un arbrisseau de 2 mètres adapté au vent et au sel, ont disparu.
C’est aussi le cas d’animaux rares ou localisés, d’espèces lentes, comme les tortues et certains batraciens.
D’autres espèces, beaucoup plus nombreuses qu’on ne le pense, sont dépourvues de tout instinct de fuite face aux feux
Dans les forêts méditerranéennes, les pinsons subsistent, les roitelets n’y sont plus.
Dans l’Ouest américain, le pika (un adorable petit lapin qui vit en altitude), le lagopède à queue blanche, la salamandre léopard ainsi que de nombreuses autres espèces sont pratiquement éteintes.
En Australie, les koalas, dont l’instinct les conduit au sommet des arbres en cas de danger, sont prisonniers des flammes.
À Bornéo, en Indonésie, des dizaines d’orangs-outans (déjà très menacés par la déforestation humaine) ont péri dans les grands feux de juillet 2015.
Directement ou indirectement, les feux seraient responsables de la mort de la moitié de la population des grands singes.
L’écosystème forestier peut être comparé à un iceberg dont seule la partie émergée, c’est-à-dire les végétaux supérieurs et les grands animaux, est connue.
En revanche, les insectes, vers, nématodes, mollusques, la microflore et la microfaune dont l’ensemble constitue sur et dans les sols, la réserve d’espèces qualitativement et quantitativement importante reste une sorte de boîte noire.
La thèse de l’utilité des feux sur ces êtres ordinaires et microscopiques, pour la biodiversité en général est une hypothèse invalidée.
À l’ère des mégafeux, la fréquence des incendies est modifiée. Or le laps de temps qui s’écoule entre deux incendies est décisif pour la régénération de la forêt.
Dans le Parc national de Yellowstone, le cycle naturel de reconstruction entre deux incendies dure de 300 à 500 ans.
Dans les Greater Blue Mountains d’Australie, les pins gris et les eucalyptus ne résistent pas à des feux rapprochés dans le temps.
Ailleurs, quand le feu passe plus de trois fois en 40 ans, les dommages sont irréparables.
Actuellement, avec le réchauffement climatique, les feux tendent à passer plus souvent et on va dans le sens d’une augmentation de leur taille.
Ces augmentations peuvent entraîner une rupture : les espèces perdent leur capacité à se régénérer. Aux massifs forestiers se substituent garrigues et maquis.
Dans notre région méditerranéenne, les feux trop fréquents détériorent le paysage, dénudent les sommets, rendent les roches et la terre apparentes.
Comme il faut une cinquantaine d’années pour que la forêt se reconstitue, les arbres n’ont pas le temps de repousser, les sols mis à nu sont emportés par le ruissellement des pluies, les graines et les rejets sont détruits, la vie s’en va.
Le grand incendie ravageur, incontrôlable, est d’autant plus inquiétant qu’il menace après son passage toute forme de vie.
Avec la part du feu, le fantasme de la destruction rejoint la réalité.
Cette série d’articles est une recension du livre de Joëlle Zask « Quand la forêt brûle » paru aux éditions « Premier Parallèle poche » en 2022, il est vendu au prix de 9,90 €. Je vous en recommande la lecture intégrale et l’achat.

























